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Edito Oubliés
Les
centaines de milliards de dollars qui ont été rapidement trouvés pour renflouer
les grandes banques en Occident laissent perplexes les responsables et les
spécialistes de la lutte contre la faim dans le monde. Ils mettent en parallèle
la rapidité et la facilité avec lesquelles ces sommes sont mobilisées pour
sauver banques et Bourses de la crise financière avec la difficulté à obtenir
des fonds pour les 925 millions de personnes touchées par la faim dans le
monde, notamment en Afrique.
Des
cris d’alarme et appels à la vigilance se sont multipliés récemment, rappelant
que la faim dans le monde s’est aggravée du fait de la hausse des prix
énergétiques et alimentaires. Selon ActionAid, une
ONG basée en Afrique du Sud, le coût du bol alimentaire de base a augmenté en
moyenne de 80 % en deux ans. En conséquence, 100 millions de personnes ont
rejoint les rangs des affamés et 750 millions d’autres risquent de souffrir
chroniquement de la faim. ActionAid estime que près
de 1,7 milliard de personnes, soit un quart de l’humanité, pourraient se
trouver désormais en situation d’insécurité alimentaire.
Selon
une autre ONG, Action Contre la Faim (ACF), un enfant âgé de moins de 10 ans
meurt de faim ou de ses conséquences toutes les cinq minutes dans le monde. Traiter
un enfant mal nourri coûte environ 60 dollars par an, mais au niveau des
financements mondiaux, publics ou privés, la malnutrition est un secteur
complètement négligé alors que 55 millions d’enfants sont mal nourris. L’enveloppe
budgétaire mondiale actuelle ne permettant de traiter que 5 % seulement de la
malnutrition sévère.
Rapporteur
spécial des Nations-Unies pour le droit à
l’alimentation de 2001 à 2008, Jean Ziegler martèle que « la faim n’est plus
une fatalité dans aucun endroit du monde ». Il rappelle que l’explosion récente
des prix mondiaux des matières agricoles, qui a provoqué des émeutes de la faim
dans une quarantaine de pays en avril 2008, est « une formidable agression »
contre les populations les plus pauvres de la planète causée essentiellement
par les agrocarburants et la spéculation qu’il serait
facile d’interdire. Plusieurs spécialistes soulignent que la lutte contre la
faim dans le monde souffre d’un manque de volonté politique de la part des pays
les plus industrialisés, rappelant que selon les estimations, trois milliards
de dollars par an seraient suffisants pour éradiquer la malnutrition dans le
monde, alors que les Etats-Unis ont prévu à eux seuls de dépenser jusqu’à 700
milliards de dollars pour renflouer les banques américaines. Les gouvernements
sont appelés à augmenter massivement leurs cotisations en faveur du Programme
Alimentaire Mondial (PAM) qui a perdu 40 % de son pouvoir d’achat avec la
dernière flambée des prix des denrées de base.
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