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 Semaine du 29 octobre au 4 novembre 2008, numéro 738

 

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Afrique

RDC. La situation dans l’est reste extrêmement tendue. La rébellion poursuit son avancée en s’emparant de points stratégiques.  

Escalade à hauts risques 

La rébellion congolaise de Laurent Nkunda s’est emparée dimanche d’un important camp militaire situé sur un axe stratégique dans l’est de la République démocratique du Congo, (RDC) à environ 50 km de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu frontalière du Rwanda. Un nouveau développement qui met à mal le pouvoir de Kinshasa. L’information a été donnée par le porte-parole du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple, rébellion), Bertrand Bisimwa. Le CNDP avait déjà pris ce camp début octobre, avant de s’en retirer le 9 octobre à la demande de la Mission de l’Onu en RDC (Monuc) « pour maximiser les chances d’un règlement pacifique de la crise ». Dimanche, la Monuc a confirmé la nouvelle prise par le CNDP du camp, qui constitue pour l’armée congolaise un verrou important vers Goma. La rébellion affirme qu’elle a pris ce camp « en riposte » aux « attaques généralisées sur tous les fronts de la coalition gouvernementale », qui, selon elle, réunit l’armée congolaise et les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) formées par des rebelles hutus rwandais réfugiés en RDC depuis le génocide de 1994 dans leur pays, et le Pareco (miliciens locaux).

Mais le gouvernement de Kinshasa a affirmé dimanche soir que « deux bataillons étrangers » avaient participé à la prise du camp, sans dire à quel pays ils appartenaient. Ce qui remet une fois de plus sur le tapis la question de l’aide que le Rwanda voisin offre, selon Kinshasa, aux rebelles, et laisse planer le risque d’une extension du conflit. Kinshasa affirme en effet que le CNDP du général déchu congolais Nkunda, un Tutsi, est massivement soutenu, en troupes et en armes, par le Rwanda voisin, où le régime est dominé par la communauté tutsie. Des accusations systématiquement rejetées par Kigali, mais qui déstabilisent fortement les relations entre les deux pays.

Suite à ces développements à haut risque, la Monuc a appelé dimanche « toutes les parties à revenir sur leurs positions initiales afin de faciliter les opérations de désengagement ». Des troupes de l’Onu ont été déployées sur l’axe routier entre Rutshuru et Goma, distantes d’une centaine de kilomètres, pour « sécuriser les déplacements » des civils fuyant les combats.

Mais pour la rébellion, la Monuc prend le parti du pouvoir. Le CNDP a dénoncé « l’attitude complaisante affichée ces derniers temps par la Monuc », à l’égard de l’armée congolaise. « Nous espérons que vous vous abstiendrez désormais de nous opposer un quelconque cessez-le-feu », estime la rébellion.

Par ailleurs, le directeur du Parc national des Virunga, classé au patrimoine de l’humanité par l’Unesco et célèbre pour abriter des gorilles des montagnes, a affirmé que la rébellion s’était emparée du quartier général du Parc situé à Rumangabo, obligeant une cinquantaine de gardes à fuir les lieux. « La prise de notre quartier général à Rumangabo par les rebelles n’a pas de précédent au cours de toutes ces années de conflit », indique dans un communiqué Emmanuel de Merode.

Ces deux prises interviennent après un appel, la semaine dernière, du Conseil de sécurité de l’Onu, au cessez-le-feu dans cette région troublée depuis le génocide au Rwanda. Le Conseil de sécurité a également condamné les récents propos du chef rebelle, Laurent Nkunda, appelant à un soulèvement national. Le Conseil a « exprimé sa profonde préoccupation face au regain de violence » dans l’est de la RDC et « aux conséquences qui pourraient s’ensuivre pour la région ». Réaffirmant que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC doivent être respectées, le Conseil a à nouveau demandé à tous les groupes armés « de déposer immédiatement les armes et de se présenter sans plus tarder et sans conditions préalables aux autorités congolaises et à la Mission de l’Onu en RDC (Monuc) en vue de leur désarmement, rapatriement, réinstallation ou réintégration ». Par ailleurs, le Conseil a « engagé les gouvernements de la RDC et du Rwanda à s’efforcer d’urgence de régler leurs différends ».

Depuis leur reprise le 28 août en violation d’un accord de paix signé à Goma en janvier, les combats entre le CNDP et l’armée dans le Nord-Kivu ont poussé quelque 200 000 personnes de plus à fuir leur maison, selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM). Cela porte à un total de personnes déplacées dans cette seule province, compris entre 1,4 et 2 millions.

Abir Taleb

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