Al-Ahram Hebdo,Environnement | Des routes avec des déchets
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Environnement

Recyclage. Pour la première fois au Caire, on construit des routes à partir de résidus industriels et de sous-produits provenant des aciéries. L’expérience a déjà fait ses preuves dans d’autres gouvernorats, mais le concept est embryonnaire.  

Des routes avec des déchets 

A 14 km de la route Abou-Bayoumi, reliant l’autoroute agricole Le Caire-Alexandrie et la route d’Ismaïliya, on rencontre une nouvelle route dont le pavement est différent. Cette route longue de 400 m et large de 6 m a été construite à partir de déchets industriels et de sous-produits de fer et d’acier provenant de l’usine Al-Sadate-Ezz. Des cendres volantes de charbon, des poussières de fourneaux, des déchets de traitement de minerais, des cendres des incinérateurs, des boues d’épuration : ce sont des scories de fer et d’acier. « Pour obtenir ces scories, on met les déchets dans une grande bassine qui peut contenir la quantité de déchets qu’on voudrait transformer en scorie. Ensuite, on fait des opérations de fusion, de fonte et d’affinage de métaux. Enfin, on ajoute de l’eau et laisse bouillir. 24 heures après, on obtient à la surface un ensemble de métaux qui se développent en présence d’humidité, semblables aux pierres dures », affirme Ali Hosni, expert au Centre de la production plus propre, dépendant du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Il explique : « Les laitiers ou scories sont les résidus de l’industrie métallurgique ». L’idée de l’utilisation des scories dans la construction des routes a été initiée il y a six ans par l’ingénieur Ali Hosni qui a travaillé dans le domaine de l’écologie pendant plusieurs années. Elle a été soumise au bureau technique du ministère de l’Industrie car l’usine Al-Sadate-Ezz voulait se débarrasser de ses déchets industriels, pour leur recyclage. Le PNUD et le Centre de la production plus propre, en coopération avec l’Organisme général pour les routes et les ponts et l’usine Al-Sadate-Ezz, ont donc voulu prendre les devants et faire d’une pierre deux coups : régler le problème de la pollution atmosphérique émanant des explosions du dolomite, du basalte et d’autres pierres naturelles et précieuses dans les montagnes à l’aide de bulldozers ou d’explosifs et préserver les ressources naturelles. D’autre part, les responsables pensent que ces matériaux permettent de faire face aux catastrophes et réduire les accidents sur les routes. « Ces nouveaux matériaux sont durables, forts, légers et résistent mieux aux changements climatiques. En plus de leurs avantages économiques, ils sont facilement utilisables et ne produisent pas de résidus supplémentaires. Il est vrai qu’il n’existe pas de grande différence entre les coûts, mais l’expérience mérite d’être généralisée vu les avantages écologiques », ajoute le conseiller du projet des scories, le Dr Ahmad Hussein. Les premiers essais de mise en œuvre ont été réalisés en juin 1994. Les scories de l’usine de fer et d’acier de Hélouan ont été utilisées dans la construction de l’autoroute agricole de Hélouan. Deux ans après, un autre projet a été réalisé à Alexandrie en utilisant les scories de l’usine de cuivre. Parallèlement, des analyses chimiques, des tests de lixiviation et des tests mécaniques sont venus renforcer les caractéristiques des scories en vue des différentes applications possibles. « Les projets de Hélouan et d’Alexandrie ont connu un grand succès, puisque le taux de durabilité des routes sous trafic s’élève à 345 % », ajoute le Dr Ahmad Hussein. Il faut savoir que l’utilisation des scories pour la construction des routes remonte à 1965, conformément aux lois concernant la construction des routes.

« Pour la construction d’une route, on mélange ces scories, acheminées de l’usine distante de 80 km, avec du ciment, du sable et une quantité d’eau. L’opération se fait en 3 couches », note l’un des ouvriers travaillant sur le chantier. « Il est vrai que les avantages des scories sont énormes, mais les coûts de transport sont beaucoup plus élevés. Le coût de 50 tonnes s’élève à 10 000 L.E. pour une distance de 100 km. Donc, pour éviter ce coût élevé, la distance entre le lieu de travail et l’usine ne doit pas dépasser 100 km », précise le conseiller de l’Organisme général des routes et des ponts, l’ingénieur Abdallah Al-Hennawi.

Selon la directrice du Centre de la production plus propre, Hanane Al-Hadari, l’industrie sidérurgique en Egypte produit environ 750 000 tonnes de scories d’acier par an et 75 % de ces quantités sont produites par 7 grandes entreprises, dont l’usine Al-Sadate-Ezz. « L’usine produit un million de tonnes de fer par an. Cette quantité donne lieu à 100 000 tonnes de scories d’acier par an, ce qui veut dire 300 tonnes de scories en un seul jour », ajoute Al-Hadari.

Mais l’usine Al-Sadate-Ezz souhaite se débarrasser de tous ces résidus qui s’entassent sur une surface de 10 000 m2. Poussières, cendres, boues, déchets industriels, sous-produits, scories de fer et d’acier … Ce lieu abritait auparavant des rats, des serpents, des scorpions … L’usine était entourée par des déchets industriels. « On se débarrassait de toutes sortes de déchets d’une manière anarchique. Il était très difficile de faire des extensions. Depuis deux mois, la situation a complètement changé grâce aux scories qu’on a pu utiliser dans l’une des autoroutes principales de l’Egypte », avoue un responsable de l’usine Al-Sadate-Ezz.

Sans doute que personne ne peut mesurer encore le succès de cette méthode dans les prochaines années. « C’est pourquoi on fait une certaine comparaison entre le nouveau et l’ancien système du point de vue pratique, c’est-à-dire on doit observer la route sous trafic pendant 3 ans consécutifs, signaler les avantages et éviter les défauts au futur », explique Abdallah Al-Hennawi.

« Les scories de fer et d’acier fournissent à l’Egypte 15 millions de L.E. par an allouées aux travaux routiers », précise Ahmad Hussein. Mais le problème est que la plupart des usines manquent d’audace et ont peur de l’inconnu.

Ne faut-il pas que les responsables les encouragent pour le bien de l’environnement, de la santé et de l’économie nationale aussi ?

Manar Attiya

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Chiffres-clés 

— La production locale de fer s’élève à 10,4 millions de tonnes par an, alors que la production actuelle de scories atteint 1,4 million de tonnes par an. 

— La production de fer et d’acier en 2009 devrait s’élever à 25,83 tonnes par ans. Donc, la production des scories pourrait atteindre 2,58 millions de tonnes par an. 

— La déformation plastique de l’asphalte diminue à un taux de 10 % en utilisant les scories de fer et d’acier. 

— Le mélange de scories a besoin de moins d’asphalte que celui des routes traditionnelles à un taux de 0,15 %. 

— Les scories augmentent la résistance à l’attaque à 1,7 fois en comparaison avec les mesures requises. 

— Une tonne d’asphalte de scories peut paver 6 m2, tandis que selon l’ancienne méthode, une tonne peut paver 7,7 m2.

 




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