Iraq. Après des
mois de négociations, Bagdad s’apprête à demander aux Etats-Unis des
amendements dans le projet de pacte sur le maintien des troupes américaines
jusqu’en 2011. Washington considère que l’affaire est terminée.
Nouveau revers
Les
spéculations sur les chances de la réussite du pacte de sécurité montent d’un
cran. En effet, entre la volonté iraqienne d’y introduire des changements et le
ton dur adopté par les Etats-Unis pour forcer les Iraqiens à ne pas faire
marche arrière, le sort de cet accord américano-iraqien est tiraillé et le
scepticisme plane sur la possibilité de sa ratification. Au cours de cette
semaine, les consultations se sont poursuivies au sein des instances
dirigeantes iraqiennes pour mettre au point les amendements à soumettre aux
négociateurs américains. Les autorités iraqiennes prévoient d’annoncer leurs
demandes une fois que plusieurs ministres, dont ceux de l’Intérieur, de la
Défense et des Finances, auront présenté cette semaine leurs recommandations au
gouvernement. Rien n’a été divulgué sur la teneur de telles recommandations,
mais ce qui est sûr, c’est que beaucoup voient dans ce pacte une atteinte à la
souveraineté et à l’indépendance de l’Iraq. Faute d’accord avant le 31
décembre, le gouvernement iraqien envisage de demander au Conseil de sécurité
des Nations-Unies de prolonger à titre exceptionnel le mandat des troupes
américaines.
Essayant
d’atténuer la tension avec Washington suite à la volonté de Bagdad de rouvrir
le dossier, le ministre de l’Intérieur a estimé dimanche que renoncer à un
accord avec Washington sur le maintien des forces américaines en Iraq
constituerait une erreur stratégique qui remettrait en cause l’amélioration de
la sécurité dans le pays.
Lors
d’une interview à la chaîne Charkiya, il a affirmé soutenir le pacte dans sa
version actuelle. Prié de dire s’il considérerait comme une erreur stratégique
de ne pas signer ce document, il a répondu : « Oui, je le crois ». «
Professionellement, (les ministères de) l’Intérieur et de la Défense doivent
soutenir (le pacte). Il s’agit ici des progrès en matière de sécurité. Le
peuple iraqien doit préserver ces progrès ».
La
violence est à son plus bas niveau depuis quatre ans en Iraq, et la sécurité
est désormais assurée par les forces iraqiennes dans la majeure partie du pays.
Washington estime toutefois que ses soldats restent nécessaires pour lutter
contre les activistes et empêcher de nouvelles éruptions de violence.
Ce
faisant, Washington a exprimé ses réticences à modifier ce projet, et averti
des conséquences négatives d’une absence d’accord au-delà de fin 2008, date de
la fin du mandat de l’Onu.
« Nous
n’avons pas claqué la porte mais elle est plus ou moins close », a déclaré la
porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino. Sans accord d’ici le 31 décembre,
« nous n’aurons pas de bases légales pour fonctionner et nos troupes devront se
retirer », a prévenu un responsable du département d’Etat ayant requis
l’anonymat. « Et cela aura des implications sur un certain nombre de choses
dans le pays, à commencer par la protection à de très hauts responsables
iraqiens », a-t-il ajouté. Les Etats-Unis assurent notamment la sécurité du
premier ministre chiite Nouri Al-Maliki.
Le
secrétaire à la Défense, Robert Gates, avait également averti la semaine
dernière de conséquences « dramatiques ».
Le
porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, a de son côté rendu l’Iran
responsable de cette situation et accusé Téhéran de chercher à « saper » et «
faire dérailler » l’accord. « Ils ont fait savoir leur opposition à cet accord,
et ont cherché à influencer les Iraqiens de toutes les manières possibles »,
a-t-il dit lors d’une conférence de presse. Washington accuse par ailleurs
depuis des mois l’Iran de fournir des armes aux insurgés en Iraq.
Le
président du Parlement iranien, Ali Larijani, a jugé le même jour que cet
accord « empiétait sur la souveraineté de l’Iraq » en raison, selon lui, de
l’immunité prévue pour les soldats américains à l’égard de la justice
iraqienne.
Les chiites, divisés plus que jamais
Si les
dirigeants chiites de la coalition du premier ministre Nouri Al-Maliki hésitent
à soutenir le pacte de sécurité — du fait de leur relation avec l’Iran —, les
partisans de l’imam radical chiite Moqtada Sadr, hostiles à ce texte, risquent
en effet de représenter une menace électorale lors des élections provinciales
prévues début 2009. La situation est en effet fréquemment perçue comme un choix
imposé à Bagdad entre Washington et Téhéran.
Des
milliers d’Iraqiens ont manifesté, vendredi, après la prière, notamment, à
Nadjaf et à Bagdad, contre le projet de pacte de sécurité entre l’Iraq et les
Etats-Unis.
Dans
un message lu par cheikh Abdul-Hadi Al-Mohammadawi devant la foule des
manifestants, Moqtada Sadr a appelé le Parlement iraqien à rejeter l’accord.
« Le
gouvernement iraqien a renoncé à son devoir devant Dieu et son peuple et vous a
soumis l’accord en sachant que le ratifier stigmatisera l’Iraq et son
gouvernement pour les années à venir », a-t-il déclaré. « Je suis au côté de
chaque sunnite, chiite ou chrétien qui est opposé à l’accord », a-t-il ajouté
et « je rejette, condamne et dénonce la présence des forces occupantes ».
Moqtada
Sadr a également mis en doute l’argument du gouvernement iraqien selon lequel
le pacte de sécurité constitue un pas vers la fin de la présence militaire
américaine en Iraq.
L’accord
prévoirait un départ des troupes américaines avant le 31 décembre 2011, à moins
que Bagdad ne demande à certains éléments de rester.
«
S’ils vous disent que l’accord met fin à la présence de l’occupation,
laissez-moi vous dire que l’occupant gardera ses bases. Et quiconque vous dit
que cela nous donne la souveraineté est un menteur », conclut-il.
Rania Adel