Qui protège les pirates
Salama
A. Salama
L’enlèvement
des touristes dans la région d’Al-Owainat,
qui a suivi le détournement d’un bateau de pêche au sud de
la mer Rouge ayant à son bord plusieurs pêcheurs, a beaucoup
inquiété les autorités égyptiennes. En effet, ces événements
représentent autant de menaces que de défis pour les
intérêts et la sécurité de notre pays.
Certains pensent qu’il pourrait être nécessaire que l’Egypte
envisage un acte militaire afin de protéger ses eaux
régionales. Le Canal de Suez, en effet, pourrait être le
théâtre d’éventuelles opérations de piratage maritimes,
notamment provenant des bandes somaliennes armées. Il n’est
plus acceptable que l’Egypte laisse ses frontières ouest en
proie aux infiltrations du Darfour, du Tchad et du Soudan.
Il n’est plus acceptable non plus que l’Egypte expose ses
intérêts vitaux dans cette région, proche de Bab Al-Mandeb,
aux opérations de piratage qui se sont multipliés récemment.
Cependant, la réalité qu’ignorent beaucoup est que le
piratage a pris une plus large ampleur dans la Corne
d’Afrique à cause de la dégradation de la situation en
Somalie, en raison des guerres civiles et tribales. Il faut
savoir aussi que ces dernières ne sont que le résultat
direct de l’intervention américaine dans la région. Une
intervention qui a empêché de mettre un terme à la
dégradation de la situation dans cette partie du monde.
L’Est de l’Afrique a de tout temps été la cible des
tentatives d’hégémonie américaine, une fois sous prétexte de
se débarrasser de l’influence soviétique jusqu’au
renversement du régime de Siad Bare au début des années
1990. Et une autre fois, quelques années plus tard,
sous couvert de lutte contre le
terrorisme et les poursuites des disciples d’Al-Qaëda et des
Talibans. N’oublions pas que les Etats-Unis ont tenté de
faire stationner des forces d’occupation en Somalie, ce qui
a engendré une résistance violente qui a entraîné la mort de
soldats américains.
Il est connu que les Etats-Unis ont fait de l’Ethiopie un
bouc émissaire, tout en lui procurant les fonds et les armes
nécessaires pour renverser le régime des tribunaux
islamiques qui étouffait la Somalie jusqu’en 2006. Il est à
noter également que l’Oncle Sam l’a épaulé dans l’occupation
de parties en Somalie, devenue la scène d’affrontements
sanglants entre les forces éthiopiennes et les guerriers
somaliens.
Ce qui est étonnant, c’est la participation de la
Grande-Bretagne dans le déchirement de la Somalie en
injectant des fonds aux responsables dans le gouvernement
intérimaire et aux barons de la guerre qui portent des
passeports britanniques, qui se déplacent dans les hôtels de
la capitale londonienne et participent au trafic d’armes et
aux génocides. Ils sont soutenus par les raids des avions
américains, et les forces éthiopiennes visent à frapper dans
le cœur la résistance somalienne.
Et donc, à l’ombre de cette conjoncture, il n’était pas
étrange que les Casques bleus et l’OUA échouent à mettre un
terme aux opérations de meurtre auxquelles se sont livrées
les parties en conflit. Et donc, il était tout à fait normal
que cet état de faits empêche la formation d’un gouvernement
d’union nationale et que le peuple somalien se transforme en
brigands, en pirates et en armées de barons de la guerre.
D’aucuns pourraient oublier que la Somalie est membre de la
Ligue arabe. Mais les conjonctures en Somalie ont atteint un
degré de dégradation tel que la Ligue arabe l’a laissée pour
compte. La Somalie est alors devenue une proie facile aux
plans américains et aux navires militaires qui assument la
responsabilité de protéger ses navires commerciaux. Et ce,
en l’absence d’un système international de sécurité reconnu.
Qui parle
alors d’un acte
militaire
égyptien
?