Al-Ahram Hebdo, Evénement | Perspectives inquiétantes
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Crise. Elle frappe de plein fouet l’économie mondiale. L’Egypte ne fait pas exception. Si des effets catastrophiques, comme la faillite des grandes banques, n’ont pas cours, certains dangers se profilent à l’horizon.  

Perspectives inquiétantes 

Un proverbe arabe dit que les petites étincelles font les grands incendies. C’est probablement vrai si on les néglige. Là, on parle économie. La réaction tardive du gouvernement égyptien vis-à-vis de la chute boursière a amplifié les craintes des ménages quant à une catastrophe économique qui semble être à la porte. Même si le pays ne verra pas des banques en faillite, l’économie pourrait payer cher une crise mondiale qui a mis en question l’efficacité du système capitaliste tout entier. « Je me suis précipitée pendant le week-end pour retirer une grande somme d’argent du guichet automatique de la banque étrangère où je dépose mes épargnes, mais un message m’a paru disant qu’un problème technique est intervenu et que je dois contacter la banque », raconte Dahlia, déprimée. Beaucoup d’autres ont dit penser retirer leurs dépôts des banques étrangères pour les déposer auprès des banques publiques. « Pendant la grande dépression de 1929, mon grand-père avait dû vendre un immeuble et le terrain agricole qu’il possédait pour pouvoir combler les dépenses de sa famille, verrons-nous des jours pareils ? », se demande Doaa. Telles étaient certaines réactions égyptiennes aux nouvelles faisant état des faillites des grandes banques américaines et européennes. Tout le monde est pris d’une « économania » et ne parle que de la crise économique et des chutes boursières du monde entier. La seule réaction officielle était celle du président de la Bourse, qui a assuré que la chute boursière n’avait rien à voir avec l’économie réelle dont les fondements sont solides.

Douze jours après les chutes successives des grands marchés financiers mondiaux, entraînant également celles des marchés des pays en développement, notamment l’Egypte, les responsables égyptiens se sont finalement réunis, dimanche, pour calmer l’opinion publique prise de panique à cause des conséquences probables de cette crise sur la Bourse, mais aussi sur l’économie en gros. Ainsi, ce jour a-t-il vu la tenue d’une série de réunions officielles. Deux réunions du groupe ministériel économique avec le président Moubarak, une troisième entre le premier ministre, Ahmad Nazif, et le gouverneur de la Banque Centrale d’Egypte (BCE), ainsi qu’une réunion du conseil d’administration de la Bourse. A la fin de la journée, Nazif a donné une conférence de presse, en présence  du gouverneur de la BCE et du ministre de l’Investissement, Mahmoud Mohieddine. (Voir encadré p. 4).

Le lendemain de ces réunions, la Bourse s’est félicitée de la clôture sur une hausse de 5,2 %. Inversant ainsi une tendance de chute qui a commencé depuis son ouverture mardi 7 octobre, après une semaine de clôture en jours fériés. Ce jour, la Bourse à peine ouverte, l’indice Case 30 avait aussitôt perdu le quart de sa valeur. En un seul jour ! Et n’a cessé de saigner depuis, sous la pression de la vente massive des investisseurs étrangers. Ces derniers, en faute de liquidité, ont dû vendre leurs avoirs sur les marchés émergents pour compenser les pertes qu’ils ont assumées dans leurs propres pays. Cela a mené à des chutes en parallèle des marchés arabes. Et la question s’est posée sur la profondeur de l’impact de la crise mondiale sur les économies en développement (voir p. 5).

A l’heure où les responsables des Banques Centrales de tous les pays arabes ont tenté d’apaiser leurs citoyens pendant les deux jours qui ont suivi les grandes chutes, aucun responsable de la BCE n’avait réagi dans les médias. Les numéros de téléphone du bureau du gouverneur de la BCE ne répondaient pas mercredi et jeudi 8 et 9 octobre. On dirait que les responsables étaient au pays de la Belle au bois dormant. En fait, tous les responsables concernés étaient hors du pays : le gouverneur de la BCE et son équipe, le ministre de l’Investissement et celui des Finances, étaient tous partis pour Washington assister aux réunions de l’automne de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, ironiquement pour débattre les conséquences de la crise mondiale.

 

Et si une banque déclarait faillite ?

La question est à l’ordre du jour, puisque 39 % des dépôts bancaires sont auprès des banques étrangères. Farouq Al-Oqda, gouverneur de la BCE, a répondu à cette question adressée par l’Hebdo pendant la conférence de presse, à laquelle il a assisté le 12 octobre, en disant que « cette situation est peu probable », vu la performance des banques en Egypte. « Mais au cas où une banque privée annoncerait faillite, la BCE interviendra pour la sauver. On l’a déjà fait auparavant », rassure-t-il.

Dans le même contexte, il explique que les avoirs bancaires investis auprès des banques à l’étranger ne représentent en fait que 10 % du total des dépôts bancaires, un plafond stipulé par la loi sur les banques. Ce qui signifie qu’un total de 15 milliards de dollars est investi ou déposé dans des banques internationales. Pourtant, la loi ne contraint pas les banques à annoncer régulièrement les montants investis, ni les banques et les pays où ils sont investis. Cependant, elles doivent reporter ces informations à la BCE quand elle les demande. « La BCE avait contacté toutes les banques et attend ces informations détaillées », a déclaré Al-Oqda.

