Al-Ahram Hebdo, Economie | Double discours sur les ressources
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Economie

Pétrole. Selon le ministère du Pétrole, l’Egypte ne cesse d’accroître sa production, alors que des études révèlent que le pays est un importateur net de brut.  

Double discours sur les ressources

Après 4 ans d’excédent commercial, l’Egypte est devenue, lors des 9 premiers mois de cette année, importateur net de pétrole brut avec un déficit de 290 millions de dollars. C’est ce qu’indique le dernier rapport de la Banque Centrale Egyptienne (BCE). Ce déficit intervient au moment où le ministre du Pétrole, Sameh Fahmi, a récemment fait part des fruits du programme, mis en place l’année dernière, pour développer les explorations dans les régions du Golfe de Suez, du Désert occidental et de la Méditerranée. « Ces explorations ont ajouté plus de 50 000 b/j à la production quotidienne de pétrole brut. Cette dernière a dépassé les 700 000 b/j pour la première fois depuis plus de 14 ans. Ainsi, ces explorations ont-elles conduit à l’augmentation des réserves de pétrole brut à 4,2 milliards de barils, un chiffre jamais enregistré dans l’histoire de l’industrie du pétrole », annonce le ministre du Pétrole dans un communiqué de presse en ajoutant que le montant des réserves, ajouté l’année dernière, représente le double de la quantité produite. « Ce qui marque la poursuite de l’augmentation de la production pour affronter la hausse de la consommation », souligne-t-il.

Ces déclarations ne convainquent pas les experts pétroliers qui ont assuré que l’Egypte est devenue un importateur net depuis déjà longtemps. « Le gouvernement exagère dans la publication des chiffres de la production et des exportations de pétrole et de gaz. Il tente de masquer la vérité. La part majeure des chiffres d’exportation de pétrole brut annoncés par le gouvernement concerne les étrangers et leurs rendements, ce qui ne rentre pas dans le budget de l’Etat », souligne Hussein Abdallah, expert pétrolier et ex-consultant du ministère du Pétrole, en écartant la possibilité pour l’Egypte de devenir un exportateur net de pétrole brut dans l’avenir en raison de l’insuffisance de la production. « Notre production annuelle de pétrole a chuté de plus de 4 % ces 10 dernières années. Et cela car la production des anciens gisements situés dans le Golfe de Suez est presque épuisée », renchérit-il.

Pour leur part, le ministère du Pétrole et ses organismes dépendants se sont abstenus de dévoiler à l’Hebdo les chiffres de la production et de la consommation de pétrole brut. Alors que toutes les études indiquent la baisse de la production. Le dernier rapport publié par le Centre de soutien et de prise de décisions dépendant du Conseil des ministres ramène à cette réalité : la production quotidienne de pétrole a diminué lors des 6 dernières années de 6,3 % pour atteindre 710 000 b/j en 2007 contre 756 000 b/j en 2001. Alors que la consommation a augmenté de 18,8 % pour atteindre 651 000 b/j l’année dernière. « Donc, la hausse de la consommation est plus forte que celle de la production qui est déjà en baisse », souligne Abdallah dans une étude publiée cette semaine par le Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il ajoute que le pays sera menacé d’une facture d’importation dépassant les 90 milliards de dollars si le rythme de la consommation continue de 7 % annuellement.

La deuxième raison qui entrave les exportations du pays, après l’insuffisance de la production, concerne surtout les accords d’exploration conclus avec le gouvernement. Hussein Abdallah explique qu’il faut réviser les moyens d’exploration du pétrole dans le pays et les partenariats avec l’étranger. « En général, les sociétés étrangères assument les coûts d’exploration de l’or noir. S’il y a du pétrole, le partenaire étranger prend à sa charge une part des coûts de production sur 35 ans en obtenant une part de 40 % de la production annuelle, en plus il prend 15 des 60 % restants pour ses profits. Donc, la part du gouvernement se limite à seulement 45 % de la production totale », explique-t-il. Une situation qui pourrait être affectée par la baisse des prix du pétrole passés en dessous de la barre de 80 dollars. « Cette baisse va ralentir les injections des larges montants dans l’exploration de nouveaux gisements dans des couches profondes très coûteuses, par les sociétés privées étrangères. Ce qui marquera un ralentissement probable de la production à l’avenir », explique Riham Al-Dessouqi, une analyste économique chez Beltone. En ajoutant que cette baisse pourrait réduire le déficit commercial de la balance du pétrole. « Et cela car la facture de nos importations sera réduite de plus de la moitié et la valeur de nos exportations baissera aussi. On obtiendra donc un résultat quasi équilibré ».

La situation réelle du secteur pétrolier dans le pays sonne donc l’alerte pour les décideurs qui devraient prendre des mesures urgentes pour réduire la consommation d’or noir.

Gilane Magdi

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3 questions à
Jean-Louis Chenel,
directeur général en Egypte de la société Gaz De France (GDF).

« Il est probable que l’Egypte devienne exportatrice net de pétrole à court terme » 

Al-Ahram Hebdo : Le cours du pétrole est passé en dessous de la barre des 80 dollars. Quel en sera l’impact sur le secteur pétrolier égyptien qui souffre déjà d’un déficit commercial ?

Jean-Louis Chenel : Je pense que la baisse des prix du pétrole en dessous de la barre des 80 dollars sera en faveur de l’Egypte. Et cela car elle va réduire le déficit pétrolier en terme de prix. La facture des importations va chuter de plus de la moitié. C’est vrai que les exportations seront aussi touchées mais l’impact sera restreint car la majorité de ces exportations concernent les sociétés étrangères opérant dans le pays. Quant au déficit pétrolier en volume, c’est une tendance qui ne cessera de s’aggraver dans l’avenir malgré les efforts déployés pour augmenter la production de pétrole brut. Et ce, car la consommation de pétrole ne cesse d’augmenter alors que la production des anciens gisements situés au Golfe de Suez s’épuise.

— De nouvelles découvertes de gisement ont été annoncées par le gouvernement. L’Egypte pourra-t-elle devenir producteur excédentaire ?

— Il est probable que l’Egypte devienne exportatrice net de pétrole à court terme mais cela sera difficile à long terme. Dans cet objectif, le pays pourrait aussi utiliser de nouvelles techniques pour accélérer la production de pétrole des anciens gisements en voie d’épuisement.

— Mais les explorations des sociétés étrangères ne pourront-elles pas contribuer à cela avec la baisse des prix du pétrole ?

— La nature du secteur pétrolier est particulière. La baisse des prix va inciter les sociétés à réduire leurs investissements d’exploration dans les couches les plus profondes et les plus difficiles. Et cela car il leur faudra plus de temps pour récupérer leurs coûts d’exploration et de production et ensuite réaliser des profits.

Propos recueillis par G.M.

 




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