OIF.
Le XIIe sommet de la Francophonie a pris fin dimanche au
Québec en présence d’une trentaine de chefs d’Etat et de
gouvernement, dans un contexte de crise financière qui a
dominé les débats.
La Francophonie oublie ses maux
Actualité
oblige, le XIIe sommet de la Francophonie, qui s’est tenu
cette semaine au Québec et qui a réuni plus de 3 000
personnes des 55 pays membres et des 13 pays observateurs de
l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), a
été axé sur la crise financière mondiale. Si l’objectif
était de discuter des enjeux « qui ont une portée mondiale
», la crise financière a évidemment pris le dessus sur la
crise mondiale.
Parmi les personnalités les plus éminentes qui ont assisté
au sommet figurent le secrétaire général de l’Onu, Ban
Ki-moon, le président de la Commission européenne, José
Manuel Barroso, et le président algérien, Abdelaziz
Bouteflika, dont le pays n’a jamais accepté d’intégrer
l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), mais
qui était présent en tant qu’invité spécial. En revanche, le
président de la République du Congo, Joseph Kabila, a
renoncé à venir en raison de la dégradation de la situation
sécuritaire dans le pays, et le président suisse en raison
de la crise financière. Autres grands absents, le président
ivoirien Laurent Gbagbo, le Rwandais Paul Kagame et la
Mauritanie suspendue de l’Organisation Internationale de la
Francophonie (OIF) après un coup d’Etat en août.
Lors de ce sommet, quatre grands « enjeux » figuraient, à la
demande du Québec et du Canada, au menu du sommet : «
Démocratie et Etat de droit », « Gouvernance économique », «
Environnement » et, pour la première fois en tant que thème
à part entière, « La langue française ». « La Francophonie
n’est pas seulement un espace linguistique ou culturel. Elle
est aussi un espace politique. La Francophonie est aussi une
tribune de débats sur les grands sujets du moment, la
résolution des conflits, les droits de l’homme, les
Objectifs du Millénaire pour le développement, les
changements climatiques et surtout la crise financière
mondiale qui secoue la planète ces jours-ci », a affirmé Ban
Ki-moon, ajoutant que les Etats membres de l’OIF
représentent près d’un tiers des Etats membres de l’Onu.
Invités de dernière minute, la crise financière mondiale et
les moyens de la juguler ont dominé la plupart des débats du
sommet. Selon la déclaration finale, la Francophonie
s’engage à soutenir la tenue d’un sommet international pour
donner une réponse « urgente et coordonnée » à la crise qui
affole les marchés mondiaux. Lors du sommet, les dirigeants
ont affirmé que la Francophonie a un « grand rôle » à jouer
dans la crise financière et alimentaire. « Elle doit attirer
l’attention sur les pays pauvres et défendre les changements
nécessaires au système économique mondial. La Francophonie
doit souligner la nécessité du changement », a dit pour sa
part le président français.
Les travaux n’ont toutefois pas été consacrés uniquement à
la crise des Bourses. Samedi, les chefs d’Etat et de
gouvernement ont débattu des principaux thèmes du
sommet, dont l’Etat de droit et la gouvernance économique.
Une délégation africaine a par ailleurs proposé à la
Francophonie la création d’un « visa francophone » à
l’instar du Commonwealth afin de faciliter la circulation
des citoyens, dont les pays sont membres de l’OIF. Cette
proposition fait aussi écho aux plaidoyers de citoyens
africains pour une plus grande ouverture des frontières des
pays du Nord, notamment de la France, et des gestes plus
concrets de la Francophonie.
Plusieurs sujets en débat
Selon le président français, Nicolas Sarkozy, la
Francophonie, en tant que grand ensemble géographique, a le
devoir de prendre sa place sur l’échiquier de la politique
internationale pour ne pas « laisser un seul pays » — en
l’occurrence les Etats-Unis — « imposer ses solutions au
monde ». Affirmant qu’il fallait « bousculer les habitudes
», le président français a plaidé pour l’entrée d’un pays
africain ou sud-américain comme membre permanent du Conseil
de sécurité de l’Onu qui pour l’heure en compte cinq (Etats-Unis,
France, Grande-Bretagne, Russie, Chine). « La crise
(financière internationale) doit être une opportunité de
bousculer les habitudes et de refuser les facilités. Comment
imaginer régler les grands problèmes du monde quand il y a
un Conseil de sécurité où il n’y a pas un membre de
l’Afrique (...) ou du continent sud-américain comme membre
permanent ? », s’est interrogé le chef de l’Etat français. «
La crise est une opportunité de réfléchir différemment à la
croissance », a également affirmé M. Sarkozy, citant « la
croissance durable, la croissance verte, le développement
d’une agriculture vivrière partout dans le monde ». Selon
lui, « nous n’avons à nous incliner au premier obstacle venu
» et « ce débat doit être un débat de la Francophonie ». Et
d’ajouter : « La Francophonie, ce n’est pas simplement
l’attachement à une culture. Nous devons vivre la
Francophonie comme un engagement politique. Nous ne voulons
pas d’un monde aplati. Nous ne voulons pas d’un monde
uniforme. Nous voulons la diversité. Cette tribune témoigne
de cette diversité ».
Outre la crise financière, les différends entre pays ont
plané sur le sommet, ainsi, le Rwanda a estimé que le
français a perdu face à la domination de l’anglais, une
déclaration interprétée dans les couloirs du sommet de la
Francophonie, avant son ouverture vendredi au Québec, comme
« des représailles » contre la France dont les relations
avec Kigali sont tendues.
D’autres questions délicates ont également suscité certaines
critiques. Ainsi, le secrétaire d’Etat à la Francophonie,
Alain Joyandet, a jugé samedi de « mauvaise foi » les
commentaires de la presse québécoise pour qui le président
Nicolas Sarkozy a apporté un soutien à l’unité du Canada au
détriment d’une éventuelle indépendance du Québec. Des
déclarations de M. Sarkozy sur les relations de la France
avec le Québec et le Canada ont été interprétées samedi par
de nombreux journaux comme un plaidoyer en faveur de l’unité
canadienne au détriment des indépendantistes québécois. «
J’ai toujours été un ami du Canada (...). Et franchement
s’il y a quelqu’un qui vient me dire que le monde a besoin
d’une division supplémentaire, c’est qu’on n’a pas la même
lecture du monde », avait déclaré vendredi M. Sarkozy, lors
d’une conférence de presse, avant de prendre la parole
devant l’Assemblée nationale québécoise. Les propos du
président Sarkozy ont provoqué une vive réaction d’un ancien
premier ministre indépendantiste, Jacques Parizeau, qui les
a qualifiés d’« énormités ». Le discours de M. Sarkozy «
implique un jugement » contre la souveraineté (indépendance)
du Québec. « C’est dire : Nous ne sommes pas d’accord avec
la souveraineté du Québec », a estimé M. Parizeau, qui avait
été l’artisan du référendum de 1995, à l’issue duquel les
Québécois avaient rejeté de justesse l’option de
l’indépendance.
Maha
EI-Cherbini