Le gouverneur du Caire,
Abdel-Azim Wazir, revient sur la récente catastrophe
de Doweiqa qui a vu un flanc de la colline du Moqattam
s’effondrer sur des habitations. Il évoque le problème des
zones sauvages et parle de la gestion du gouvernorat.
« Nous voulons transformer la capitale »
Al-Ahram
Hebdo : La catastrophe de Doweiqa a créé colère et
indignation dans les rangs de la population. Qui en est
responsable ?
Abdel-Azim Wazir :
Le quartier de Manchiyet Nasser, où se trouve la région de
Doweiqa, est un quartier sauvage qui a commencé à se former
dans les années 1950. Il compte aujourd’hui environ 1,2
million d’habitants. Cette région abritait autrefois des
carrières de pierre. Les travaux dans cette carrière ont
fait qu’il y a eu des zones élevées et d’autres moins
élevées. Progressivement, des personnes ont commencé à y
habiter. En 1998, l’Etat a commencé un programme pour le
réaménagement des zones sauvages construites sur la colline
connue sous le nom de Doweiqa. En 1999, le gouvernement d’Abou-Dhabi
a fait une don de 180 millions de dollars pour le
réaménagement de cette région. Le gouvernement a alors
chargé le ministère de l’Habitat de mettre à exécution ce
plan de réaménagement. Un contrat a été signé entre
l’organisme et la Banque nationale d’Abou-Dhabi. Le
gouvernorat du Caire ne faisait pas partie de cet accord qui
stipulait que l’organisme planifie la région, construise de
nouveaux logements et élimine les zones sauvages. 4 000
logements ont en effet été construits de 1998 à 2008 et ont
été distribués aux habitants. Cette année, 2 000 autres
logements devraient être construits. Le gouvernement a
estimé que ce chiffre devait s’élever à 10 000, en plus de
la construction d’écoles et d’hôpitaux. Par contre, la
responsabilité du réaménagement de la région située au pied
de la colline revient au gouvernorat avec la collaboration
de la Banque allemande GTZ, en vertu d’un don de 14 millions
d’euros, en plus des sommes allouées par l’Etat. La mission
était de tracer des rues et de les éclairer, de créer des
réseaux d’eau potable et de drainage sanitaire, de
construire des écoles et des centres de culture et de
jeunesse. La majeure partie des travaux étaient en cours et
le plan devait être achevé en mars 2009. Il était prévu de
transférer les habitants de la région qui s’est effondrée à
leurs nouveaux logements fin septembre dernier, dans les
logements qui avaient été construits en 1960, mais le
drainage sanitaire y était précaire et la montagne en avait
beaucoup souffert. Ainsi lorsqu’un gros bloc de pierre s’est
détaché de la montagne en 1993, faisant 60 victimes, la
direction du quartier de Manchiyet Nasser a conclu un
contrat avec un entrepreneur pour ébarber les bordures de la
colline dans 6 régions. Puis l’entrepreneur a voulu annexer
la région où l’effondrement a eu lieu, et les travaux y ont
commencé en mars 2008. Le quartier avait donc commencé à
affronter le problème 5 mois avant l’accident sous la
supervision d’un expert géologique.
— Est-il vrai que certains journaux ont prévenu la direction
du gouvernorat contre la chute probable d’énormes blocs de
pierre, mais que le gouvernorat n’y a accordé aucune
importance ?
— Les mises en garde publiées dans les journaux ou celles
que nous avons directement obtenues de la part des citoyens
ne concernent pas la région où la chute a eu lieu, mais
d’autres régions. Là, nous avons immédiatement bougé pour
remédier aux problèmes existants dans ces régions. Nous
avons tenu une réunion avec le président de l’administration
centrale des projets au sein de l’Organisme du cadastre
géologique pour la région de Goura où il y a eu le dernier
effondrement. Aucun bloc de pierre n’y était tombé
auparavant. Aucun journal n’avait non plus publié des mises
en garde contre la chute de pierres dans cette région. Un
seul journal avait publié des plaintes de personnes habitant
en haut de la colline, concernant le mauvais état de leurs
logements et exprimant leur volonté d’obtenir de nouveaux
logements. Ceci m’a poussé à demander au ministre de
l’Habitat de consacrer le plus rapidement possible 2 500
logements à ces familles. Nous en avons obtenu 2 000 après
l’accident.
— Quelles sont les mesures adoptées par le gouvernorat pour
éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise ? Toutes
les victimes ont-elles réellement été relogées ? On prétend
que les logements ont été attribués à des personnes qui ne
les méritaient pas ...
