Palestine.
Mahmoud Abbass s’est rendu cette semaine à Damas en vue de
consulter les différentes factions palestiniennes sur une
éventuelle relance du dialogue interpalestinien au Caire à
la fin du mois.
Course contre la montre
Y
aura-t-il ou non une rencontre Fatah-Hamas le 25 octobre
prochain au Caire ? Et si oui, peut-on souhaiter qu’elle
aboutisse à une ébauche de solution en vue d’une
réconciliation interpalestinienne ? Rien n’est sûr à l’heure
qu’il est. Cela fait des mois que l’Egypte tente une
médiation entre les frères rivaux, en vain. Pour le moment,
le seul élément positif est la déclaration de Azzam Al-Ahmad,
l’un des principaux dirigeants du Fatah, selon lequel le
président palestinien Mahmoud Abbass a fait savoir qu’il
était disposé à envisager une rencontre avec le Hamas, sous
l’égide de l’Egypte. Mais le Fatah n’a pas pour autant donné
de réponse définitive sur cette éventuelle rencontre. Selon
Azzam Al-Ahmad, le président palestinien a reçu un rapport
sur la médiation égyptienne, évoquant la rencontre entre des
dirigeants du mouvement islamique et le chef des services de
renseignements égyptien, Omar Soliman. Ce rapport « inclut
une proposition par le Hamas de rencontre avec le Fatah en
Egypte » le 25 octobre, a précisé Al-Ahmad, sans plus. « Le
Fatah va étudier cette proposition et consultera toutes les
autres factions pour déterminer notre réponse », a-t-il
ajouté. Un autre dirigeant palestinien, qui a gardé
l’anonymat, s’est montré plus optimiste. « Il est probable
que le Fatah accepte cette rencontre du 25 octobre ».
Autre point positif, les deux parties semblent conscientes
de la nécessité d’aplanir leurs divergences. Lors d’une
visite à Damas, Mahmoud Abbass a estimé dimanche que c’est
dans l’intérêt du peuple palestinien que la rivalité de sa
faction, le Fatah, avec le Hamas cesse. Parallèlement, le
chef du mouvement de la résistance islamique a jugé que
l’heure de la réconciliation avait sonné.
M. Abbass s’exprimait à Damas, à l’occasion d’une visite de
deux jours destinée à informer les principaux responsables
syriens de l’évolution de la situation interpalestinienne.
La Syrie a une forte influence sur les factions
palestiniennes installées sur son sol, à commencer par le
Hamas. « Personne n’est heureux de voir se poursuivre les
divisions actuelles », a déclaré M. Abbass devant la presse,
après un entretien avec le président syrien Bachar Al-Assad.
« Personne ne nous respectera plus si nous continuons »,
a-t-il ajouté. A son arrivée samedi, il avait annoncé que la
médiation égyptienne avait franchi un nouveau palier. Il
avait annoncé sans autre détail qu’une déclaration serait
faite au Caire, suivie d’une rencontre de toutes les
factions palestiniennes.
Le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, a lui aussi
semblé se rallier à cette vue en affirmant dimanche que les
médiateurs égyptiens avaient obtenu des résultats. « Nous
avons trouvé une formule (en vue de la réconciliation) et
nous demandons à Dieu de la faire réussir », a-t-il dit au
cours d’une conférence sur Jérusalem à Doha (Qatar).
Dans cette perspective, il a proposé que le Fatah et le
Hamas libèrent tous les prisonniers politiques en
Cisjordanie et à Gaza, et mettent un terme à leur campagne
de dénigrement médiatique pour créer une « atmosphère
positive », propice à une réconciliation.
Des déclarations de bonne volonté, et pourtant, aucune
certitude sur la tenue des discussions au Caire, et sur leur
portée au cas où il serait possible de réunir les
différentes factions. Du côté du Hamas, on avance la date du
25 octobre avec certitude. Jeudi dernier, Mahmoud Al-Zahar,
le plus influent dirigeant du Hamas à Gaza, avait indiqué
que son mouvement et celui du Fatah entameraient des
discussions au Caire le 25 octobre pour former un
gouvernement palestinien de transition, approuvé par les
différentes factions. Une déclaration faite à la suite de la
rencontre qui a réuni la semaine dernière au Caire une
délégation du Hamas et Omar Soliman.
Or, tous les observateurs s’accordent à dire que cette
nouvelle médiation égyptienne risque d’être celle de la
dernière chance. Pour mettre fin à l’état de désunion qui
menace les Palestiniens, le gouvernement égyptien paraît
avoir un plan basé sur trois points essentiels, à savoir la
formation d’un gouvernement d’union nationale, la
reconstruction des services sécuritaires sur des bases
professionnelles et non partisanes avec l’aide d’officiers
arabes, des élections législatives et présidentielles dans
un délai ne dépassant pas 6 mois.
L’épineuse question des élections
La question des élections est en effet au cœur des
problèmes. Les députés du Hamas, qui contrôle la bande de
Gaza, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient cesser de
reconnaître Mahmoud Abbass en tant que président de
l’Autorité palestinienne à partir du 8 janvier prochain.
Cette date d’expiration est ainsi au cœur d’une polémique
entre les deux mouvements.
Mahmoud Abbass a été élu le 8 janvier 2005. Or, la
Constitution de l’Autorité palestinienne fixe à quatre ans
le mandat du président. Mais le Fatah, parti de Mahmoud
Abbass, conteste cette position. Il s’appuie sur la loi
électorale qui stipule que les élections présidentielles et
législatives doivent se tenir en même temps. Ceci
reviendrait à proroger le mandat de Mahmoud Abbass d’un an.
En effet, le Parlement qui est dominé par le Hamas avait été
élu en janvier 2006 pour une période de quatre ans, et les
prochaines élections législatives sont prévues pour janvier
2010.
Pourtant, au sein même du Hamas, les positions ne semblent
pas concorder. Alors que les députés du parti annoncent ne
plus reconnaître Mahmoud Abbass après le 8 janvier, d’autres
déclarations de certains responsables du mouvement présents
au Caire la semaine dernière traduisent une certaine
flexibilité du mouvement qui refusait tout compromis autour
de la question des élections. Moussa Abou-Marzouq, qui
dirige la délégation du Hamas, a déclaré que son groupe
était d’accord avec la « vision » égyptienne pour la
formation d’un gouvernement d’union avec d’autres factions,
dont le Fatah. « Des commissions vont être créées pour
débattre des moyens de mise en œuvre de cette proposition
qui pourrait constituer une ouverture en vue d’un règlement
de la crise palestinienne. D’autres rencontres, bilatérales
ou trilatérales, interviendront dans le courant du mois »,
a-t-il dit.
Par ailleurs, il est difficile d’imaginer une organisation
d’élections présidentielles à Gaza dans l’état actuel de
choses, alors que le mouvement du Hamas contrôle absolument
tout. Certains responsables palestiniens, à l’image de
Yasser Abd-Rabbo, membre du comité exécutif de l’OLP,
pensent que la flexibilité montrée par le Hamas n’est pas un
signe de changement de la politique du mouvement mais une
tentative de perte de temps afin de consolider encore plus
son règne sur la bande de Gaza. Or, dans un climat où la
confiance fait défaut, toute solution est déjà compromise.
Abir
Taleb