Al-Ahram Hebdo, Voyages | Le souvenir d’un temps héroïque 
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Voyages

Rachid. Le musée de Rachid retrace l’histoire de la ville et notamment la résistance de ses habitants, face aux forces anglaises du général Fraser. 

Le souvenir d’un temps héroïque  

Bustes, monnaies, armes de tous genres et dimensions ainsi que des photos, constituent le thème exposé au musée national de Rachid. Au sein de la ville méditerranéenne Rachid, située à l’ouest d’Alexandrie, ce musée met le point sur le rôle politique et culturel qu’a joué la ville à l’époque moderne. D’ailleurs, le musée reflète la vie quotidienne de ses habitants, et ce sans oublier l’architecture de cette ville balnéaire au début du XIXe siècle, précisément en 1807. En cette année, Rachid a eu une réputation mondiale grâce à la résistance de ses habitants face aux forces anglaises du général Fraser, représentant de l’empire britannique, l’un des deux pôles de l’époque. Cette expédition avait subi une défaite suite à l’action défensive du gouverneur de Rachid, Ali bey Al-Salanakly en coopération avec les habitants de la ville.

Effectivement, c’est la maison de Ali bey Al-Salanakly qui a été sélectionné par le comité arabe des monuments, parmi 52 demeures, pour être transformée en musée national. Connue sous le nom d’Arab Kelly, bâtisseur de cet édifice vers les débuts du XVIIIe siècle, cette maison représente le style architectural répandu à l’époque par excellence. « Tout en étant unique, cette maison comprend à chaque face une porte construite pour une fonction précise », explique Nabila Habib, directrice générale des musées historiques auprès du Conseil Suprême des Antiquités (CSA). La première était la porte du comptoir qui permettait l’entrée des chevaux, des ânes et des dromadaires, qui portaient les marchandises. La deuxième menait à l’escalier du harem, la troisième au siège des hommes, quant à la quatrième, elle conduisait aux dépôts du comptoir. Autre raison de sélection, une telle transformation rend hommage à la bravoure du gouverneur Ali bey Al-Salanakly l’un des héros de la guerre de Rachid et son protecteur par excellence. Un buste le représente à l’entrée avec celui de Mohamad Ali, dont les troupes avaient expulsé les Anglais. Une représentation suggère l’accueil qu’ils font à leurs convives.

 

Documents de tous les genres

Le musée se compose de trois étages entourés d’un jardin où se trouvent un sabil (fontaine), des colonnes romaines à motifs décoratifs ainsi que des abreuvoirs de marbre. Le rez-de-chaussée met en évidence les plus importants documents et les personnalités qui avaient de l’influence sur l’histoire égyptienne, voire mondiale ; le deuxième étage est consacré à la vie quotidienne et les armes de cette période ; quant au troisième, il incarne la demeure du gouverneur au sein de sa famille. En effet, à l’entrée, une copie de la fameuse Pierre de Rosette rencontre le visiteur. « Cette pièce est offerte par le Birtish Museum, que les restaurateurs ont sculptée avec la même matière d’origine », reprend la directrice. Selon elle, cette pièce, bien qu’elle soit une copie, elle est symbolique pour la ville dont l’origine y est dégagée. La représentation est complétée avec la maquette de la citadelle de Rachid, ou Fort-Julien, d’après l’appellation des Français, où a été trouvée la célèbre pierre de Rosette. Il y a aussi un buste de Champollion, décodeur des signes hiéroglyphes, qui continue la scène accomplie avec un arrière-plan de la photo de Julien, directeur des fouilles lors du dégagement de la pièce archéologique.

Le rez-de-chaussée renferme de même quelques manuscrits d’importance majeure. Citons à titre d’exemple, la déclaration officielle de la conversion à l’islam du général français Ménou, son mariage avec Zebeida, fille du grand marchand Mohamad Al-Bawab, dans un troisième document figure la convention réglant le départ des Anglais du territoire égyptien. Et enfin se trouve le permis aux soufis d’accomplir leur culte à Rachid. Ce manuscrit relève que cette faveur intervient « après les encouragements des soufis aux habitants, pour accentuer leur résistance face aux Anglais », commente Nabila Habib. D’ailleurs, à travers les maquettes des maisons, des mosquées et des églises, le musée offre une vue panoramique des monuments architecturaux de Rachid, et ce sans oublier les cadeaux des citoyens de Rachid qu’ils ont hérités de leurs ancêtres. Les uniformes officiels des officiers, peignes en os ainsi que des pièces de cristal bohémiens en sont l’exemple par excellence.

Le deuxième étage du musée conserve une collection inédite de monnaies ottomanes en or comme le zermaboub, signifiant l’aimé de l’or, zenguerly, déformation de ganzir ou chaîne, ainsi que bara, et ce sans oublier les monnaies étrangères. Selon la directrice, les Mamelouks interdisaient l’utilisation des monnaies étrangères à Rachid, deuxième port méditerranéen après Alexandrie. Les marchands étrangers vendaient leurs articles sur leurs navires. Les ventes et les achats étaient effectués avec les monnaies mameloukes seulement. Il faudrait attendre 1517, lorsque le sultan Sélim Ier a libéralisé le commerce. Ainsi, ont été installés des marchés, des hôtels et des restaurants. « Donc l’exposition des monnaies étrangères en provenance de Rachid constitue la fin d’une période et la naissance d’une autre », explique Magdi Nafee, directeur du musée.

 

Une vie de tous les jours

Outre les monnaies, le visiteur aura l’occasion de connaître les différentes armes ottomanes, uniformes de différents rangs militaires ainsi que leurs équipements protecteurs. Cet étage offre en fait, à travers les photos qui couvrent les murs, une atmosphère de la vie quotidienne et son rythme dynamique. On y observe des scènes de cavalerie, les différents métiers de l’époque, sans oublier les traditions de l’agronomie.

Quant au troisième étage, c’est le repos après une longue journée de déambulation. Il se compose de la pièce du gouverneur où sont exposés les meubles de style ottoman. Une autre pièce plus grande est consacrée aux accueils officiels. L’autre côté de la maison servait au harem. On y trouve les boîtes des parures et des flacons de parfum. Les photos y sont impressionnantes. Pendant que l’une représente deux femmes travaillant la soie, métier appris des Arméniens, la seconde incarne les femmes en fumant le narguilé. Tout l’étage est plein de lustres et lampes ottomanes conservées dans les vitrines. Le plafond est couvert de verre transparent et coloré pour faire entrer la lumière, et ce sans oublier les moucharabiehs qui permettaient aux femmes, dans leur abri, de voir les hommes.

Il est à noter que le musée renferme encore des vitrines contenant des ustensiles de cuisine, venant d’Alexandrie. Une telle exposition est filmée pour être projetée aux visiteurs avant de commencer leur tour.

Doaa Elhami  

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