Al-Ahram Hebdo, Voyages | Une ville où tous les tons se mêlent
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Voyages

Rachid. La « Cité aux millions de palmiers » est l’une des localités du Delta, la plus riche en monuments. La première phase d’un projet de réaménagement de son patrimoine est déjà terminée. 

Une ville où tous les tons se mêlent 

Se balader dans les rues de Rachid est un véritable voyage dans le temps. Fondée par Ahmad Ibn Touloun en 870, Rachid est située sur la rive gauche de la branche occidentale du Nil. Rachid, Rosette, ou encore Rosetta. Son nom arabe actuel Rachid veut dire sage. Située à 65 kilomètres à l’est de la ville d’Alexandrie, Rosette conserve encore un peu de pittoresque grâce à ses jolies maisons aux façades ornées de moucharabiehs, mais aussi grâce à de l’activité de pêche qui y règne et qui y constitue l’essentiel des ressources locales. C’est une ville très active, quoique ayant perdu beaucoup de son importance depuis l’accroissement d’Alexandrie.

En fait, Rachid fut aux XVIIe et XVIIIe siècles le port principal de l’Egypte. De cette richesse perdue, elle conserve un ensemble de maisons patriciennes uniques qui rappellent celles du Yémen. Hautes et relativement étroites, leurs façades en brique sont rythmées par des encorbellements et des fenêtres à moucharabieh. Certains touristes curieux n’hésitent pas à s’y rendre pour admirer ses vieilles demeures fraîchement restaurées. « Les maisons de Rosette se caractérisent par une architecture haute, sur deux à trois étages, dont les façades sont très largement ajourées de fenêtres. Les portes, elles aussi imposantes, permettaient, dit-on, à un chameau chargé de rentrer dans la cour. On compte vingt-deux splendides maisons de marchands datant de l’époque ottomane. Solides bâtisses de briques noires et rouges, elles arborent de sublimes moucharabiehs qui, aussitôt, entraînent l’imagination dans des temps passés où, cachées derrière ces superbes dentelles de bois, les femmes se régalaient à la dérobée du spectacle de la rue », indique Leïla Saleh, experte en l’art islamique.

 

Architecture caractéristique

Parmi les splendides demeures historiques construites entre les XVIe et XVIIIe siècles, il faut s’arrêter à la maison Ramadan, dont la restauration est très bien réalisée, puis à la maison d’Amassiali, qui est un édifice de trois étages, dont le premier comprend une salle de réception et le bureau du maître. Richement décorée, cette maison représente presque tous les aspects de l’architecture arabo-islamique.

La maison Abou-Chahine, à l’intérieur de laquelle un moulin a été aménagé, conserve encore aujourd’hui ses immenses presses en bois. Bien entendu, le visiteur de Rachid ira aussi voir la maison Arab Kili qui héberge le musée de la ville.

Il ne faut également pas manquer les mosquées, très différentes de celles qu’on a l’habitude de voir ailleurs. « Les mosquées de Rachid sont en fait d’un type propre à la région. Les murs sont peints à la chaux et leur couleur blanche contraste avec celles des poutres et des encadrements de portes en bois. La cour s’y réduit à une simple ouverture carrée, aménagée en jardin et comme un petit atrium percé au centre de la salle de prière, elle-même fort simple. Il y a à l’intérieur une très belle lumière qui pénètre à travers la minuscule cour intérieure. Seuls le portail et le mihrab sont richement décorés de marbre polychrome ou de mosaïques de faïences », explique Leïla Mahmoud. Vous pouvez ainsi visiter la mosquée Zaghloul qui est en fait la plus ancienne de la ville. Datant de 1577, son minaret a été démoli par les canons des Anglais, lors de leur expédition militaire de 1807. De plus, la mosquée s’est affaissée à un mètre au-dessous du niveau de la rue. Le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) a lancé un projet de restauration sophistiqué et ambitieux d’un coût de 24 millions de L.E., s’agissant de la reconstruction de la vieille mosquée grâce à des photos qui avaient été prises il y a quelques dizaines d’années.

La mosquée Al-Mahali, construite au XVIIIe siècle, est admirable, quant à elle, pour les 99 colonnes qui soutiennent son plafond, qui sont des récupérations de monuments de la ville d’Alexandrie. Ensuite, le hammam (bain) traditionnel Azouz, construit aussi au XVIIIe siècle, mais qui ne fonctionne pas.

Au nord de Rosette, sur la rive du fleuve, s’élève le fort du dernier sultan mamelouk Qaïtbay, construit au XVe siècle, en 1479 et qu’on appelle aujourd’hui « Bourg Rachid ». Il servait à défendre à la fois l’embouchure du fleuve et la ville. C’est dans ce fort qu’a été mise au jour, en 1799, la pierre de Rosette qui, rédigée en égyptien et en grec, a été le point de départ des premiers essais de déchiffrement des hiéroglyphes.

La première phase du projet comprend la restauration de dix superbes maisons de la ville, dont les travaux ont été entamés en 2002. Il s’agit en fait d’un immense projet soutenu par le président de la République lui-même visant la transformation de toute la ville de Rachid en un grand musée islamique à ciel ouvert. On étudie actuellement les activités dans lesquelles les maisons restaurées peuvent être réutilisées.

Amira Samir 

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