Iraq-Turquie.
Les attaques que mènent les rebelles turques du Parti des
travailleurs du Kurdistan ne profitent ni à Bagdad, qui
peine à imposer l’ordre, ni à Ankara, qui cherche une
adhésion à l’UE.
Le dialogue, option unique
Ankara souffle le chaud et le froid. C’est ainsi que l’on
pourrait décrire la relation qui régit les deux pays
voisins, l’Iraq et la Turquie, autour de la question kurde.
Parfois c’est un langage de menace et parfois on opte pour
le dialogue. Si dimanche dernier, l’aviation turque a
bombardé une position de séparatistes kurdes dans le nord de
l’Iraq, où étaient censés se trouver des dirigeants
rebelles, comme l’a annoncé l’armée turque, il n’empêche
qu’Ankara a reconnu publiquement pour la première fois
samedi qu’elle dialoguait avec le gouvernement kurde iraqien
afin de trouver des moyens de lutter contre les rebelles du
Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Le président Abdullah Gül a confirmé les informations
fournies par la télévision, selon lesquelles Ankara
cherchait à obtenir la coopération des autorités kurdes
d’Iraq dans son combat contre le PKK. « Il n’y a rien de
nouveau (...). Je pense que cela est juste et il n’y a rien
de plus normal », a commenté Gül lors d’une conférence de
presse.
Le chef de l’Etat turc a estimé que les actions menées par
les rebelles du PKK constituaient également un sujet de
préoccupation pour les dirigeants kurdes iraqiens. Jusqu’à
présent, la Turquie refusait de négocier avec les Kurdes
iraqiens leur reprochant de ne pas prendre les mesures
nécessaires pour lutter contre le PKK.
Cette déclaration de Gül intervient après une nouvelle
attaque de l’aviation turque sur des positions des rebelles
du Kurdistan dans la nuit de vendredi à samedi.
Trente-et-une cibles ont été touchées lors de ce raid
aérien, a précisé l’état-major turc. L’attaque qui a duré
environ une heure n’a pas fait de victime, selon un
porte-parole du PKK.
Ne pas susciter l’ire
Côté iraqien, c’est le silence total. Aucun commentaire
officiel n’a été fait, certains voyant dans ce mutisme une
approbation implicite iraqienne des frappes menées par la
Turquie, l’Iraq craignant une extension de plus des pouvoirs
accordés aux Kurdes depuis la chute du régime de Saddam
Hussein.
Bagdad cherche de même à ne pas susciter l’ire de son voisin
et à ne pas attiser son animosité. Analystes et politologues
s’accordent donc à voir dans le règlement de la question
kurde une nécessité pour les deux clans. D’une part, l’Iraq
embourbé dans un cycle de violences communautaires cherche à
tout prix à imposer l’ordre et la sécurité sur son
territoire ainsi que sur ses frontières. D’autre part, la
Turquie ne pourrait faire aucune concession de la sécurité
et des libertés dans ce qu’elle appelle la lutte contre le
terrorisme.
Quelque 40 000 personnes ont été tuées dans ce conflit, qui
dure depuis plus de deux décennies. Toutefois, l’opposition
à l’intérieur de la Turquie craint que la lutte contre le
PKK ne se fasse au détriment des avancées démocratiques
obtenues dans le cadre des négociations
d’adhésion à l’Union européenne.
Rania
Adel