Al-Ahram Hebdo, Une | Tirer le meilleur du pire
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 octobre 2008, numéro 737

 

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Dossier

Conférence Euromoney. La 16e édition s’est déroulée en Egypte, lundi et mardi derniers, sous le thème « Maintenir la croissance et combattre l’inflation ». Ce sont les principales préoccupations du gouvernement, surtout en cette période de crise mondiale.  

Tirer le meilleur du pire 

« Le monde entier est face à une crise. Personne ne peut nier que l’Egypte sera touchée, mais ce qui importe est que nous possédions les solutions pour limiter les dégâts. Nous devons avoir confiance dans notre capacité à surmonter la crise actuelle ». C’est par ces propos que le ministre des Finances, Youssef Boutros-Ghali, a entamé son discours lors de la 16e conférence Euromoney qui a eu lieu lundi et mardi derniers, à l’hôtel Semiramis Intercontinental du Caire.

L’Egypte a réalisé lors de l’année fiscale 2007-2008 un taux de croissance record de 7,2 %. Au cours des 5 dernières années, le taux de croissance n’a en fait pas cessé d’accroître. Mais la crise financière qui frappe le monde entier vient menacer cette tendance. L’objectif du gouvernement est donc en ce moment de savoir comment protéger la croissance, et il a signalé son intention de la maintenir aux alentours de 6 ou 7 %. Le ministre des Finances l’a déclaré franchement : « Nous affrontons un réel ralentissement de l’économie. Ses effets dépendront de la manière par laquelle nous ferons face à cette récession. La croissance mondiale est estimée cette année à 3 %, et les pays développés s’attendent au mieux à réaliser 0 % de croissance. Les 3 % résulteront donc des pays en voie de développement. Nous devons saisir cette chance ». Il a ajouté que lors de sa récente réunion à Washington avec les ministres des Finances des 7 plus grands pays du monde, ces derniers ont affirmé que leurs investissements étrangers n’allaient pas changer. Ils s’orienteront même plutôt vers les pays où le système financier sera fort et capable de financer leurs investissements. « C’est là le défi. On doit assurer un système financier qui attire les investissements étrangers. Ces derniers demeurent l’un des principaux outils pour le maintien de la croissance » , a poursuivi le ministre.

A cet égard, le ministre de la Santé a fait une visite surprise à la conférence pour parler à la presse étrangère. Il a annoncé que l’entreprise britannique Glaxo Wellcome a acquis les travaux de l’entreprise américaine Bristol Myers Squibb, dont  la valeur s’élève à 210 millions de dollars. Il a également estimé que les exportations de l’industrie pharmaceutique en Egypte devraient atteindre des sommes importantes, quelque 3 ou 4 milliards de dollars, au cours des quatre prochaines années.

Selon les responsables du gouvernement, la crise mondiale ne portera pas atteinte au système financier égyptien. C’est plutôt l’économie qui sera touchée, car le volume des échanges commerciaux se restreindra et par conséquent le volume des exportations égyptiennes diminuera aussi. Les revenus du tourisme et du Canal de Suez vont également baisser. Bref, les principales sources de croissance en Egypte vont être frappées.

 

Privilèges supplémentaires

Une situation qui nécessite un plan défini de la part du gouvernement pour alléger les effets de la crise. « Chaque crise a une fin. Mais quand et comment cette fin arrive, cela dépend de la manière avec laquelle le gouvernement la traite. Nous ne devons pas rester les bras croisés », a martelé Mahmoud Mohieddine, ministre de l’Investissement. « Le gouvernement égyptien n’a aucune intention de modifier ses plans de réforme. Simplement, il va les moduler afin de pouvoir faire face à la crise actuelle », a-t-il ajouté.

Mohieddine avait en fait signalé, que le conseil des ministres a déjà approuvé les 8 points du plan annoncé la semaine dernière par le ministre du Commerce et de l’Industrie pour faire face à la crise. Il s’agit par exemple d’accorder des privilèges supplémentaires pour encourager l’investissement, de geler le plan concernant la suppression des subventions accordées à l’énergie pour les usines industrielles jusqu’à 2009, etc.

