Athlétisme.
Aux Jeux olympiques de Pékin 2008, le bilan du Maroc a déçu.
Le pays avait pourtant, au fil des dernières années, inscrit
de nombreux records. Les responsables doivent maintenant
retrouver la recette du succès.
La nouvelle course
d’obstacles marocaine
Cela
fait des décennies que le Maroc rayonne dans l’athlétisme.
On se rappelle tous le roi d’Athènes, Hicham Al-Guerrouj,
Saïd Aouita dont le record mondial n’a jamais encore été
battu, ou une certaine Nawal Al-Moutaoukil, première femme
arabe à remporter une médaille olympique. Au fil des années,
des Championnats du monde et des Jeux olympiques, le Royaume
chérifien a réussi à inscrire son nom dans les annales de
cette discipline. Chaque année, une nouvelle star naît et
remporte les plus grandes consécrations de son temps. « Au
Maroc, l’athlétisme est un sport qui fait rêver. C’est un
peu comme le basket-ball aux Etats-Unis, le tennis de table
en Chine et le squash chez vous en Egypte. Tous les enfants
marocains veulent sillonner le stade, monter sur le podium
et gagner des médailles à l’instar de ces champions
nationaux », explique Hassan Bou-Rachid, ancien athlète et
journaliste dans un hebdomadaire sportif marocain. En
réalité, l’athlétisme est le sport national marocain par
excellence et la discipline la plus répandue avec 16 ligues
et plus de 450 clubs et associations spécialisées, ainsi
qu’un grand nombre de cadres hautement qualifiés en matière
d’entraînement, d’organisation et de gestion. Le Maroc est
parvenu ainsi à faire son entrée dans le Top 10 mondial
depuis à peu près une décennie : 6e en 1997, 5e en 1999, 8e
en 2001, 9e en 2003 et 11e en 2005. « Ces classements
honorables, les athlètes marocains les ont atteints grâce à
une politique conséquente de formation d’athlètes de haut
niveau, initiée par l’Etat du Maroc et appliquée par la FRMA
(Fédération Royale Marocaine de l’Athlétisme), considérée
comme une fédération modèle sur la scène athlétique mondiale
», indique Saïd Aouita, une des légendes de l’athlétisme sur
la planète et nouveau directeur technique national de la
FRMA. Si les Marocains sont doués pour l’athlétisme par
nature grâce à leur physionomie, ils trouvent également
toute l’aide des autorités concernées qui, à leur tour,
déploient des efforts colossaux afin de créer de vrais
champions. Au Maroc, cela commence dès le plus jeune âge.
Les jeunes talents sont découverts au début, dans la rue,
les centres sportifs de quartiers ou les écoles. Vient
ensuite leur affiliation à un club local ou une ligue
régionale qui évolue sous l’égide de la FRMA. Saïd Aouita
nous explique : « Comme je le dis toujours, les clubs, les
ligues régionales et les établissements scolaires au Maroc
sont considérés comme le principal réservoir de champions
pour les sélections nationales. Nous les dotons chaque jour
de tous les moyens afin de bien accomplir leur mission et
contribuer à la réussite de la vision d’avenir de
l’athlétisme national ». Les champions en herbe sont alors
entraînés et préparés techniquement, physiquement et
psychiquement, à devenir les athlètes de demain. Sur ce
point, le Maroc œuvre à développer les camps d’entraînement
dans la nature. Une fois prêts à concourir, ils participent
aux nombreuses compétitions organisées à l’échelle
nationale, dont les plus importantes restent les meetings
régionaux, les meetings nationaux, le Grand Prix de
l’athlétisme, la Coupe du trône et les championnats
nationaux. Les meilleurs sont donc retenus par la Fédération
et intègrent l’Institut national de l’athlétisme à Rabat.
Selon les indications de la FRMA, les ligues régionales
doivent organiser un grand nombre de compétitions ouvertes
aux athlètes affiliés non seulement aux clubs de leur région
mais aussi à ceux des autres ligues qui ne disposent pas
d’infrastructure adéquate. La direction de la FRMA ajoute
par ailleurs : « Il est demandé aux DTR (Directeurs
Techniques Régionaux) de procéder à des sélections
permanentes. L’objectif étant une participation massive de
laquelle émergeront des athlètes de qualité pouvant accéder
aux meetings nationaux, les DTR doivent dresser une liste
d’athlètes d’élite en vue de leur intégration aux
compétitions de niveau supérieur ».
