Médiation
L’Arabie saoudite a entamé une délicate médiation entre
le gouvernement afghan et les Talibans en vue de
parvenir à un accord de réconciliation. Riyad poursuit
un double objectif : pousser les étudiants en religion à
rompre leur alliance avec l’organisation terroriste
Al-Qaëda, et empêcher son allié le Pakistan de sombrer
dans la violence islamiste.
La médiation saoudienne, qui est à ses débuts, a
commencé pendant le mois sacré du Ramadan, où des
responsables afghans et talibans ont été conviés à un
iftar dans la ville sainte de La Mecque, en présence du
roi Abdallah. Elle coïncide avec les déclarations
américaines et britanniques encourageant Kaboul à
dialoguer avec les Talibans. Le secrétaire américain à
la Défense, Robert Gates, a récemment indiqué que son
pays serait prêt à se réconcilier avec les Talibans si
le gouvernement afghan concluait des négociations avec
eux pour mettre fin au conflit qui ravage le pays. Le
commandant des forces britanniques en Afghanistan, Mark
Carleton-Smith, a de son côté affirmé que la guerre
contre les Talibans est « ingagnable » et que des
négociations avec ces derniers étaient cruciales pour y
mettre un terme.
Les responsables afghans et talibans ont nié la
rencontre du Ramadan, la première qu’ont eue les
dirigeants saoudiens avec les étudiants en religion
depuis leur renversement par les Etats-Unis en 2001.
Mais celle-ci a été confirmée par des diplomates à Riyad
et un journaliste bien informé, Jamal Khashoggi,
rédacteur en chef du journal saoudien Al-Watan, et
proche de l’ancien chef du service de renseignement
extérieur, le prince Turki Al-Faysal. Ce dernier fait
partie, avec son successeur le prince Mouqrine, de
l’équipe saoudienne qui mène les contacts avec les
Afghans.
L’Arabie saoudite, qui était l’un des trois pays à avoir
reconnu le gouvernement taliban, s’inquiète aujourd’hui
de la montée en puissance de ces étudiants en théologie
et de leurs connexions avec Al-Qaëda. Dirigée par le
Soaudien déchu de sa nationalité Ossama bin Laden,
l’organisation mène depuis 2003 une campagne pour
renverser la famille régnante des Saoud. Elle conteste
sa légitimité religieuse soutenue par les oulémas.
L’objectif des Saoudiens est de pousser les Talibans
modérés à s’éloigner de l’aile dure et extrémiste du
mouvement proche d’Al-Qaëda, dont l’idéologie prône la
violence armée contre les dirigeants musulmans alliés de
l’Occident, considérés comme infidèles. Riyad cherche
ainsi à pousser l’aile modérée des Talibans à rompre son
alliance avec Al-Qaëda contre un partage du pouvoir avec
le régime du président Hamid Karzaï. Un objectif qui, en
cas de réalisation, fera d’une pierre deux coups,
puisqu’il privera les extrémistes et les Talibans
pakistanais, qui s’emploient à déstabiliser le régime
d’Islamabad, de leur soutien en Afghanistan.