Recyclage.
Pour la première fois au Caire, on construit des routes à
partir de résidus industriels et de sous-produits provenant
des aciéries. L’expérience a déjà fait ses preuves dans
d’autres gouvernorats, mais le concept est embryonnaire.
Des routes avec des déchets
A
14 km de la route Abou-Bayoumi, reliant l’autoroute agricole
Le Caire-Alexandrie et la route d’Ismaïliya, on rencontre
une nouvelle route dont le pavement est différent. Cette
route longue de 400 m et large de 6 m a été construite à
partir de déchets industriels et de sous-produits de fer et
d’acier provenant de l’usine Al-Sadate-Ezz. Des cendres
volantes de charbon, des poussières de fourneaux, des
déchets de traitement de minerais, des cendres des
incinérateurs, des boues d’épuration : ce sont des scories
de fer et d’acier. « Pour obtenir ces scories, on met les
déchets dans une grande bassine qui peut contenir la
quantité de déchets qu’on voudrait transformer en scorie.
Ensuite, on fait des opérations de fusion, de fonte et
d’affinage de métaux. Enfin, on ajoute de l’eau et laisse
bouillir. 24 heures après, on obtient à la surface un
ensemble de métaux qui se développent en présence
d’humidité, semblables aux pierres dures », affirme Ali
Hosni, expert au Centre de la production plus propre,
dépendant du Programme des Nations-Unies pour le
Développement (PNUD). Il explique : « Les laitiers ou
scories sont les résidus de l’industrie métallurgique ».
L’idée de l’utilisation des scories dans la construction des
routes a été initiée il y a six ans par l’ingénieur Ali
Hosni qui a travaillé dans le domaine de l’écologie pendant
plusieurs années. Elle a été soumise au bureau technique du
ministère de l’Industrie car l’usine Al-Sadate-Ezz voulait
se débarrasser de ses déchets industriels, pour leur
recyclage. Le PNUD et le Centre de la production plus
propre, en coopération avec l’Organisme général pour les
routes et les ponts et l’usine Al-Sadate-Ezz, ont donc voulu
prendre les devants et faire d’une pierre deux coups :
régler le problème de la pollution atmosphérique émanant des
explosions du dolomite, du basalte et d’autres pierres
naturelles et précieuses dans les montagnes à l’aide de
bulldozers ou d’explosifs et préserver les ressources
naturelles. D’autre part, les responsables pensent que ces
matériaux permettent de faire face aux catastrophes et
réduire les accidents sur les routes. « Ces nouveaux
matériaux sont durables, forts, légers et résistent mieux
aux changements climatiques. En plus de leurs avantages
économiques, ils sont facilement utilisables et ne
produisent pas de résidus supplémentaires. Il est vrai qu’il
n’existe pas de grande différence entre les coûts, mais
l’expérience mérite d’être généralisée vu les avantages
écologiques », ajoute le conseiller du projet des scories,
le Dr Ahmad Hussein. Les premiers essais de mise en œuvre
ont été réalisés en juin 1994. Les scories de l’usine de fer
et d’acier de Hélouan ont été utilisées dans la construction
de l’autoroute agricole de Hélouan. Deux ans après, un autre
projet a été réalisé à Alexandrie en utilisant les scories
de l’usine de cuivre. Parallèlement, des analyses chimiques,
des tests de lixiviation et des tests mécaniques sont venus
renforcer les caractéristiques des scories en vue des
différentes applications possibles. « Les projets de Hélouan
et d’Alexandrie ont connu un grand succès, puisque le taux
de durabilité des routes sous trafic s’élève à 345 % »,
ajoute le Dr Ahmad Hussein. Il faut savoir que l’utilisation
des scories pour la construction des routes remonte à 1965,
conformément aux lois concernant la construction des routes.
« Pour la construction d’une route, on mélange ces scories,
acheminées de l’usine distante de 80 km, avec du ciment, du
sable et une quantité d’eau. L’opération se fait en 3
couches », note l’un des ouvriers travaillant sur le
chantier. « Il est vrai que les avantages des scories sont
énormes, mais les coûts de transport sont beaucoup plus
élevés. Le coût de 50 tonnes s’élève à 10 000 L.E. pour une
distance de 100 km. Donc, pour éviter ce coût élevé, la
distance entre le lieu de travail et l’usine ne doit pas
dépasser 100 km », précise le conseiller de l’Organisme
général des routes et des ponts, l’ingénieur Abdallah
Al-Hennawi.
Selon la directrice du Centre de la production plus propre,
Hanane Al-Hadari, l’industrie sidérurgique en Egypte produit
environ 750 000 tonnes de scories d’acier par an et 75 % de
ces quantités sont produites par 7 grandes entreprises, dont
l’usine Al-Sadate-Ezz. « L’usine produit un million de
tonnes de fer par an. Cette quantité donne lieu à 100 000
tonnes de scories d’acier par an, ce qui veut dire 300
tonnes de scories en un seul jour », ajoute Al-Hadari.
Mais l’usine Al-Sadate-Ezz souhaite se débarrasser de tous
ces résidus qui s’entassent sur une surface de 10 000 m2.
Poussières, cendres, boues, déchets industriels,
sous-produits, scories de fer et d’acier … Ce lieu abritait
auparavant des rats, des serpents, des scorpions … L’usine
était entourée par des déchets industriels. « On se
débarrassait de toutes sortes de déchets d’une manière
anarchique. Il était très difficile de faire des extensions.
Depuis deux mois, la situation a complètement changé grâce
aux scories qu’on a pu utiliser dans l’une des autoroutes
principales de l’Egypte », avoue un responsable de l’usine
Al-Sadate-Ezz.
Sans doute que personne ne peut mesurer encore le succès de
cette méthode dans les prochaines années. « C’est pourquoi
on fait une certaine comparaison entre le nouveau et
l’ancien système du point de vue pratique, c’est-à-dire on
doit observer la route sous trafic pendant 3 ans
consécutifs, signaler les avantages et éviter les défauts au
futur », explique Abdallah Al-Hennawi.
« Les scories de fer et d’acier fournissent à l’Egypte 15
millions de L.E. par an allouées aux travaux routiers »,
précise Ahmad Hussein. Mais le problème est que la plupart
des usines manquent d’audace et ont peur de l’inconnu.
Ne faut-il pas que les responsables les encouragent pour le
bien de l’environnement, de la santé et de l’économie
nationale aussi ?
Manar
Attiya