Administration.
Le gouvernement annonce une nouvelle initiative pour
délivrer des documents administratifs à domicile. Une mesure
destinée à lutter contre la bureaucratie.
Traiter un bouton de fièvre n’est pas traiter la fièvre
Se
procurer une pièce d’identité, renouveler son permis de
conduire ou son passeport est un véritable calvaire en
Egypte. Habituellement, les personnes qui vivent cette «
aventure » sont confrontées à toutes sortes de désagréments.
Entre le « passez demain » typique des fonctionnaires
égyptiens et les interminables files d’attente, c’est un
véritable parcours du combattant qu’il faut accomplir. Pour
mettre fin à toutes ces souffrances, le ministère du
Développement administratif a trouvé enfin une solution. Il
suffira désormais d’appeler le 16 633 ou d’aller sur le site
www. egypt.gov.eg et d’effectuer quelques petites touches
sur le clavier pour se procurer tous les documents
souhaités. En l’espace de quelques instants, un délégué de
l’administration concernée viendra, et moyennant une petite
somme d’argent (entre 5 et 15 L.E. selon le service
demandé), achèvera toutes les démarches administratives.
Plus besoin donc de se déplacer ni de faire la queue.
L’objectif de ce nouveau système est de « faciliter l’accès
des citoyens » à quelque 590 services administratifs, comme
l’obtention des pensions de retraite, la récupération ou le
renouvellement des cartes d’identité, des certificats de
naissance, des passeports ou des permis de conduire, le
paiement des factures de téléphone ou de portable, la
réservation des billets d’avion ou de train, les permis de
construction ou l’accomplissement des procédures douanières
ainsi qu’une série d’autres services dans d’autres domaines
comme l’éducation et la santé.
Une
sorte de baguette magique qui résoudra tous les problèmes. «
Cette initiative vise à faciliter la vie aux citoyens prêts
à payer de l’argent pour ne pas avoir à subir les longues
files d’attente à chaque fois qu’ils ont besoin d’accomplir
une procédure administrative, et d’autre part, à solutionner
la bureaucratie et la lenteur des procédures de la plupart
des services », affirme Nasser Fouad, responsable au
ministère du Développement administratif. Il ajoute que la
lutte contre la corruption administrative est l’un des
motifs de cette initiative. Car dans la plupart des
administrations, les fonctionnaires reçoivent encore
régulièrement des dessous de table.
Le
dernier rapport du ministère du Développement administratif
a révélé que 76 % des employés de la fonction publique, soit
3,5 millions d’employés, perçoivent des montants d’argent
sous la table durant l’exercice de leur fonction. Ce même
rapport a révélé que la corruption administrative touche
particulièrement certains secteurs comme les municipalités,
les douanes et les impôts et que les mécanismes adoptés
contre ce phénomène n’ont pas eu de vrais résultats. Le
problème de la bureaucratie est certainement bien ancré dans
la société. L’initiative du gouvernement va-t-elle mettre
fin à tous les maux ? Pour certains, c’est assurément non. «
Le gouvernement veut nous donner l’impression qu’il a résolu
tous les problèmes. Une telle initiative revient à traiter
un bouton de fièvre au lieu de traiter la fièvre. L’appareil
administratif de l’Etat est pléthorique et souffre de
mauvaise gestion. Les employés sont mal payés et ils
travaillent dans de très mauvaises conditions. Tout ceci est
le résultat de politiques erronées au cours des années
passées », commente Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général
du parti du Rassemblement, unioniste progressiste, gauche.
Selon lui, l’initiative gouvernementale fera que seuls les
riches bénéficieront d’un service aisé, tandis que les
pauvres n’auront droit qu’à un service lamentable.
Depuis
quelques années, le gouvernement tente de régler le problème
de la bureaucratie, mais en vain. En 2002, le gouvernement
avait créé 500 « bureaux de service » répartis dans les
différents gouvernorats. Six ans après l’expérience, ces
centres ont fermé leurs portes du fait de leur ignorance par
les citoyens. « Pendant six ans de travail, nous n’avons
reçu que 650 clients. C’est parce que peu de gens
connaissent ces centres. Les gens croient que ces kiosques
sont des bureaux de poste. Aucune publicité n’a été faite
durant toute cette période pour les faire connaître, sous
prétexte que cela alourdissait le budget », lâche Mohamad
Osmane, fonctionnaire au centre de service à Madinet Nasr.
D’autres problèmes sont apparus, rendant le service mal
présenté aux citoyens. Les employés de ces centres sont mal
payés. Ils obtiennent un salaire mensuel de 300 L.E. et sont
obligés de se déplacer entre les différents services
gouvernementaux, alors que les frais de transport ne leur
sont pas remboursés, et qu’ils n’ont même pas la permission
d’utiliser les moyens de transport gratuitement.
Vient
ensuite l’absence de lignes directes de téléphone ou de fax
qui faciliteraient la mission de ces employés. « Après
l’échec de cette expérience, plusieurs propositions ont été
étudiées, entre autres la vente de ces bureaux au secteur
privé qui se chargera de présenter les différents services
aux citoyens. Mais cette idée a été rejetée car le ministère
ne pourra pas, dans ce cas, contrôler les coûts des services
qui seront bien sûr plus chers », assure Nasser. Des spots
publicitaires sont diffusés sur les différentes chaînes
télévisées ainsi que dans les journaux pour informer les
citoyens sur la nouvelle initiative, en attendant de trouver
des solutions de fond pour le problème de la bureaucratie.
Marianne Youssef