Al-Ahram Hebdo, Idées | Femmes africaines et magma mondialiste
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Idées

Colloque. 26 chercheurs étaient réunis pour le 35e symposium du CODESRIA, Organisation indépendante panafricaine, autour du thème « Genre et citoyenneté à l’ère de la mondialisation ».

Femmes africaines et
magma mondialiste

Les interactions et les heurts entre genre, citoyenneté et mondialisation ainsi que leur interpénétrabilité dans les sociétés africaines : voici le thème longuement débattu par un aréopage de chercheurs et sociologues du CODESRIA (The Council for the Développement of Social Science Research in Africa — le Conseil pour le développement des sciences sociales en Afrique) au Caire, durant trois journées d’interventions et de tables rondes (8-10 octobre 2008).

Le CODESRIA consacre ses ressources au développement des sciences sociales en Afrique. Depuis l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice, le Kenya, la RDC, le Maroc ou encore l’Ouganda, cette poignée de chercheurs a présenté un condensé des conclusions qu’ils ont tirées en travaillant sur des problématiques liées aux concepts de genre, de citoyenneté et de mondialisation.

Le terme « mondialisation » est apparu dans les années 1980 et désigne le développement de liens d’interdépendance entre hommes et femmes, activités humaines et systèmes politiques à l’échelle de la planète. Son interaction avec le « citoyen », qui est une personne qui relève de l’autorité et de la protection d’un Etat, a des conséquences que les chercheurs ont voulu illustrer lors de cette rencontre. Le genre enfin, qui dans le jargon sociologique et médical désigne un concept distinguant les hommes des femmes en s’attachant aux différences non biologiques des deux sexes, est aussi en mutation dans un contexte de mondialisation.

« Dans le contexte culturel de domination patriarcale de l’Ile Maurice, la mondialisation a permis aux femmes de réclamer leurs droits légaux, économiques et politiques », explique Ramola Ramtohul, de l’Université du Cap en Afrique du Sud. La mondialisation, qui depuis l’origine est un mouvement politique, social, économique et culturel qui s’opère du Nord vers le Sud, a traîné dans son sillage la reconnaissance des droits fondamentaux des femmes, et a contribué à améliorer la condition des femmes d’Afrique. Les associations de féministes africaines comptent de plus en plus de membres qui coordonnent leurs actions avec leurs consœurs américaines ou européennes dans le cadre d’actions à forte portée symbolique. La « Marche des femmes » a vu participer lors de sa dernière édition pas moins de 1 442 associations de femmes en Afrique, un record jamais atteint auparavant. Ndeye Aminata Diagne, doctorante sénégalaise, a axé sa recherche sur l’axiome suivant : « Le féminisme africain : entre altermondialisme et développement durable ». « Le mouvement féministe africain est plutôt en faveur de la mondialisation, mais la participation des femmes dans le débat politique reste trop peu visible », explique Ndeye Aminata Diagne, qui ajoute qu’il existe un altermondialisme en Afrique, mais encore balbutiant. Même si tous s’accordent à dire que les interpénétrations politiques, sociales et économiques engendrées par la mondialisation ont eu des répercussions positives sur les femmes africaines, les déceptions ont été nombreuses. Trop de femmes ont été laissées au ban de ce nouvel ordre mondial et ont été privées des moyens indispensables à son intégration, par leur condition inférieure dans la société, et à échelle plus restreinte, au sein du couple. C’est ce qu’explique très clairement Mustapha Ziki, de la faculté de droit de Marrakech, dans son exposé intitulé : « Citoyenneté et développement humain au Maroc face aux différentes formes d’exclusion : une approche de genre ». « La liaison homme/père-Etat renforce la création des hiérarchies liées au sexe et facilite l’institutionnalisation d’une citoyenneté discriminatoire dans les projets de construction de l’Etat ».

Fonkwe Prudentia Tamonkeng, chercheuse camerounaise, poursuit le même cheminement intellectuel que son collègue dans son exposé « The Acquisition of New Citizenship Status in the Global Village through the Emerging Female Chiefship in Bangwa Land — Cameroon ». Elle dénonce la dominance « mâle » du concept de mondialisation : « Comment les hommes et les femmes peuvent-ils devenir des citoyens égaux, alors que leur accès à la terre, au crédit, à l’éducation, au processus décisionnel, à la technologie et à l’information sont si différents ? ». Phénomène plus inquiétant encore, la pauvreté des femmes a augmenté depuis la mise en place de grands réseaux de mondialisation, et certaines se retrouvent non seulement marginalisées mais tout bonnement exclues de cette nouvelle donne économico-politique. Les femmes sont souvent des citoyennes de deuxième main, qu’on assigne à des tâches moins gratifiantes et qui sont presque systématiquement éloignées du processus décisionnel. Susanna Yene Awasom, de l’Universite de Yaoundé au Cameroun, donne l’exemple de la répartition des terres et de leurs récoltes entre les époux : « La terre appartient aux hommes, tandis que les récoltes et les fermes reviennent aux femmes. Il est normal et politiquement correct au Cameroun que les discussions sur les problèmes de la terre incombent aux hommes, tandis que les femmes traitent des problèmes triviaux de la ferme ». Moustapha Ziki fait le même constat au Maroc : « La féminisation de la fonction publique et l’augmentation du nombre de fonctionnaires femmes durant les vingt dernières années ne signifient pas pour autant l’équité en matière d’accès aux postes à responsabilité entre les hommes et les femmes ».