Le relais en constant déclin
Depuis le départ à la retraite des deux champions Nezha
Bidouane et Hicham Al-Guerrouj, les athlètes marocains ont
laissé tomber les relais. Cette discipline considérée comme
la locomotive du sport national est en constant déclin.
Rappelez-vous le doublé historique de Guerrouj lors des JO
d’Athènes 2004. Ce résultat est le dernier exploit
enregistré dans les annales de l’athlétisme marocain. Le
maître absolu du 1 500 m, qu’il a dominé près d’une
décennie, remportant de nombreuses médailles et s’adjugeant
la Golden League entre autres, est la dernière vedette qui a
permis au Maroc d’inscrire son nom dans le livre de
l’histoire de l’athlétisme. Bien avant le roi d’Athènes,
deux noms ont fait parler du Maroc en lui offrant ses
premières médailles olympiques, et ce, aux JO de Los Angeles
en 1984. Nawal Al-Moutaoukil et Saïd Aouita ont été les
idoles de toute une génération.
Une médaille d’argent à Jaouad Gharib (marathon) et une de
bronze à Hasna Benhassi (800 m). Tel est donc le modeste
bilan de la participation du Maroc à Pékin 2008. Un bilan
qui a permis au pays d’occuper la 65e place au classement
général mais qui a pourtant déçu les milliers de spectateurs
et admirateurs de l’athlétisme « Made in Morocco ». La
ministre de la Jeunesse et des Sports, Nawal Al-Moutaoukil,
a déclaré au lendemain des JO qu’il est nécessaire de tirer
les conclusions objectives de cette participation et de
prendre les dispositions adéquates en prévision des JO de
2012 qu’il faut préparer dès maintenant.
Cependant, les gloires du passé ne sont que de vieux
souvenirs aujourd’hui. L’athlétisme marocain est miné par
des problèmes. « Nombreux sont les athlètes au talent
confirmé qui ont préféré émigrer sous d’autres cieux à la
recherche d’une meilleure situation financière. On cite
parmi ces derniers le jeune Rachid Ramzi qui a défendu à
Pékin les couleurs du Bahreïn et lui a attribué une médaille
d’or grâce à sa performance au 800 m », raconte Moustapha
Abouibadallah, journaliste sportif marocain. La Chine a
encore été témoin du déclin de l’athlétisme marocain durant
les récents Championnats du monde juniors, où le Maroc s’est
contenté de la 29e place après avoir glané une seule et
unique médaille d’argent. Outre les athlètes qui ont fui le
Maroc, ceux qui sont restés n’ont pas donné satisfaction.
Les 28 participants qui ont fait le déplacement n’ont guère
été à la hauteur malgré les moyens mis à leur disposition.
Ce qui a suscité le mécontentement de certains dirigeants de
clubs et ligues, qui ont réclamé la prise de décisions
immédiates et l’application des actions qui permettront à
l’athlétisme marocain de renouer avec sa gloire du passé.
Cette situation alarmante a obligé les instances fédérales à
analyser les faits et les résultats et en tirer les
conclusions pour que l’athlétisme marocain retrouve son aura
d’autant. Se tracent donc de nouveaux défis à relever et de
nouveaux objectifs à réaliser à long et moyen termes. La
Fédération a fait appel aux différents acteurs susceptibles
d’apporter un plus à cette discipline. C’est dans ce sens
qu’a été signé le contrat-programme entre la Fédération
d’athlétisme et le gouvernement. Cet accord multilatéral
ambitionne de mettre à niveau les infrastructures sportives,
la construction de pistes et de centres de formation. La
Fédération a fait appel aussi à Saïd Aouita pour insuffler
une nouvelle dynamique à l’athlétisme marocain. Il se veut
un véritable sauveteur en instaurant le projet du champion
olympique. Attendu par un travail de longue haleine, Aouita
compte relever les défis en développant l’athlétisme
national et préparant une relève de haut niveau pour les
prochains JO 2012 de Londres.
Amr
Moheb