Al-Ahram Hebdo,Société | Une décision de plus
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Société

Education. Les Egyptiens dépensent 7 milliards de L.E. par an pour l’achat de livres extra-scolaires. Ce qui a poussé le ministère de l’Education à étudier la possibilité de supprimer ces manuels. Du coup, la panique s’est installée chez parents et élèves.

Une décision de plus

L’affluence est à son comble dans les librairies situées tout le long des ruelles de Faggala. Les clients se bousculent. L’année scolaire vient de commencer. Des milliers de familles se ruent vers ce souk, pour fournir à leurs enfants tout le nécessaire en fournitures et manuels scolaires. Mona, mère de deux enfants inscrits au cycle primaire, se rend comme d’habitude dès les premiers jours à Faggala, pour acheter les différents manuels extra-scolaires qui vont permettre à ses filles de mieux réviser leurs leçons. Mais cette année, Mona ne comprend pas ce qui se passe. Elle a fait le tour de dix librairies sans pouvoir dégoter un seul bouquin. Pourtant, il lui est arrivé de ne pas trouver ce genre de publications dans certaines matières. Mais, c’était momentané. Aujourd’hui, elle constate que ces ouvrages didactiques ont disparu des étalages. Abasourdie, elle questionne le marchand. Ce dernier lui fait savoir qu’il est en rupture de stock. Mona tente sa chance dans d’autres librairies, mais en vain. Un seul libraire lui donne de l’espoir en lui promettant de lui réserver ce dont elle a besoin dès qu’il recevra sa prochaine commande, c’est-à-dire dans quelques jours. Et pour qu’il tienne sa promesse, Mona lui glisse un petit pourboire, puis enregistre le numéro de téléphone de la librairie afin de pouvoir le contacter. Embarrassée, Mona n’hésite pas à téléphoner à ses amies et ses proches et leur demander de lui trouver ces livres extra-scolaires en faisant le tour des librairies de leurs quartiers. « Mes filles ne peuvent plus se passer de ces ouvrages, devenus importants pour leurs études. Bien que les manuels scolaires officiels n’aient pas été distribués aux élèves jusqu’à maintenant, leur présence est inutile. Des manuels trop condensés, trop barbants et que les élèves n’apprécient pas tant ils manquent d’informations », explique Mona, tout en vantant ce genre de fascicule ou aide-mémoire qui permet à ses enfants de mieux comprendre et répondre aux questions posées aux examens.

En effet, Mona, comme beaucoup d’autres, n’a pas du tout tardé pour aller se procurer ce genre de manuels. Cette année, la ruée vers ces livres s’explique par le fait qu’un projet de loi a été proposé par le conseiller Adli Hussein, gouverneur de Qalioubiya, au Dr Nazif, premier ministre, et Yousri Al-Gamal, ministre de l’Education, lors d’une réunion du Conseil des gouverneurs, ayant pour objectif de suspendre ces ouvrages qui coûtent aux familles égyptiennes un budget de 7 milliards de L.E. par an. Le gouverneur a insisté dans sa proposition sur l’importance de fournir une chance aux manuels scolaires, qui renferment toutes les connaissances exigées par les programmes scolaires. Des ouvrages qui, pour lui, sont didactiques et surtout d’origine, alors que les droits de propriété intellectuelle ne sont pas appliqués aux auteurs de livres extra-scolaires. Autrement dit, ces derniers usurpent les idées des manuels scolaires, les rédigent de nouveau et les présentent aux étudiants.

Par ailleurs, le Dr Abdel-Azim Wazir, gouverneur du Caire, a fait cette semaine un sondage auprès des élèves de différents cycles pour déterminer leurs propositions vis-à-vis du livre scolaire et savoir s’ils sont prêts à se passer définitivement des autres ouvrages intrus. Et bien que ce projet de loi soit en cours d’étude, il a soulevé un véritable tollé. Dès que les différents journaux ont publié ce projet de loi, les parents se sont rués vers les librairies pour s’en procurer. Le tout sur fond de mobilisation. On dirait que c’est une course contre la montre et que tout l’avenir des élèves dépendait de ces livres. Les étudiants, les familles et même les professeurs sont de nouveau à bout de souffle. Piteuse image de tout un système éducatif, en commençant par les manuels scolaires et les enseignants, pour arriver aux sujets d’examens. Le minimum à dire est une médiocrité nourrie de toutes sortes de confusion. « Nous en avons assez de voir nos enfants traités comme des cobayes. Chaque année apporte son lot de catastrophes, soi-disant dans l’intérêt des élèves. Aujourd’hui, ils veulent annuler ce genre de livres, seul moyen pour que nos enfants puissent assimiler des programmes aussi surchargés », se plaint Karim, père de trois enfants scolarisés dans différents cycles. Ce chef de famille ainsi que des milliers de parents ne parviennent pas à saisir l’intérêt de telles décisions. Au cours des dix dernières années, le ministère de l’Education n’a pas cessé « d’innover », laissant perplexes enseignants, parents et élèves. La dernière création est un « organisme de la qualité de l’enseignement ». Une nouvelle instance qui dépendra directement du premier ministre et qui a pour mission d’évaluer les enseignants, les disciplines et les écoles, comme si une telle évaluation n’a jamais existé.

