Zimbabwe.
Réunis lors d’un mini-sommet à Harare, les leaders d’Afrique
australe ont échoué à sauver l’accord de partage du pouvoir
qui menace de voler en éclats.
Tentatives infructueuses
Depuis
six semaines, le Zimbabwe vit dans l’impasse. Et son accord
pour le partage du pouvoir demeure toujours menacé malgré
les tentatives régionales pour le sauver. A cet égard, les
chefs d’Etat d’Afrique australe ont échoué lundi dernier à
rapprocher les parties en vue de la formation d’un
gouvernement d’union nationale. Le président, Robert Mugabe,
et le chef de l’opposition, Morgan Tsvangirai, se sont
séparés à l’issue de 13 heures de discussions avec seulement
un accord pour demander la réunion d’un sommet plus large.
Des principaux chefs d’Etat de la Communauté de
développement de l’Afrique australe (SADC), le président
sud-africain, Kgalema Motlanthe, à la tête de la SADC, ainsi
que des membres de la troïka, le chef de l’Etat mozambicain,
Armando Guebuza, le roi du Swaziland, Mswati III, deux
ministres du Swaziland et d’Angola et le médiateur
sud-africain, l’ancien président Thabo Mbeki, ceux-ci
espéraient convaincre MM. Mugabe et Tsvangirai de s’accorder
sur l’attribution des ministères-clés. En effet, pouvoir et
opposition n’ont jamais réussi à s’entendre sur la
composition du gouvernement et le président a fini par
attribuer le 11 octobre les principaux portefeuilles à son
parti, provoquant la colère du Mouvement Démocratique pour
le Changement (MDC) de M. Tsvangirai. Selon un communiqué
publié à l’issue de la réunion, les deux parties s’opposent
toujours sur l’attribution du portefeuille de l’Intérieur,
qui a l’autorité sur la police. M. Mugabe refuse d’en céder
le contrôle, alors que le MDC estime qu’il devrait en
hériter après les violences politiques dont ses partisans
ont été la cible durant la dernière campagne électorale.
Le texte presse les deux parties de « s’engager réellement à
trouver une solution durable à l’actuelle impasse » et
enjoint les 15 chefs d’Etat de la SADC de se réunir en «
sommet pour examiner plus avant la situation politique
actuelle au Zimbabwe de manière urgente ». « Le peuple du
Zimbabwe fait face à des défis difficiles et des souffrances
qui ne pourront être traités qu’une fois le gouvernement
d’union en place », souligne le texte.
Ainsi pour la deuxième fois, la réunion des chefs de la SADC
a été avortée. Une première rencontre au Swaziland le 20
octobre avait échoué à cause de l’absence du chef de
l’opposition, qui avait boycotté la réunion pour protester
contre ses difficultés à obtenir un titre de voyage. Après
avoir menacé de s’abstenir à nouveau, Morgan Tsvangirai,
leader du MDC, a toutefois précisé, samedi dernier, qu’il ne
signerait pas un accord au rabais juste pour satisfaire les
dirigeants de la région. « Je ne participerai à aucun
gouvernement qui ne sera pas sincère », a-t-il dit, en
accusant le président Mugabe d’« intransigeance ». En plus,
Tsvangirai, qui devrait occuper le poste de premier
ministre, en cas d’accord, a déjà fait savoir qu’il ne se
laissera pas entraîner dans la constitution d’un
gouvernement sans pouvoir. Il reproche à Mugabe de vouloir
minimiser son rôle en n’accordant aux membres de son parti
que des portefeuilles ministériels mineurs. De son côté,
Mugabe, qui préside le parti Zanu-PF, accuse Tsvangirai de
vouloir opérer un transfert du pouvoir et non de procéder à
un réel partage. Il reproche à son rival de faire traîner
les discussions afin d’obtenir une médiation des
Nations-Unies. « A première vue, on a le sentiment qu’il
sera impossible de parvenir à un accord, mais en fait, c’est
du 50-50 », a estimé Lovemore Madhuku, président de
l’Assemblée constitutionnelle nationale, un groupe de
pression politique. « Je crois que les deux partis se
rendent compte que de nombreux Zimbabwéens veulent parvenir
à un règlement », a-t-il ajouté. Pour les analystes, les
chances de réussite de cet accord dépendent, en grande
partie, des pressions que la SADC parvient à faire peser sur
Mugabe, Tsvangirai et Arthur Mutambara, leader d’une faction
dissidente du MDC.
Pour sortir leur pays de la crise née de la défaite du
régime aux élections générales de mars dernier, les rivaux
avaient signé le 15 septembre une entente prévoyant que M.
Mugabe reste président et que M. Tsvangirai devienne premier
ministre. Un mois et demi plus tard, les espoirs d’une
modification des politiques économiques et d’un retour de
l’aide internationale ont été quasiment réduits à néant par
l’incapacité des deux hommes à s’entendre sur la composition
de leur gouvernement, notamment sur l’attribution du
ministère de l’Intérieur. Même l’ex-président sud-africain
Thabo Mbeki, qui avait arraché l’accord initial, a échoué à
rapprocher leurs vues au cours de quatre jours de
pourparlers.
Maha
Salem