Ismaïl Hassan, ancien gouverneur de la BCE, partage ce ton rassuré. Il rappelle quand, au début des années 1990, la Banque internationale du crédit et commerce avait déclaré faillite, la Banque Misr a racheté ses agences en Egypte et par suite assuré les droits des dépositaires. Et de souligner que « toutes les banques en Egypte sont sous la tutelle de la BCE, et ne dépendent pas de leurs banques mères ». Le secteur bancaire est donc à l’abri d’un krash. Cependant, malheureusement, l’on ne peut pas généraliser sur toute l’économie. Car les impacts indirects de la crise ne sont pas moins dangereux. Ainsi, des réactions en chaîne pourraient se déclarer et jeter l’économie dans le « Tsunami économique » qui envahit le monde.

 

Et la baisse de croissance ?

Ainsi, lors de son unique apparition devant les médias, Nazif a enfin avoué, après des mois de dénégation, que l’économie égyptienne va être touchée par la crise mondiale. « Nous serons satisfaits si la croissance économique atteigne 6 % l’année prochaine », souligne-t-il. Ce taux donne un coup dur à l’ambition du gouvernement de réaliser des taux de croissance au-delà de 7 % pendant dix ans consécutifs, pour pouvoir achever un développement économique de poids.

Pour d’autres, la baisse sera plus grande. Christophe Besse, conseiller économique et commercial à la Commission européenne, explique que la croissance en Egypte a été basée au cours des 4 ou 5 dernières années sur les IDE (Investissements Directs Etrangers) et la consommation privée. « En tenant compte que l’Europe et les Etats-Unis s’emparent des deux tiers du total des IDE en Egypte, le volume des investissements y sera sans doute touché vu la récession mondiale. Il est donc prévu d’assister à un ralentissement économique en Egypte. Le taux de croissance pourrait chuter de quelque 2 ou 3 % au cours de l’année prochaine ».

En fait, les IDE ont augmenté durant les quatre dernières années pour atteindre 15 milliards de dollars pendant l’année dernière, menant à la baisse relative du taux de chômage et à une offre du dollar dans l’économie, qui a à son tour contribué au soulagement du taux de change de la livre égyptienne. L’économie égyptienne avait connu de plus une croissance notable des exportations égyptiennes qui risquent à leur tour de ralentir, quand les vents changeront, pendant un ou deux ans au moins. Le commerce n’est-il pas le résultat d’un dynamisme économique ? Donc, avec la récession, « il y aura moins de revenus dans les pays développés à dépenser sur les biens importés. Et donc les deux plus grands partenaires commerciaux de l’Egypte feront un pas en arrière en ce qui concerne les importations », explique Ahmad Galal, directeur du Forum de recherches économiques de la région Mena. Besse approuve en ajoutant que la baisse prévue des importations européennes mènera à son tour à davantage d’élargissement du déficit de la balance commerciale entre l’Egypte et l’UE.

« Ce déficit s’aligne actuellement à 3 milliards d’euros », renchérit-il.

Par ailleurs, la baisse du volume du commerce mondial signifie moins de navires qui passent par le Canal de Suez, transportant les biens commerciaux d’un bout à l’autre du monde. Ce qui entraîne la baisse des revenus du Canal. A part le commerce, les revenus du tourisme seront également voués à la baisse. En somme, vu que tous ces revenus sont en dollars, il est certain que la quantité de dollars disponibles dans l’économie égyptienne baissera. Y aura-t-il une pénurie de dollars comme celle qui accablait le pays en 2000-2003 ? Pour Farouq Al-Oqda, non.

 

Et la stabilité de la livre égyptienne ?

La BCE dispose d’un montant record de dollars en réserves internationales. Elles sont à la hauteur de 35 milliards de dollars, couvrant plus de 12 mois d’importations (une économie saine n’a besoin que d’un montant qui couvre 3-4 mois d’importations seulement). Ainsi, Farouq Al-Oqda a assuré : « Il n’y a pas de quoi s’inquiéter. On guette bien les évolutions sur la scène et on ne pourra pas négliger les répercussions de la crise. S’il est nécessaire, on aura recours aux réserves pour protéger la livre égyptienne. N’est-ce pas l’objectif de posséder des réserves ? ». Il a de plus souligné que la livre égyptienne a pu bien assumer la fuite en masse des étrangers, qui ont vendu leurs actions sur la Bourse et pris leurs dollars hors du pays durant les deux dernières semaines. Il est à noter par contre que le dollar a renchéri devant la L.E., gagnant 12 piastres en deux mois. Atteignant ainsi dimanche dernier 5,5 L.E., son plus haut niveau depuis sept mois. Pour Ahmad Galal, « il faut laisser la livre baisser, ce n’est pas viable économiquement de continuer à fixer le taux de change. Il faut que la BCE en revanche s’occupe du taux d’inflation. C’est là plutôt où elle doit intervenir ».

Salma Hussein (avec Nevine Kamel)

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