Al-Ahram Hebdo, Monde | La Francophonie oublie ses maux
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 22 au 28 octobre 2008, numéro 737

 

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Monde

OIF. Le XIIe sommet de la Francophonie a pris fin dimanche au Québec en présence d’une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dans un contexte de crise financière qui a dominé les débats. 

La Francophonie oublie ses maux 

Actualité oblige, le XIIe sommet de la Francophonie, qui s’est tenu cette semaine au Québec et qui a réuni plus de 3 000 personnes des 55 pays membres et des 13 pays observateurs de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), a été axé sur la crise financière mondiale. Si l’objectif était de discuter des enjeux « qui ont une portée mondiale », la crise financière a évidemment pris le dessus sur la crise mondiale.

Parmi les personnalités les plus éminentes qui ont assisté au sommet figurent le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, dont le pays n’a jamais accepté d’intégrer l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), mais qui était présent en tant qu’invité spécial. En revanche, le président de la République du Congo, Joseph Kabila, a renoncé à venir en raison de la dégradation de la situation sécuritaire dans le pays, et le président suisse en raison de la crise financière. Autres grands absents, le président ivoirien Laurent Gbagbo, le Rwandais Paul Kagame et la Mauritanie suspendue de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) après un coup d’Etat en août.

Lors de ce sommet, quatre grands « enjeux » figuraient, à la demande du Québec et du Canada, au menu du sommet : « Démocratie et Etat de droit », « Gouvernance économique », « Environnement » et, pour la première fois en tant que thème à part entière, « La langue française ». « La Francophonie n’est pas seulement un espace linguistique ou culturel. Elle est aussi un espace politique. La Francophonie est aussi une tribune de débats sur les grands sujets du moment, la résolution des conflits, les droits de l’homme, les Objectifs du Millénaire pour le développement, les changements climatiques et surtout la crise financière mondiale qui secoue la planète ces jours-ci », a affirmé Ban Ki-moon, ajoutant que les Etats membres de l’OIF représentent près d’un tiers des Etats membres de l’Onu.

Invités de dernière minute, la crise financière mondiale et les moyens de la juguler ont dominé la plupart des débats du sommet. Selon la déclaration finale, la Francophonie s’engage à soutenir la tenue d’un sommet international pour donner une réponse « urgente et coordonnée » à la crise qui affole les marchés mondiaux. Lors du sommet, les dirigeants ont affirmé que la Francophonie a un « grand rôle » à jouer dans la crise financière et alimentaire. « Elle doit attirer l’attention sur les pays pauvres et défendre les changements nécessaires au système économique mondial. La Francophonie doit souligner la nécessité du changement », a dit pour sa part le président français.

Les travaux n’ont toutefois pas été consacrés uniquement à la crise des Bourses. Samedi, les chefs d’Etat et de gouvernement ont  débattu des principaux thèmes du sommet, dont l’Etat de droit et la gouvernance économique.

Une délégation africaine a par ailleurs proposé à la Francophonie la création d’un « visa francophone » à l’instar du Commonwealth afin de faciliter la circulation des citoyens, dont les pays sont membres de l’OIF. Cette proposition fait aussi écho aux plaidoyers de citoyens africains pour une plus grande ouverture des frontières des pays du Nord, notamment de la France, et des gestes plus concrets de la Francophonie.

 

Plusieurs sujets en débat

Selon le président français, Nicolas Sarkozy, la Francophonie, en tant que grand ensemble géographique, a le devoir de prendre sa place sur l’échiquier de la politique internationale pour ne pas « laisser un seul pays » — en l’occurrence les Etats-Unis — « imposer ses solutions au monde ». Affirmant qu’il fallait « bousculer les habitudes », le président français a plaidé pour l’entrée d’un pays africain ou sud-américain comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’Onu qui pour l’heure en compte cinq (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie, Chine). « La crise (financière internationale) doit être une opportunité de bousculer les habitudes et de refuser les facilités. Comment imaginer régler les grands problèmes du monde quand il y a un Conseil de sécurité où il n’y a pas un membre de l’Afrique (...) ou du continent sud-américain comme membre permanent ? », s’est interrogé le chef de l’Etat français. « La crise est une opportunité de réfléchir différemment à la croissance », a également affirmé M. Sarkozy, citant « la croissance durable, la croissance verte, le développement d’une agriculture vivrière partout dans le monde ». Selon lui, « nous n’avons à nous incliner au premier obstacle venu » et « ce débat doit être un débat de la Francophonie ». Et d’ajouter : « La Francophonie, ce n’est pas simplement l’attachement à une culture. Nous devons vivre la Francophonie comme un engagement politique. Nous ne voulons pas d’un monde aplati. Nous ne voulons pas d’un monde uniforme. Nous voulons la diversité. Cette tribune témoigne de cette diversité ».

Outre la crise financière, les différends entre pays ont plané sur le sommet, ainsi, le Rwanda a estimé que le français a perdu face à la domination de l’anglais, une déclaration interprétée dans les couloirs du sommet de la Francophonie, avant son ouverture vendredi au Québec, comme « des représailles » contre la France dont les relations avec Kigali sont tendues.

D’autres questions délicates ont également suscité certaines critiques. Ainsi, le secrétaire d’Etat à la Francophonie, Alain Joyandet, a jugé samedi de « mauvaise foi » les commentaires de la presse québécoise pour qui le président Nicolas Sarkozy a apporté un soutien à l’unité du Canada au détriment d’une éventuelle indépendance du Québec. Des déclarations de M. Sarkozy sur les relations de la France avec le Québec et le Canada ont été interprétées samedi par de nombreux journaux comme un plaidoyer en faveur de l’unité canadienne au détriment des indépendantistes québécois. « J’ai toujours été un ami du Canada (...). Et franchement s’il y a quelqu’un qui vient me dire que le monde a besoin d’une division supplémentaire, c’est qu’on n’a pas la même lecture du monde », avait déclaré vendredi M. Sarkozy, lors d’une conférence de presse, avant de prendre la parole devant l’Assemblée nationale québécoise. Les propos du président Sarkozy ont provoqué une vive réaction d’un ancien premier ministre indépendantiste, Jacques Parizeau, qui les a qualifiés d’« énormités ». Le discours de M. Sarkozy « implique un jugement » contre la souveraineté (indépendance) du Québec. « C’est dire : Nous ne sommes pas d’accord avec la souveraineté du Québec », a estimé M. Parizeau, qui avait été l’artisan du référendum de 1995, à l’issue duquel les Québécois avaient rejeté de justesse l’option de l’indépendance.

Maha EI-Cherbini

 




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