Rachid.
La « Cité aux millions de palmiers » est l’une des localités
du Delta, la plus riche en monuments. La première phase d’un
projet de réaménagement de son patrimoine est déjà
terminée.
Une ville où tous les tons se mêlent
Se
balader dans les rues de Rachid est un véritable voyage dans
le temps. Fondée par Ahmad Ibn Touloun en 870, Rachid est
située sur la rive gauche de la branche occidentale du Nil.
Rachid, Rosette, ou encore Rosetta. Son nom arabe actuel
Rachid veut dire sage. Située à 65 kilomètres à l’est de la
ville d’Alexandrie, Rosette conserve encore un peu de
pittoresque grâce à ses jolies maisons aux façades ornées de
moucharabiehs, mais aussi grâce à de l’activité de pêche qui
y règne et qui y constitue l’essentiel des ressources
locales. C’est une ville très active, quoique ayant perdu
beaucoup de son importance depuis l’accroissement
d’Alexandrie.
En fait, Rachid fut aux XVIIe et XVIIIe siècles le port
principal de l’Egypte. De cette richesse perdue, elle
conserve un ensemble de maisons patriciennes uniques qui
rappellent celles du Yémen. Hautes et relativement étroites,
leurs façades en brique sont rythmées par des
encorbellements et des fenêtres à moucharabieh. Certains
touristes curieux n’hésitent pas à s’y rendre pour admirer
ses vieilles demeures fraîchement restaurées. « Les maisons
de Rosette se caractérisent par une architecture haute, sur
deux à trois étages, dont les façades sont très largement
ajourées de fenêtres. Les portes, elles aussi imposantes,
permettaient, dit-on, à un chameau chargé de rentrer dans la
cour. On compte vingt-deux splendides maisons de marchands
datant de l’époque ottomane. Solides bâtisses de briques
noires et rouges, elles arborent de sublimes moucharabiehs
qui, aussitôt, entraînent l’imagination dans des temps
passés où, cachées derrière ces superbes dentelles de bois,
les femmes se régalaient à la dérobée du spectacle de la rue
», indique Leïla Saleh, experte en l’art islamique.
Architecture caractéristique
Parmi les splendides demeures historiques construites entre
les XVIe et XVIIIe siècles, il faut s’arrêter à la maison
Ramadan, dont la restauration est très bien réalisée, puis à
la maison d’Amassiali, qui est un édifice de trois étages,
dont le premier comprend une salle de réception et le bureau
du maître. Richement décorée, cette maison représente
presque tous les aspects de l’architecture arabo-islamique.
La maison Abou-Chahine, à l’intérieur de laquelle un moulin
a été aménagé, conserve encore aujourd’hui ses immenses
presses en bois. Bien entendu, le visiteur de Rachid ira
aussi voir la maison Arab Kili qui héberge le musée de la
ville.
Il ne faut également pas manquer les mosquées, très
différentes de celles qu’on a l’habitude de voir ailleurs. «
Les mosquées de Rachid sont en fait d’un type propre à la
région. Les murs sont peints à la chaux et leur couleur
blanche contraste avec celles des poutres et des
encadrements de portes en bois. La cour s’y réduit à une
simple ouverture carrée, aménagée en jardin et comme un
petit atrium percé au centre de la salle de prière,
elle-même fort simple. Il y a à l’intérieur une très belle
lumière qui pénètre à travers la minuscule cour intérieure.
Seuls le portail et le mihrab sont richement décorés de
marbre polychrome ou de mosaïques de faïences », explique
Leïla Mahmoud. Vous pouvez ainsi visiter la mosquée Zaghloul
qui est en fait la plus ancienne de la ville. Datant de
1577, son minaret a été démoli par les canons des Anglais,
lors de leur expédition militaire de 1807. De plus, la
mosquée s’est affaissée à un mètre au-dessous du niveau de
la rue. Le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) a lancé un
projet de restauration sophistiqué et ambitieux d’un coût de
24 millions de L.E., s’agissant de la reconstruction de la
vieille mosquée grâce à des photos qui avaient été prises il
y a quelques dizaines d’années.
La mosquée Al-Mahali, construite au XVIIIe siècle, est
admirable, quant à elle, pour les 99 colonnes qui
soutiennent son plafond, qui sont des récupérations de
monuments de la ville d’Alexandrie. Ensuite, le hammam
(bain) traditionnel Azouz, construit aussi au XVIIIe siècle,
mais qui ne fonctionne pas.
Au nord de Rosette, sur la rive du fleuve, s’élève le fort
du dernier sultan mamelouk Qaïtbay, construit au XVe siècle,
en 1479 et qu’on appelle aujourd’hui « Bourg Rachid ». Il
servait à défendre à la fois l’embouchure du fleuve et la
ville. C’est dans ce fort qu’a été mise au jour, en 1799, la
pierre de Rosette qui, rédigée en égyptien et en grec, a été
le point de départ des premiers essais de déchiffrement des
hiéroglyphes.
La première phase du projet comprend la restauration de dix
superbes maisons de la ville, dont les travaux ont été
entamés en 2002. Il s’agit en fait d’un immense projet
soutenu par le président de la République lui-même visant la
transformation de toute la ville de Rachid en un grand musée
islamique à ciel ouvert. On étudie actuellement les
activités dans lesquelles les maisons restaurées peuvent
être réutilisées.
Amira
Samir