Al-Ahram Hebdo,Invité | Abdel-Azim Wazir, « Nous voulons transformer la capitale »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 octobre 2008, numéro 737

 

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Le gouverneur du Caire, Abdel-Azim Wazir, revient sur la récente catastrophe de Doweiqa qui a vu un flanc de la colline du Moqattam s’effondrer sur des habitations. Il évoque le problème des zones sauvages et parle de la gestion du gouvernorat. 

« Nous voulons transformer la capitale » 

Al-Ahram Hebdo : La catastrophe de Doweiqa a créé colère et indignation dans les rangs de la population. Qui en est responsable ?

Abdel-Azim Wazir : Le quartier de Manchiyet Nasser, où se trouve la région de Doweiqa, est un quartier sauvage qui a commencé à se former dans les années 1950. Il compte aujourd’hui environ 1,2 million d’habitants. Cette région abritait autrefois des carrières de pierre. Les travaux dans cette carrière ont fait qu’il y a eu des zones élevées et d’autres moins élevées. Progressivement, des personnes ont commencé à y habiter. En 1998, l’Etat a commencé un programme pour le réaménagement des zones sauvages construites sur la colline connue sous le nom de Doweiqa. En 1999, le gouvernement d’Abou-Dhabi a fait une don de 180 millions de dollars pour le réaménagement de cette région. Le gouvernement a alors chargé le ministère de l’Habitat de mettre à exécution ce plan de réaménagement. Un contrat a été signé entre l’organisme et la Banque nationale d’Abou-Dhabi. Le gouvernorat du Caire ne faisait pas partie de cet accord qui stipulait que l’organisme planifie la région, construise de nouveaux logements et élimine les zones sauvages. 4 000 logements ont en effet été construits de 1998 à 2008 et ont été distribués aux habitants. Cette année, 2 000 autres logements devraient être construits. Le gouvernement a estimé que ce chiffre devait s’élever à 10 000, en plus de la construction d’écoles et d’hôpitaux. Par contre, la responsabilité du réaménagement de la région située au pied de la colline revient au gouvernorat avec la collaboration de la Banque allemande GTZ, en vertu d’un don de 14 millions d’euros, en plus des sommes allouées par l’Etat. La mission était de tracer des rues et de les éclairer, de créer des réseaux d’eau potable et de drainage sanitaire, de construire des écoles et des centres de culture et de jeunesse. La majeure partie des travaux étaient en cours et le plan devait être achevé en mars 2009. Il était prévu de transférer les habitants de la région qui s’est effondrée à leurs nouveaux logements fin septembre dernier, dans les logements qui avaient été construits en 1960, mais le drainage sanitaire y était précaire et la montagne en avait beaucoup souffert. Ainsi lorsqu’un gros bloc de pierre s’est détaché de la montagne en 1993, faisant 60 victimes, la direction du quartier de Manchiyet Nasser a conclu un contrat avec un entrepreneur pour ébarber les bordures de la colline dans 6 régions. Puis l’entrepreneur a voulu annexer la région où l’effondrement a eu lieu, et les travaux y ont commencé en mars 2008. Le quartier avait donc commencé à affronter le problème 5 mois avant l’accident sous la supervision d’un expert géologique.

— Est-il vrai que certains journaux ont prévenu la direction du gouvernorat contre la chute probable d’énormes blocs de pierre, mais que le gouvernorat n’y a accordé aucune importance ?

— Les mises en garde publiées dans les journaux ou celles que nous avons directement obtenues de la part des citoyens ne concernent pas la région où la chute a eu lieu, mais d’autres régions. Là, nous avons immédiatement bougé pour remédier aux problèmes existants dans ces régions. Nous avons tenu une réunion avec le président de l’administration centrale des projets au sein de l’Organisme du cadastre géologique pour la région de Goura où il y a eu le dernier effondrement. Aucun bloc de pierre n’y était tombé auparavant. Aucun journal n’avait non plus publié des mises en garde contre la chute de pierres dans cette région. Un seul journal avait publié des plaintes de personnes habitant en haut de la colline, concernant le mauvais état de leurs logements et exprimant leur volonté d’obtenir de nouveaux logements. Ceci m’a poussé à demander au ministre de l’Habitat de consacrer le plus rapidement possible 2 500 logements à ces familles. Nous en avons obtenu 2 000 après l’accident.

— Quelles sont les mesures adoptées par le gouvernorat pour éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise ? Toutes les victimes ont-elles réellement été relogées ? On prétend que les logements ont été attribués à des personnes qui ne les méritaient pas ...