Mais le gouvernement mise beaucoup sur cette nouvelle idée pour mener les réformes promises par le chef de l’Etat. Ainsi, le gouvernement Nazif a-t-il décidé de « faire appel à des experts étrangers dans le domaine de l’éducation pour élaborer les manuels scolaires des années primaires et préparatoires, à l’instar de l’industrie et l’agriculture, et ce pour bannir les autres manuels qui pèsent sur le budget des familles ». Des déclarations qui inquiètent les parents, d’autant plus que les résultats dans ces deux secteurs ne sont pas extraordinaires. « S’ils veulent vraiment épargner des milliards de L.E. dépensées bêtement et alléger le fardeau des familles, qu’ils suppriment alors le livre scolaire. Un livre boudé, de mauvaise qualité, à commencer par la couverture, la mise en page et la manière de présenter l’information qui s’avère parfois erronée ou incomplète, sans compter le manque de titres, d’exemples et d’épreuves aidant les élèves à mieux comprendre. Ces livres officiels sont voués à l’échec depuis de longues années, pourquoi donc continuer à les publier puisque les informations qu’ils donnent sont contradictoires », explique Nadia, mère d’une fille en 6e primaire. Elle raconte que sa fille est venue lui dire que dans le livre d’Histoire, il est mentionné que Mohamad Ali était une bonne personne et qu’il avait construit l’Egypte moderne, alors que dans le roman en langue arabe, c’est le contraire. Et d’ajouter : « Il semble que celui qui a rédigé le programme d’Histoire n’a pas lu l’autre, ce qui a créé la confusion ». Pour Nadia, si une telle proposition est appliquée, ces manuels extra-scolaires risquent d’être imprimés et vendus clandestinement comme les drogues, ce qui ouvre la porte au marché noir et augmente le nombre de cours particuliers. Etant donné que l’enseignant n’explique rien en cours et que le livre scolaire ne prépare pas l’élève aux questions d’examens de fin d’année. Alors comment faire ? La seule solution est donc de recourir aux leçons particulières.  Cependant, d’après plusieurs maisons d’édition, ce projet de loi dont il est question sera difficile à être appliqué. « Les auteurs des livres de classes et des ouvrages extra-scolaires sont les mêmes. Les deux intérêts s’entremêlent, car il s’agit là d’énormes intérêts. Ces auteurs cherchent à abaisser le niveau du livre scolaire pour mieux vendre leurs ouvrages extra-scolaires et favoriser cette mafia du marché noir. Résultat : les élèves ont perdu confiance et boudent les manuels qui ne leur rapportent pas les informations nécessaires pour approfondir leurs connaissances », souligne un responsable d’une grande maison d’édition spécialisée des manuels extra-scolaires.

 

Alors pourquoi un livre scolaire ?

Riham, élève en 1re secondaire, confie qu’elle ne touche pas les manuels scolaires. Ils ne servent qu’à remplir son cartable ou son casier en classe. Et même les fascicules distribués en classe, Riham les trouve inutiles. Elle ne s’en sert pas pour faire sa révision, car ils sont souvent distribués trop tard, à peine quelques jours avant les examens. Magdeddine, directeur d’une école, pense que le système éducatif basé sur le parcœurisme et les programmes surchargés pousse les élèves à chercher une information simple et complète. Il cite en exemple un élève en première secondaire qui doit étudier 17 matières, alors que la moitié de celles-ci ne feront pas partie du programme de l’année prochaine. Il ne lui reste plus qu’à recourir à un résumé ou un livre bien condensé qui lui donnera les grandes lignes. « L’élève égyptien s’est habitué depuis le cycle primaire à avoir recours aux leçons particulières pour obtenir ces résumés et les apprendre par cœur. Une fois les leçons potassées, l’élève recrache sur du papier toutes les informations apprises par cœur », assure-t-il, tout en révélant que cette proposition doit être prise au sérieux. Et d’ajouter : « Avant d’entamer un tel pas, il faut d’abord revoir le livre du ministère. Un livre dont le contenu n’est jamais revu, seule la couverture change à chaque rentrée scolaire. Or, comment peut-il concurrencer d’autres manuels scolaires alors qu’il n’incite pas l’élève à l’ouvrir ? Et donc toute initiative qui ne passe pas par une réforme du livre scolaire est vouée à l’échec ». Bref, presqu’une unanimité de la part d’élèves, parents ou enseignants sur l’utilité des manuels extra-scolaires en comparaison avec les ouvrages du ministère.

Or, certains pédagogues sont encore optimistes. Ils pensent que les livres distribués dans les écoles peuvent bannir les autres ouvrages. Pour ces experts, l’utilité des manuels extra-scolaires ne rentre pas dans l’objectif du ministère de l’Education. « Le fait de répondre suivant des réponses modèles fournies pendant les leçons particulières ou de recourir à ces manuels extra-scolaires est un système qui abrutit les enfants. Ils n’apprennent pas à réfléchir. Ainsi l’élève n’apprend pas à développer un esprit critique, puisque toute réponse doit être identique aux modèles inscrits dans ces livres », explique le Dr Ali Méligui, doyen de la faculté de la pédagogie à l’Université du Caire.

Les initiatives pour réformer le livre scolaire demeurent médiocres, et l’objectif des élèves et même des enseignants reste le résultat de l’examen de fin d’année qui doit passer par les manuels extra-scolaires.

Chahinaz Gheith

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.