Effondrement.
Un immeuble de cinq étages s’est écroulé dans le quartier de
Ghobrial, à l’est d’Alexandrie, faisant 10 morts. Cet
incident relance le débat sur les infractions en matière de
constructions.
Nouvelle catastrophe
C’est
devenu presque une chose banale. L’effondrement, mercredi,
d’un immeuble de 5 étages dans le quartier de Ghobrial, à
l’est d’Alexandrie, est venu rappeler que le problème des
infractions dans le domaine des constructions est loin
d’être réglé. Il était minuit à peu près lorsque le bâtiment
tombe comme un château de cartes sur la tête des habitants.
Bilan : 10 morts et de nombreux blessés. Le bâtiment
abritait neuf familles. Il était en mauvais état. Le
scénario de l’effondrement est classique. L’immeuble a été
construit en 1955. En 1997, le propriétaire construit un
étage supplémentaire sans obtenir l’autorisation de la
municipalité. « Au fil des ans, des fissures sont apparues
dans les murs et le plafond du premier étage que les
habitants bouchaient avec du papier cartonné », témoigne
Abir Nabil, une des rescapés de l’effondrement. Elle affirme
que les habitants de l’immeuble ont averti la direction du
quartier de ces fissures, mais que rien n’a été fait. « Dieu
a voulu qu’une famille échappe à la mort après avoir été
avertie par un hôte que son balcon penchait. Les membres de
la famille ont quitté l’immeuble à 11h30 et celui-ci s’est
effondré vers 1h du matin », explique-t-elle. L’année
dernière, au mois de décembre, 35 personnes avaient trouvé
la mort dans un effondrement également à Alexandrie dans le
quartier de Loran. Les mêmes raisons avaient alors été
évoquées. « Le même problème se répète. Il y a des
infractions dans les constructions. Et lorsque des ordres de
démolition sont émis par le quartier, les habitants
eux-mêmes, totalement inconscients des dangers qui les
guettent, engagent des procédures en justice pour arrêter
l’application de ces ordres. Naturellement, ces procédures
prennent du temps et cela retarde l’application des ordres
de démolition », explique Khaled Mohieddine, chef du
quartier de Ghobrial. Et de préciser que le bâtiment
sinistré faisait l’objet d’un ordre de rénovation. Ordre qui
n’a jamais été appliqué.
Selon les chiffres du gouvernorat d’Alexandrie, il y aurait
au moins 50 000 contraventions dans le secteur des
constructions. La plupart restent sans suite. Il faut savoir
que la loi n’oblige pas les locataires à participer aux
frais des travaux de restauration de l’immeuble où ils
vivent, ceci est la responsabilité du propriétaire qui ne
gagne rien des loyers. Le résultat est que personne ne
s’occupe des travaux de rénovation dans les immeubles. D’un
autre côté, les complications dues à la routine constituent
souvent une entrave à l’application des ordres de
restauration. Lorsque le quartier est avisé qu’un bâtiment a
besoin de travaux de rénovation, il forme un comité
technique. Celui-ci doit rédiger un rapport pour préciser la
nature des travaux requis et le budget nécessaire. Ensuite,
il faut choisir la société qui va accomplir ces travaux et
aviser le propriétaire de la somme nécessaire. Toutes ces
démarches prennent un temps interminable. Cela peut durer
des mois ou même des années. Ceci arrange bien évidemment
les propriétaires qui ont tout intérêt à gagner du temps.
Les locataires, eux, n’ayant pas d’autres toits pour les
abriter, préfèrent rester dans leurs maisons. Le gouverneur
d’Alexandrie, Adel Labib, qui a lancé récemment une vaste
campagne contre les infractions dans les constructions, a
ordonné la formation d’un comité technique pour déterminer
les causes de la catastrophe. Le gouverneur a par ailleurs
ordonné l’évacuation de tout immeuble qui présente des
signes de faiblesse.
Quant au propriétaire de l’immeuble sinistré, il a été placé
en garde à vue sur ordre du Parquet général.
Samar
Zarée