— Après l’effondrement, nous avons éliminé tous les logements qui se trouvaient dans les régions dangereuses et avons relogé les habitants dans les 2 000 logements obtenus après l’accident. Puis, 1 800 autres familles ont quitté leurs logements, car nous n’allons pas permettre aux habitants de rester dans des zones dangereuses. Nous avons formé 3 comités de haut niveau comprenant des professeurs d’université et des géologues. Le premier est chargé d’examiner l’extrémité nord de la colline de Moqattam, de réviser tous les travaux effectués depuis 1993, de déterminer les zones de danger et de présenter un rapport sur la nature du terrain et des roches dans la région. Quant au second comité, il effectuera les mêmes travaux dans la partie sud de la colline, y compris la corniche et la région des nouveaux projets comme Emaar. Le troisième comité sera chargé de la région de Ezbet Khaïrallah et lstabl Antar. Notons que 160 maisons ont été détruites dans ces dernières régions et les habitants ont été transférés vers le gouvernorat du 6 Octobre.

— Le problème des zones sauvages continue à entraver le développement au Caire. Quel rôle joue l’administration du gouvernorat pour affronter ce problème ?

— Le gouvernorat du Caire s’est engagé dans une bataille acharnée contre les zones sauvages. Le gouvernorat a des expériences très réussies dans ce domaine. L’une d’elles est la région des bidonvilles de Zeinhom qui a été transformée en parc public et la région des bidonvilles du Torgoman qui a été transformée en gare routière. La région de Maspéro est actuellement en cours de réaménagement.

— Deux nouveaux gouvernorats ont été créés, Hélouan et le 6 Octobre, à partir du gouvernorat du Caire. Quel est l’effet de cette nouvelle répartition ?

— Cette nouvelle division a eu des répercussions positives immédiates et futures. Aujourd’hui, le gouvernorat du Caire ne comprend aucune région désertique ni de terrains vides. Mais une partie de ses ressources a été transférée aux nouveaux gouvernorats comme la région industrielle du marbre et du granit de Chaq Al-Teabane. L’objectif de cette division était de développer Le Caire et ses services. Il est encore trop tôt pour évaluer cette expérience.

—  Pensez-vous que l’idée de réduire la superficie du gouvernorat du Caire facilitera sa gestion ?

— La résolution des problèmes administratifs nécessite certaines procédures en plus de cette nouvelle répartition administrative, ainsi que l’augmentation du budget du gouvernorat à l’instar de Louqsor. La division influencera certainement le budget. Celui-ci est fixé selon le nombre d’habitants et le nombre de projets exécutés dans le gouvernorat. Avant la répartition, les ressources financières du gouvernorat compensaient le déficit. Aujourd’hui, le gouvernorat n’a que deux solutions. Premièrement, augmenter directement le budget à travers les ministères de la Planification et des Finances, et deuxièmement, essayer d’augmenter les ressources locales du gouvernorat.

— Où en est le projet de transfert des ministères et des organismes gouvernementaux hors du Caire pour résoudre le problème de la circulation trop dense ?

— 2 700 feddans sur le périphérique à l’est de Madinet Nasr ont été consacrés au transfert de plusieurs ministères. Le premier ministre a formé un comité présidé par le ministre de l’Habitat avec la participation du ministre du Développement administratif, du gouverneur du Caire, du secrétaire général du Conseil des ministres et d’un grand nombre de spécialistes dans le domaine de la planification urbaine. Ce comité se réunit périodiquement pour déterminer les moyens d’exécuter ce projet.

— Quelles sont vos priorités dans la période à venir ? Quelle est votre vision quant à la modernisation du gouvernorat du Caire ?

— Le problème essentiel du gouvernorat est la circulation automobile. Ce qui signifie qu’il faut moderniser les routes, les ponts et les axes routiers. Il y a également le problème de la pollution, en plus des zones sauvages. Il a déjà été question d’un projet appelé Le Caire 2050 qui a été proposé au Comité des politiques du PND. Ce projet comprend une vision selon laquelle il faut engager un dialogue entre la société civile et les hommes politiques afin de fixer des objectifs et de déterminer les moyens de remédier aux problèmes du Caire. A mon avis, il faut répondre avant tout à une question très importante : Comment les Egyptiens veulent-ils Le Caire ? Veulent-ils une capitale politique seulement ou bien une capitale politique et culturelle ou bien un centre touristique mondial ? C’est en répondant à cette question que nous pourrons parvenir à une stratégie à long terme que personne ne pourra changer, même si les gouvernements, les ministres ou les gouverneurs changent. Des points sont déjà fixés. Par exemple, depuis 2004, aucun bâtiment public n’a été construit à l’intérieur du Caire. Il est aujourd’hui interdit de construire les écoles privées, les instituts et les universités privées qui nécessitent de larges superficies.

Propos recueillis par Magda Barsoum

 




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