RDC.
La situation dans l’est reste extrêmement tendue. La
rébellion poursuit son avancée en s’emparant de points
stratégiques.
Escalade à hauts risques
La rébellion congolaise de Laurent
Nkunda s’est emparée dimanche d’un important camp
militaire situé sur un axe stratégique dans l’est de la
République démocratique du Congo, (RDC) à environ 50 km de
Goma, la capitale de la province
du Nord-Kivu frontalière du
Rwanda. Un nouveau développement qui met à mal le pouvoir de
Kinshasa. L’information a été donnée par le porte-parole du
CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple,
rébellion), Bertrand Bisimwa. Le
CNDP avait déjà pris ce camp début octobre, avant de s’en
retirer le 9 octobre à la demande de la Mission de l’Onu en
RDC (Monuc) « pour maximiser les
chances d’un règlement pacifique de la crise ». Dimanche, la
Monuc a confirmé la nouvelle
prise par le CNDP du camp, qui constitue pour l’armée
congolaise un verrou important vers
Goma. La rébellion affirme qu’elle a pris ce camp «
en riposte » aux « attaques généralisées sur tous les fronts
de la coalition gouvernementale », qui, selon elle, réunit
l’armée congolaise et les Forces Démocratiques de Libération
du Rwanda (FDLR) formées par des rebelles hutus rwandais
réfugiés en RDC depuis le génocide de 1994 dans leur pays,
et le Pareco (miliciens locaux).
Mais le gouvernement de Kinshasa a affirmé dimanche soir que
« deux bataillons étrangers » avaient participé à la prise
du camp, sans dire à quel pays ils appartenaient. Ce qui
remet une fois de plus sur le tapis la question de l’aide
que le Rwanda voisin offre, selon Kinshasa, aux rebelles, et
laisse planer le risque d’une extension du conflit. Kinshasa
affirme en effet que le CNDP du général déchu congolais
Nkunda, un Tutsi, est
massivement soutenu, en troupes et en armes, par le Rwanda
voisin, où le régime est dominé par la communauté tutsie.
Des accusations systématiquement rejetées par Kigali, mais
qui déstabilisent fortement les relations entre les deux
pays.
Suite à ces développements à haut risque, la
Monuc a appelé dimanche « toutes
les parties à revenir sur leurs
positions initiales afin de faciliter les opérations de
désengagement ». Des troupes de l’Onu ont été déployées sur
l’axe routier entre Rutshuru et
Goma, distantes d’une centaine
de kilomètres, pour « sécuriser les déplacements » des
civils fuyant les combats.
Mais pour la rébellion, la Monuc
prend le parti du pouvoir. Le CNDP a dénoncé « l’attitude
complaisante affichée ces derniers temps par la
Monuc », à l’égard de l’armée
congolaise. « Nous espérons que vous vous abstiendrez
désormais de nous opposer un quelconque cessez-le-feu »,
estime la rébellion.
Par ailleurs, le directeur du Parc national des Virunga,
classé au patrimoine de l’humanité par l’Unesco et célèbre
pour abriter des gorilles des montagnes, a affirmé que la
rébellion s’était emparée du quartier général du Parc situé
à Rumangabo, obligeant une
cinquantaine de gardes à fuir les lieux. « La prise de notre
quartier général à Rumangabo par
les rebelles n’a pas de précédent au cours de toutes ces
années de conflit », indique dans un communiqué Emmanuel de
Merode.
Ces deux prises interviennent après un appel, la semaine
dernière, du Conseil de sécurité de l’Onu, au cessez-le-feu
dans cette région troublée depuis le génocide au Rwanda. Le
Conseil de sécurité a également condamné les récents propos
du chef rebelle, Laurent Nkunda,
appelant à un soulèvement national. Le Conseil a « exprimé
sa profonde préoccupation face au regain de violence » dans
l’est de la RDC et « aux conséquences qui pourraient
s’ensuivre pour la région ». Réaffirmant que la souveraineté
et l’intégrité territoriale de la RDC doivent être
respectées, le Conseil a à nouveau demandé à tous les
groupes armés « de déposer immédiatement les armes et de se
présenter sans plus tarder et sans conditions préalables aux
autorités congolaises et à la Mission de l’Onu en RDC (Monuc)
en vue de leur désarmement, rapatriement, réinstallation ou
réintégration ». Par ailleurs, le Conseil a « engagé les
gouvernements de la RDC et du Rwanda à s’efforcer d’urgence
de régler leurs différends ».
Depuis leur reprise le 28 août en violation d’un accord de
paix signé à Goma en janvier,
les combats entre le CNDP et l’armée dans le
Nord-Kivu ont poussé quelque 200
000 personnes de plus à fuir leur maison, selon le Programme
Alimentaire Mondial (PAM). Cela porte à un total de
personnes déplacées dans cette seule province, compris entre
1,4 et 2 millions.
Abir
Taleb