Rachid.
Le musée de Rachid retrace l’histoire de la ville et
notamment la résistance de ses habitants, face aux forces
anglaises du général Fraser.
Le souvenir d’un temps héroïque
Bustes,
monnaies, armes de tous genres et dimensions ainsi que des
photos, constituent le thème exposé au musée national de
Rachid. Au sein de la ville méditerranéenne Rachid, située à
l’ouest d’Alexandrie, ce musée met le point sur le rôle
politique et culturel qu’a joué la ville à l’époque moderne.
D’ailleurs, le musée reflète la vie quotidienne de ses
habitants, et ce sans oublier l’architecture de cette ville
balnéaire au début du XIXe siècle, précisément en 1807. En
cette année, Rachid a eu une réputation mondiale grâce à la
résistance de ses habitants face aux forces anglaises du
général Fraser, représentant de l’empire britannique, l’un
des deux pôles de l’époque. Cette expédition avait subi une
défaite suite à l’action défensive du gouverneur de Rachid,
Ali bey Al-Salanakly en coopération avec les habitants de la
ville.
Effectivement, c’est la maison de Ali bey Al-Salanakly qui a
été sélectionné par le comité arabe des monuments, parmi 52
demeures, pour être transformée en musée national. Connue
sous le nom d’Arab Kelly, bâtisseur de cet édifice vers les
débuts du XVIIIe siècle, cette maison représente le style
architectural répandu à l’époque par excellence. « Tout en
étant unique, cette maison comprend à chaque face une porte
construite pour une fonction précise », explique Nabila
Habib, directrice générale des musées historiques auprès du
Conseil Suprême des Antiquités (CSA). La première était la
porte du comptoir qui permettait l’entrée des chevaux, des
ânes et des dromadaires, qui portaient les marchandises. La
deuxième menait à l’escalier du harem, la troisième au siège
des hommes, quant à la quatrième, elle conduisait aux dépôts
du comptoir. Autre raison de sélection, une telle
transformation rend hommage à la bravoure du gouverneur Ali
bey Al-Salanakly l’un des héros de la guerre de Rachid et
son protecteur par excellence. Un buste le représente à
l’entrée avec celui de Mohamad Ali, dont les troupes avaient
expulsé les Anglais. Une représentation suggère l’accueil
qu’ils font à leurs convives.
Documents de tous les genres
Le musée se compose de trois étages entourés d’un jardin où
se trouvent un sabil (fontaine), des colonnes romaines à
motifs décoratifs ainsi que des abreuvoirs de marbre. Le
rez-de-chaussée met en évidence les plus importants
documents et les personnalités qui avaient de l’influence
sur l’histoire égyptienne, voire mondiale ; le deuxième
étage est consacré à la vie quotidienne et les armes de
cette période ; quant au troisième, il incarne la demeure du
gouverneur au sein de sa famille. En effet, à l’entrée, une
copie de la fameuse Pierre de Rosette rencontre le visiteur.
« Cette pièce est offerte par le Birtish Museum, que les
restaurateurs ont sculptée avec la même matière d’origine »,
reprend la directrice. Selon elle, cette pièce, bien qu’elle
soit une copie, elle est symbolique pour la ville dont
l’origine y est dégagée. La représentation est complétée
avec la maquette de la citadelle de Rachid, ou Fort-Julien,
d’après l’appellation des Français, où a été trouvée la
célèbre pierre de Rosette. Il y a aussi un buste de
Champollion, décodeur des signes hiéroglyphes, qui continue
la scène accomplie avec un arrière-plan de la photo de
Julien, directeur des fouilles lors du dégagement de la
pièce archéologique.
Le rez-de-chaussée renferme de même quelques manuscrits
d’importance majeure. Citons à titre d’exemple, la
déclaration officielle de la conversion à l’islam du général
français Ménou, son mariage avec Zebeida, fille du grand
marchand Mohamad Al-Bawab, dans un troisième document figure
la convention réglant le départ des Anglais du territoire
égyptien. Et enfin se trouve le permis aux soufis
d’accomplir leur culte à Rachid. Ce manuscrit relève que
cette faveur intervient « après les encouragements des
soufis aux habitants, pour accentuer leur résistance face
aux Anglais », commente Nabila Habib. D’ailleurs, à travers
les maquettes des maisons, des mosquées et des églises, le
musée offre une vue panoramique des monuments architecturaux
de Rachid, et ce sans oublier les cadeaux des citoyens de
Rachid qu’ils ont hérités de leurs ancêtres. Les uniformes
officiels des officiers, peignes
en os ainsi que des pièces de cristal bohémiens en sont
l’exemple par excellence.
Le deuxième étage du musée conserve une collection inédite
de monnaies ottomanes en or comme le zermaboub, signifiant
l’aimé de l’or, zenguerly, déformation de ganzir ou chaîne,
ainsi que bara, et ce sans oublier les monnaies étrangères.
Selon la directrice, les Mamelouks interdisaient
l’utilisation des monnaies étrangères à Rachid, deuxième
port méditerranéen après Alexandrie. Les marchands étrangers
vendaient leurs articles sur leurs navires. Les ventes et
les achats étaient effectués avec les monnaies mameloukes
seulement. Il faudrait attendre 1517, lorsque le sultan
Sélim Ier a libéralisé le commerce. Ainsi, ont été installés
des marchés, des hôtels et des restaurants. « Donc
l’exposition des monnaies étrangères en provenance de Rachid
constitue la fin d’une période et la naissance d’une autre
», explique Magdi Nafee, directeur du musée.
Une vie de tous les jours
Outre les monnaies, le visiteur aura l’occasion de connaître
les différentes armes ottomanes, uniformes de différents
rangs militaires ainsi que leurs équipements protecteurs.
Cet étage offre en fait, à travers les photos qui couvrent
les murs, une atmosphère de la vie quotidienne et son rythme
dynamique. On y observe des scènes de cavalerie, les
différents métiers de l’époque, sans oublier les traditions
de l’agronomie.
Quant au troisième étage, c’est le repos après une longue
journée de déambulation. Il se compose de la pièce du
gouverneur où sont exposés les meubles de style ottoman. Une
autre pièce plus grande est consacrée aux accueils
officiels. L’autre côté de la maison servait au harem. On y
trouve les boîtes des parures et des flacons de parfum. Les
photos y sont impressionnantes. Pendant que l’une représente
deux femmes travaillant la soie, métier appris des
Arméniens, la seconde incarne les femmes en fumant le
narguilé. Tout l’étage est plein de lustres et lampes
ottomanes conservées dans les vitrines. Le plafond est
couvert de verre transparent et coloré pour faire entrer la
lumière, et ce sans oublier les moucharabiehs qui
permettaient aux femmes, dans leur abri, de voir les hommes.
Il est à noter que le musée renferme encore des vitrines
contenant des ustensiles de cuisine, venant d’Alexandrie.
Une telle exposition est filmée pour être projetée aux
visiteurs avant de commencer leur tour.
Doaa
Elhami