Zimbabwe.
Après l’échec de la médiation sud-africaine, les leaders
politiques du pays comptent sur leurs voisins d’Afrique
australe pour les aider à mettre en place le gouvernement
d’union nationale.
La SADC au secours
Plusieurs
dirigeants d’Afrique australe représentant la Communauté de
développement d’Afrique australe (SADC) se sont retrouvés
lundi dernier au Swaziland, pour tenter d’aider les partis
politiques rivaux du Zimbabwe à sortir de l’impasse et à
s’entendre sur la répartition des portefeuilles au sein d’un
gouvernement d’union nationale. Mais la rencontre a tourné
court et a été reportée au lundi 27 octobre à Harare, au
Zimbabwe, après son boycott par le chef de l’opposition
zimbabwéene, Morgan Tsvangirai, qui a rencontré des
difficultés à obtennir un titre de voyage. A la veille du
sommet de la SADC à Mbabane, capitale du Swaziland, Nelson
Chamisa, porte-parole du parti de Tsvangirai, le Mouvement
pour le changement démocratique, avait affirmé que le MDC et
le parti présidentiel, la Zanu-PF, étaient très loin de
s’accorder sur la mise en œuvre de l’accord de partage de
pouvoir. Tandis que les Etats-Unis ont menacé le régime
zimbabwéen de nouvelles sanctions en cas d’échec sur la
formation d’un gouvernement d’union, selon les déclarations
de Jendayi Frazer, secrétaire d’Etat adjointe américaine aux
Affaires africaines.
Cependant, des représentants des partis de Mugabe, de
Tsvangirai ainsi qu’Arthur Mutambara, chef de file d’une
faction dissidente du MDC, ont participé aux discussions de
Mbabane en présence des chefs d’Etat de l’Angola, du
Mozambique et du pays hôte le Swaziland, ùeùbre de la
« Troïka », organe de politique, sécurité et défense de la
SADC.
Le médiateur sud-africain Thabo Mbeki a tenté la semaine
dernière de régler leurs divergences, mais en vain. Le
président Robert Mugabe et son rival Morgan Tsvangirai se
sont séparés vendredi sur un constat d’échec, après quatre
jours consécutifs de discussions à Harare sous l’égide de
Mbeki. Et, les pourparlers ont notamment achoppé sur
l’attribution du ministère de l’Intérieur, qui contrôle à la
fois la police et l’organisation des élections. Selon
Patrick Chinamasa, négociateur du parti au pouvoir : « Le
parti présidentiel a argumenté pour garder le ministère,
alors que le Mouvement pour le changement démocratique (MDC)
de Morgan Tsvangirai plaidait pour l’obtenir ». Malgré
l’examen de deux options de partage du ministère, avec des
co-ministres ou une rotation à sa tête, les partis ne se
sont pas mis d’accord. L’autre portefeuille en jeu était
celui des Finances, mais, selon M. Chinamasa, le parti de
Robert Mugabe « va accepter de le confier au MDC ».
De l’autre côté, Lovemore Madhuku, président de la
Commission constitutionnelle nationale, a affirmé que les
dirigeants vont trouver un terrain d’entente pour leurs
intérêts parce que « les deux parties ont désespérément
besoin de rester dans l’accord ». « Il est probable que la
SADC pousse Mugabe à donner le ministère de l’Intérieur au
MDC », a-t-il ajouté. Pour sa part, Tsvangirai a accusé
samedi dernier le président Mugabe d’être responsable de
l’échec des pourparlers sur le gouvernement d’union
nationale : « Ce fut un monologue. Mugabe ne négocie pas. Il
sait juste dire non. Nous avons dû dire à Mbeki qu’il ne
servait à rien de continuer à négocier avec quelqu’un qui ne
veut pas négocier ». « Nous allons voir la SADC parce que
nous voulons faire fonctionner l’accord », a-t-il confirmé.
Le Zimbabwe est plongé dans une crise sans précédent depuis
la défaite du régime aux élections du 29 mars dernier, qui
avait entraîné une généralisation des violences politiques
dans le pays. Ecœuré par les attaques, Morgan Tsvangirai
avait jeté l’éponge avant le second tour de la
présidentielle, remportée fin juin par l’unique candidat
Robert Mugabe. Pour tenter de débloquer la situation, les
deux hommes avaient engagé en juillet des négociations sur
un partage du pouvoir. Le 15 septembre, ils signaient un
accord prévoyant que M. Mugabe reste chef de l’Etat et que
M. Tsvangirai devienne premier ministre.
Mais les deux hommes n’ont jamais réussi à s’entendre sur la
composition de leur gouvernement d’union et, il y a une
semaine, le président a attribué unilatéralement les
postes-clés à son parti, notamment la Défense et
l’Intérieur, provoquant la colère de l’opposition. Ceci dit,
le MDC, qui reproche aux forces de l’ordre de réprimer ses
militants, a menacé de rompre l’accord et réclamé le
contrôle d’au moins un des ministères chargés de la
sécurité. La crise politique se déroule alors que l’économie
du Zimbabwe est en chute libre avec une hyperinflation
inouïe à plus de 231 millions pour cent, un effondrement de
la production et plus de 80 % de la population en dessous du
seuil de pauvreté.
Maha
Salem