Et même si le taux d’inflation a baissé pour la première fois depuis mai dernier pour atteindre 22,2 % en août contre 25,6 % en juillet, « le réduire n’est plus notre première priorité. La récession qui frappe le monde a en fait contribué à une baisse des prix des commodités au niveau mondial. L’Egypte a commencé à en sentir les fruits et cela continuera dans la période à venir », a signalé Ghali.

Le taux d’inflation, qui n’a cessé d’augmenter pour atteindre son niveau le plus haut depuis 16 ans, était le principal défi du gouvernement ces 6 derniers mois. Tous les experts pariaient sur un taux de croissance plus bas étant donné l’inflation galopante. Dans une étude sur l’inflation, la banque d’investissement Beltone avait revu à la baisse ses prévisions pour la croissance au cours des deux prochaines années à 6,6 % et 5,8 % respectivement. « A quelque chose malheur est bon », a résumé Simon Kitchen, analyste financier auprès de la banque d’investissement EFG Hermes. Selon une étude du ministre de l’Investissement, le prix du blé a en effet baissé de 39,7 % depuis le début de l’année, et celui du sucre de 13,2 % ...

Au lieu donc de se battre sur deux fronts, comme l’indique le thème de la conférence Euromoney, le gouvernement pourrait bien regrouper ses troupes uniquement sur le maintien de la croissance.

Névine Kamel
Dahlia Réda
 


 

3 questions à
Hicham Al-Khesindar,
directeur général de l’organisme financier de gestion des risques Citadel Capital. 

« Le gouvernement doit à tout prix continuer le plan de réforme » 

Al-Ahram Hebdo : Le taux d’inflation en Egypte dépasse les 22 %. Pourra-t-il baisser à 10-12 % selon les déclarations du ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieddine, à la conférence Euromoney ?

Hicham Al-Khesindar : Le taux d’inflation actuel en Egypte s’explique principalement par l’augmentation des prix des produits agricoles sur le marché international depuis le début 2008, et s’est intensifié lors du deuxième semestre de la même année. La réduction des subventions à l’énergie décidée par le gouvernement égyptien, le 4 mai dernier, a aussi contribué partiellement à accroître l’inflation. Mais de manière générale, je pense que la hausse de ce taux est plutôt justifiée par des facteurs externes qu’internes. Et puisque le cours de ces produits agricoles a commencé même avant la crise financière américaine à connaître une vraie baisse, cela indique que dans trois à quatre mois maximum, la réduction des prix de ces produits se fera ressentir par le peuple.

— La crise financière mondiale aura-t-elle des effets négatifs sur les investissements en Egypte, et portera-t-elle atteinte en particulier aux flux d’investissements provenants du Golfe ?

— A mon avis, il existe d’autres pays qui sont plus affectés que l’Egypte, à l’exemple du Mexique ou de l’Argentine qui dépendent principalement et uniquement dans leurs investissements directs des Etats-Unis, contrairement à l’Egypte qui a joui d’une diversification de ses investissements étrangers directs. Les investissements du Golfe sont en effet très importants en Egypte, mais les pays de cette région ont encore d’importants surplus financiers à investir. C’est une chance, à condition que le gouvernement égyptien réussisse à les attirer. Quant aux investisseurs européens et américains, il leur faut un peu de temps pour régler leur situation financière avant qu’ils ne viennent profiter ici de nouvelles opportunités.

— Quelles sont donc les mesures que le gouvernement doit entreprendre pour encourager les investissements ?

— Le gouvernement doit à tout prix continuer le plan de réformes qu’il a débuté depuis la désignation du premier ministre Ahmad Nazif en juillet 2004, dont le plus important est de continuer le programme de privatisation par des acquisitions ou des fusions, mais pas à travers la Bourse égyptienne. Le gouvernement doit également annoncer une politique claire et transparente en ce qui concerne un plan détaillé adressé aux investisseurs et indiquant les prix de l’énergie, sur cinq ans par exemple, pour qu’ils puissent calculer leur profit à long terme.

Propos recueillis par
N.K.
et D.R.

 




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