— Après l’effondrement, nous avons éliminé tous les
logements qui se trouvaient dans les régions dangereuses et
avons relogé les habitants dans les 2 000 logements obtenus
après l’accident. Puis, 1 800 autres familles ont quitté
leurs logements, car nous n’allons pas permettre aux
habitants de rester dans des zones dangereuses. Nous avons
formé 3 comités de haut niveau comprenant des professeurs
d’université et des géologues. Le premier est chargé
d’examiner l’extrémité nord de la colline de Moqattam, de
réviser tous les travaux effectués depuis 1993, de
déterminer les zones de danger et de présenter un rapport
sur la nature du terrain et des roches dans la région. Quant
au second comité, il effectuera les mêmes travaux dans la
partie sud de la colline, y compris la corniche et la région
des nouveaux projets comme Emaar. Le troisième comité sera
chargé de la région de Ezbet Khaïrallah et lstabl Antar.
Notons que 160 maisons ont été détruites dans ces dernières
régions et les habitants ont été transférés vers le
gouvernorat du 6 Octobre.
— Le problème des zones sauvages continue à entraver le
développement au Caire. Quel rôle joue l’administration du
gouvernorat pour affronter ce problème ?
— Le gouvernorat du Caire s’est engagé dans une bataille
acharnée contre les zones sauvages. Le gouvernorat a des
expériences très réussies dans ce domaine. L’une d’elles est
la région des bidonvilles de Zeinhom qui a été transformée
en parc public et la région des bidonvilles du Torgoman qui
a été transformée en gare routière. La région de Maspéro est
actuellement en cours de réaménagement.
— Deux nouveaux gouvernorats ont été créés, Hélouan et le 6
Octobre, à partir du gouvernorat du Caire. Quel est l’effet
de cette nouvelle répartition ?
— Cette nouvelle division a eu des répercussions positives
immédiates et futures. Aujourd’hui, le gouvernorat du Caire
ne comprend aucune région désertique ni de terrains vides.
Mais une partie de ses ressources a été transférée aux
nouveaux gouvernorats comme la région industrielle du marbre
et du granit de Chaq Al-Teabane. L’objectif de cette
division était de développer Le Caire et ses services. Il
est encore trop tôt pour évaluer cette expérience.
— Pensez-vous que l’idée de réduire la superficie du
gouvernorat du Caire facilitera sa gestion ?
— La résolution des problèmes administratifs nécessite
certaines procédures en plus de cette nouvelle répartition
administrative, ainsi que l’augmentation du budget du
gouvernorat à l’instar de Louqsor. La division influencera
certainement le budget. Celui-ci est fixé selon le nombre
d’habitants et le nombre de projets exécutés dans le
gouvernorat. Avant la répartition, les ressources
financières du gouvernorat compensaient le déficit.
Aujourd’hui, le gouvernorat n’a que deux solutions.
Premièrement, augmenter directement le budget à travers les
ministères de la Planification et des Finances, et
deuxièmement, essayer d’augmenter les ressources locales du
gouvernorat.
— Où en est le projet de transfert des ministères et des
organismes gouvernementaux hors du Caire pour résoudre le
problème de la circulation trop dense ?
— 2 700 feddans sur le périphérique à l’est de Madinet Nasr
ont été consacrés au transfert de plusieurs ministères. Le
premier ministre a formé un comité présidé par le ministre
de l’Habitat avec la participation du ministre du
Développement administratif, du gouverneur du Caire, du
secrétaire général du Conseil des ministres et d’un grand
nombre de spécialistes dans le domaine de la planification
urbaine. Ce comité se réunit périodiquement pour déterminer
les moyens d’exécuter ce projet.
— Quelles sont vos priorités dans la période à venir ?
Quelle est votre vision quant à la modernisation du
gouvernorat du Caire ?
— Le problème essentiel du gouvernorat est la circulation
automobile. Ce qui signifie qu’il faut moderniser les
routes, les ponts et les axes routiers. Il y a également le
problème de la pollution, en plus des zones sauvages. Il a
déjà été question d’un projet appelé Le Caire 2050 qui a été
proposé au Comité des politiques du PND. Ce projet comprend
une vision selon laquelle il faut engager un dialogue entre
la société civile et les hommes politiques afin de fixer des
objectifs et de déterminer les moyens de remédier aux
problèmes du Caire. A mon avis, il faut répondre avant tout
à une question très importante : Comment les Egyptiens
veulent-ils Le Caire ? Veulent-ils une capitale politique
seulement ou bien une capitale politique et culturelle ou
bien un centre touristique mondial ? C’est en répondant à
cette question que nous pourrons parvenir à une stratégie à
long terme que personne ne pourra changer, même si les
gouvernements, les ministres ou les gouverneurs changent.
Des points sont déjà fixés. Par exemple, depuis 2004, aucun
bâtiment public n’a été construit à l’intérieur du Caire. Il
est aujourd’hui interdit de construire les écoles privées,
les instituts et les universités privées qui nécessitent de
larges superficies.
Propos recueillis par Magda Barsoum