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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Opinion
 

Qui protège les pirates

Salama A. Salama

L’enlèvement des touristes dans la région d’Al-Owainat, qui a suivi le détournement d’un bateau de pêche au sud de la mer Rouge ayant à son bord plusieurs pêcheurs, a beaucoup inquiété les autorités égyptiennes. En effet, ces événements représentent autant de menaces que de défis pour les intérêts et la sécurité de notre pays.

Certains pensent qu’il pourrait être nécessaire que l’Egypte envisage un acte militaire afin de protéger ses eaux régionales. Le Canal de Suez, en effet, pourrait être le théâtre d’éventuelles opérations de piratage maritimes, notamment provenant des bandes somaliennes armées. Il n’est plus acceptable que l’Egypte laisse ses frontières ouest en proie aux infiltrations du Darfour, du Tchad et du Soudan. Il n’est plus acceptable non plus que l’Egypte expose ses intérêts vitaux dans cette région, proche de Bab Al-Mandeb, aux opérations de piratage qui se sont multipliés récemment.

Cependant, la réalité qu’ignorent beaucoup est que le piratage a pris une plus large ampleur dans la Corne d’Afrique à cause de la dégradation de la situation en Somalie, en raison des guerres civiles et tribales. Il faut savoir aussi que ces dernières ne sont que le résultat direct de l’intervention américaine dans la région. Une intervention qui a empêché de mettre un terme à la dégradation de la situation dans cette partie du monde. L’Est de l’Afrique a de tout temps été la cible des tentatives d’hégémonie américaine, une fois sous prétexte de se débarrasser de l’influence soviétique jusqu’au renversement du régime de Siad Bare au début des années 1990. Et une autre fois, quelques années plus tard, sous couvert de lutte contre le terrorisme et les poursuites des disciples d’Al-Qaëda et des Talibans. N’oublions pas que les Etats-Unis ont tenté de faire stationner des forces d’occupation en Somalie, ce qui a engendré une résistance violente qui a entraîné la mort de soldats américains.

Il est connu que les Etats-Unis ont fait de l’Ethiopie un bouc émissaire, tout en lui procurant les fonds et les armes nécessaires pour renverser le régime des tribunaux islamiques qui étouffait la Somalie jusqu’en 2006. Il est à noter également que l’Oncle Sam l’a épaulé dans l’occupation de parties en Somalie, devenue la scène d’affrontements sanglants entre les forces éthiopiennes et les guerriers somaliens.

Ce qui est étonnant, c’est la participation de la Grande-Bretagne dans le déchirement de la Somalie en injectant des fonds aux responsables dans le gouvernement intérimaire et aux barons de la guerre qui portent des passeports britanniques, qui se déplacent dans les hôtels de la capitale londonienne et participent au trafic d’armes et aux génocides. Ils sont soutenus par les raids des avions américains, et les forces éthiopiennes visent à frapper dans le cœur la résistance somalienne.

Et donc, à l’ombre de cette conjoncture, il n’était pas étrange que les Casques bleus et l’OUA échouent à mettre un terme aux opérations de meurtre auxquelles se sont livrées les parties en conflit. Et donc, il était tout à fait normal que cet état de faits empêche la formation d’un gouvernement d’union nationale et que le peuple somalien se transforme en brigands, en pirates et en armées de barons de la guerre.

D’aucuns pourraient oublier que la Somalie est membre de la Ligue arabe. Mais les conjonctures en Somalie ont atteint un degré de dégradation tel que la Ligue arabe l’a laissée pour compte. La Somalie est alors devenue une proie facile aux plans américains et aux navires militaires qui assument la responsabilité de protéger ses navires commerciaux. Et ce, en l’absence d’un système international de sécurité reconnu. Qui parle alors d’un acte militaire égyptien ?

 

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