La plupart des pays africains qui ont connu l’avènement de la démocratie libérale, apportée par la mondialisation, ont vécu des modifications sociopolitiques profondes. L’instauration du multipartisme et l’affirmation des droits et des libertés se sont souvent accompagnées d’une révision de la Constitution, davantage en faveur des femmes. Des lois privilégiant la liberté individuelle et l’égalité des sexes ont été votées, des conventions dans ce sens ont été ratifiées, mais on ne peut pourtant pas parler d’un changement radical de la condition féminine. « Le processus démocratique au Cameroun a modifié le type d’organisation de l’Etat sans transformer profondément les logiques machistes de la conception du pouvoir », affirme Pauline Ngo, chercheuse indépendante camerounaise.

L’émancipation complète des femmes nécessitera sans doute un long processus bidirectionnel : le concept d’égalité des droits qui accompagne le phénomène de mondialisation, phénomène macro, devra nécessairement s’accompagner d’un mouvement macro. Ce sera à la femme de redessiner un équilibre au sein de son couple et de sa communauté.

Louise Sarant

Retour au sommaire

 

3 questions à
Maikudi Asmau Sani,
professeure à l’Université de sciences administratives et sociales de Kanuda, Nigeria.

« De plus en plus de femmes veulent participer à l’activité politique »

Al-Ahram Hebdo : Quelle différence y a-t-il entre le texte de la Constitution nigériane et l’application de cette Constitution ?

Maikudi Asmau Sani : Le Nigeria est un pays vaste, qui abrite 120 millions d’habitants repartis dans 36 Etats et dans plusieurs centaines de gouvernements locaux. Le gouvernement fédéral encourage donc les mariages intercommunautaires, comme élément d’unité et de diversité dans le pays. En théorie, les citoyens sont égaux au Nigeria. Mais en pratique, au niveau local il y a des différences. Par exemple, si vous êtes une femme et que vous épousez un homme d’un autre Etat et que vous allez vivre là-bas, vous ne pourrez pas décrocher un bon travail. Vous serez considérée comme « étrangère » car ne faisant pas partie de la communauté de cet Etat. Si vous retournez ensuite dans votre Etat d’origine, la communauté vous rejettera comme faisant partie d’un autre Etat, celui de l’époux. Vous perdez donc brusquement votre citoyenneté dans les faits. La théorie est différente de l’application. Ce constat ne touche pas les hommes, qui peuvent décrocher un travail intéressant sans être nécessairement du même Etat.

— Ne voit-on pas trace de ces problèmes de citoyenneté dans la Constitution nigériane ?

— Si, d’une certaine manière le problème de la citoyenneté est incrusté dans la Constitution, le plus frappant est le langage de la Constitution qui ne s’adresse qu’à « il » et « lui », niant presque l’existence de femmes nigérianes. Selon la Constitution, si un homme est attaqué, son agresseur encourt une peine minimale de 3 ans d’emprisonnement. Si on attaque une femme, alors on considère ce délit comme mineur, empêchant la femme de se rendre au tribunal et l’agresseur ne pourra pas être emprisonné. Au sein du couple, on retrouve cette discrimination profonde : si au cours d’une lutte entre la femme et son mari ce dernier lui casse un bras, ou lui crève un œil … alors il est dans son droit, aucun texte dans la Constitution n’interdit ce genre de traitement.

— Quelles conséquences a eu la mondialisation sur le droit et les libertés individuelles des femmes nigérianes ?

— Depuis quelques années, il existe des groupes de femmes qui luttent pour l’égalité des droits, qui abordent des thèmes tels que les droits de la reproduction, les droits économiques, politiques, sociaux. C’est un changement radical, car entre 1922, date de la création de la Constitution, et 1999, lors de sa révision, aucune femme n’était présente au sein du pouvoir. C’est en train de changer, de plus en plus de femmes se proposent de participer à l’activité politique du pays, et cela grâce à la mondialisation.

Propos recueillis par L. S.

 

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.