Al-Ahram Hebdo, Egypte | Traiter un bouton de fièvre n’est pas traiter la fièvre
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Egypte

Administration. Le gouvernement annonce une nouvelle initiative pour délivrer des documents administratifs à domicile. Une mesure destinée à lutter contre la bureaucratie.  

Traiter un bouton de fièvre n’est pas traiter la fièvre

Se procurer une pièce d’identité, renouveler son permis de conduire ou son passeport est un véritable calvaire en Egypte. Habituellement, les personnes qui vivent cette « aventure » sont confrontées à toutes sortes de désagréments. Entre le « passez demain » typique des fonctionnaires égyptiens et les interminables files d’attente, c’est un véritable parcours du combattant qu’il faut accomplir. Pour mettre fin à toutes ces souffrances, le ministère du Développement administratif a trouvé enfin une solution. Il suffira désormais d’appeler le 16 633 ou d’aller sur le site www. egypt.gov.eg et d’effectuer quelques petites touches sur le clavier pour se procurer tous les documents souhaités. En l’espace de quelques instants, un délégué de l’administration concernée viendra, et moyennant une petite somme d’argent (entre 5 et 15 L.E. selon le service demandé), achèvera toutes les démarches administratives. Plus besoin donc de se déplacer ni de faire la queue. L’objectif de ce nouveau système est de « faciliter l’accès des citoyens » à quelque 590 services administratifs, comme l’obtention des pensions de retraite, la récupération ou le renouvellement des cartes d’identité, des certificats de naissance, des passeports ou des permis de conduire, le paiement des factures de téléphone ou de portable, la réservation des billets d’avion ou de train, les permis de construction ou l’accomplissement des procédures douanières ainsi qu’une série d’autres services dans d’autres domaines comme l’éducation et la santé. Une sorte de baguette magique qui résoudra tous les problèmes. « Cette initiative vise à faciliter la vie aux citoyens prêts à payer de l’argent pour ne pas avoir à subir les longues files d’attente à chaque fois qu’ils ont besoin d’accomplir une procédure administrative, et d’autre part, à solutionner la bureaucratie et la lenteur des procédures de la plupart des services », affirme Nasser Fouad, responsable au ministère du Développement administratif. Il ajoute que la lutte contre la corruption administrative est l’un des motifs de cette initiative. Car dans la plupart des administrations, les fonctionnaires reçoivent encore régulièrement des dessous de table.

Le dernier rapport du ministère du Développement administratif a révélé que 76 % des employés de la fonction publique, soit 3,5 millions d’employés, perçoivent des montants d’argent sous la table durant l’exercice de leur fonction. Ce même rapport a révélé que la corruption administrative touche particulièrement certains secteurs comme les municipalités, les douanes et les impôts et que les mécanismes adoptés contre ce phénomène n’ont pas eu de vrais résultats. Le problème de la bureaucratie est certainement bien ancré dans la société. L’initiative du gouvernement va-t-elle mettre fin à tous les maux ? Pour certains, c’est assurément non. « Le gouvernement veut nous donner l’impression qu’il a résolu tous les problèmes. Une telle initiative revient à traiter un bouton de fièvre au lieu de traiter la fièvre. L’appareil administratif de l’Etat est pléthorique et souffre de mauvaise gestion. Les employés sont mal payés et ils travaillent dans de très mauvaises conditions. Tout ceci est le résultat de politiques erronées au cours des années passées », commente Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement, unioniste progressiste, gauche. Selon lui, l’initiative gouvernementale fera que seuls les riches bénéficieront d’un service aisé, tandis que les pauvres n’auront droit qu’à un service lamentable.

Depuis quelques années, le gouvernement tente de régler le problème de la bureaucratie, mais en vain. En 2002, le gouvernement avait créé 500 « bureaux de service » répartis dans les différents gouvernorats. Six ans après l’expérience, ces centres ont fermé leurs portes du fait de leur ignorance par les citoyens. « Pendant six ans de travail, nous n’avons reçu que 650 clients. C’est parce que peu de gens connaissent ces centres. Les gens croient que ces kiosques sont des bureaux de poste. Aucune publicité n’a été faite durant toute cette période pour les faire connaître, sous prétexte que cela alourdissait le budget », lâche Mohamad Osmane, fonctionnaire au centre de service à Madinet Nasr. D’autres problèmes sont apparus, rendant le service mal présenté aux citoyens. Les employés de ces centres sont mal payés. Ils obtiennent un salaire mensuel de 300 L.E. et sont obligés de se déplacer entre les différents services gouvernementaux, alors que les frais de transport ne leur sont pas remboursés, et qu’ils n’ont même pas la permission d’utiliser les moyens de transport gratuitement.

Vient ensuite l’absence de lignes directes de téléphone ou de fax qui faciliteraient la mission de ces employés. « Après l’échec de cette expérience, plusieurs propositions ont été étudiées, entre autres la vente de ces bureaux au secteur privé qui se chargera de présenter les différents services aux citoyens. Mais cette idée a été rejetée car le ministère ne pourra pas, dans ce cas, contrôler les coûts des services qui seront bien sûr plus chers », assure Nasser. Des spots publicitaires sont diffusés sur les différentes chaînes télévisées ainsi que dans les journaux pour informer les citoyens sur la nouvelle initiative, en attendant de trouver des solutions de fond pour le problème de la bureaucratie.

Marianne Youssef

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