Conférence Euromoney.
La 16e édition s’est déroulée en Egypte, lundi et mardi
derniers, sous le thème « Maintenir la croissance et
combattre l’inflation ». Ce sont les principales
préoccupations du gouvernement, surtout en cette période de
crise mondiale.
Tirer le meilleur du pire
« Le monde entier est face à une crise. Personne ne peut
nier que l’Egypte sera touchée, mais ce qui importe est que
nous possédions les solutions pour limiter les dégâts. Nous
devons avoir confiance dans notre capacité à surmonter la
crise actuelle ». C’est par ces propos que le ministre des
Finances, Youssef Boutros-Ghali, a entamé son discours lors
de la 16e conférence Euromoney qui a eu lieu lundi et mardi
derniers, à l’hôtel Semiramis Intercontinental du Caire.
L’Egypte a réalisé lors de l’année fiscale 2007-2008 un taux
de croissance record de 7,2 %. Au cours des 5 dernières
années, le taux de croissance n’a en fait pas cessé
d’accroître. Mais la crise financière qui frappe le monde
entier vient menacer cette tendance. L’objectif du
gouvernement est donc en ce moment de savoir comment
protéger la croissance, et il a signalé son intention de la
maintenir aux alentours de 6 ou 7 %. Le ministre des
Finances l’a déclaré franchement : « Nous affrontons un réel
ralentissement de l’économie. Ses effets dépendront de la
manière par laquelle nous ferons face à cette récession. La
croissance mondiale est estimée cette année à 3 %, et les
pays développés s’attendent au mieux à réaliser 0 % de
croissance. Les 3 % résulteront donc des pays en voie de
développement. Nous devons saisir cette chance ». Il a
ajouté que lors de sa récente réunion à Washington avec les
ministres des Finances des 7 plus grands pays du monde, ces
derniers ont affirmé que leurs investissements étrangers
n’allaient pas changer. Ils s’orienteront même plutôt vers
les pays où le système financier sera fort et capable de
financer leurs investissements. « C’est là le défi. On doit
assurer un système financier qui attire les investissements
étrangers. Ces derniers demeurent l’un des principaux outils
pour le maintien de la croissance » , a poursuivi le
ministre.
A cet égard, le ministre de la Santé a fait une visite
surprise à la conférence pour parler à la presse étrangère.
Il a annoncé que l’entreprise britannique Glaxo Wellcome a
acquis les travaux de l’entreprise américaine Bristol Myers
Squibb, dont la valeur s’élève à 210 millions de
dollars. Il a également estimé que les exportations de
l’industrie pharmaceutique en Egypte devraient atteindre des
sommes importantes, quelque 3 ou 4 milliards de dollars, au
cours des quatre prochaines années.
Selon les responsables du gouvernement, la crise mondiale ne
portera pas atteinte au système financier égyptien. C’est
plutôt l’économie qui sera touchée, car le volume des
échanges commerciaux se restreindra et par conséquent le
volume des exportations égyptiennes diminuera aussi. Les
revenus du tourisme et du Canal de Suez vont également
baisser. Bref, les principales sources de croissance en
Egypte vont être frappées.
Privilèges supplémentaires
Une situation qui nécessite un plan défini de la part du
gouvernement pour alléger les effets de la crise. « Chaque
crise a une fin. Mais quand et comment cette fin arrive,
cela dépend de la manière avec laquelle le gouvernement la
traite. Nous ne devons pas rester les bras croisés », a
martelé Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement. «
Le gouvernement égyptien n’a aucune intention de modifier
ses plans de réforme. Simplement, il va les moduler afin de
pouvoir faire face à la crise actuelle », a-t-il ajouté.
Mohieddine avait en fait signalé, que le conseil des
ministres a déjà approuvé les 8 points du plan annoncé la
semaine dernière par le ministre du Commerce et de
l’Industrie pour faire face à la crise. Il s’agit par
exemple d’accorder des privilèges supplémentaires pour
encourager l’investissement, de geler le plan concernant la
suppression des subventions accordées à l’énergie pour les
usines industrielles jusqu’à 2009, etc.
Et même si le taux d’inflation a baissé pour la première
fois depuis mai dernier pour atteindre 22,2 % en août contre
25,6 % en juillet, « le réduire n’est plus notre première
priorité. La récession qui frappe le monde a en fait
contribué à une baisse des prix des commodités au niveau
mondial. L’Egypte a commencé à en sentir les fruits et cela
continuera dans la période à venir », a signalé Ghali.
Le taux d’inflation, qui n’a cessé d’augmenter pour
atteindre son niveau le plus haut depuis 16 ans, était le
principal défi du gouvernement ces 6 derniers mois. Tous les
experts pariaient sur un taux de croissance plus bas étant
donné l’inflation galopante. Dans une étude sur l’inflation,
la banque d’investissement Beltone avait revu à la baisse
ses prévisions pour la croissance au cours des deux
prochaines années à 6,6 % et 5,8 % respectivement. « A
quelque chose malheur est bon », a résumé Simon Kitchen,
analyste financier auprès de la banque d’investissement EFG
Hermes. Selon une étude du ministre de l’Investissement, le
prix du blé a en effet baissé de 39,7 % depuis le début de
l’année, et celui du sucre de 13,2 % ...
Au lieu donc de se battre sur deux fronts, comme l’indique
le thème de la conférence Euromoney, le gouvernement
pourrait bien regrouper ses troupes uniquement sur le
maintien de la croissance.
Névine Kamel
Dahlia Réda