Pétrole.
Selon le ministère du Pétrole, l’Egypte ne cesse d’accroître
sa production, alors que des études révèlent que le pays est
un importateur net de brut.
Double discours sur les ressources
Après
4 ans d’excédent commercial, l’Egypte est devenue, lors des
9 premiers mois de cette année, importateur net de pétrole
brut avec un déficit de 290 millions de dollars. C’est ce
qu’indique le dernier rapport de la Banque Centrale
Egyptienne (BCE). Ce déficit intervient au moment où le
ministre du Pétrole, Sameh Fahmi, a récemment fait part des
fruits du programme, mis en place l’année dernière, pour
développer les explorations dans les régions du Golfe de
Suez, du Désert occidental et de la Méditerranée. « Ces
explorations ont ajouté plus de 50 000 b/j à la production
quotidienne de pétrole brut. Cette dernière a dépassé les
700 000 b/j pour la première fois depuis plus de 14 ans.
Ainsi, ces explorations ont-elles conduit à l’augmentation
des réserves de pétrole brut à 4,2 milliards de barils, un
chiffre jamais enregistré dans l’histoire de l’industrie du
pétrole », annonce le ministre du Pétrole dans un communiqué
de presse en ajoutant que le montant des réserves, ajouté
l’année dernière, représente le double de la quantité
produite. « Ce qui marque la poursuite de l’augmentation de
la production pour affronter la hausse de la consommation »,
souligne-t-il.
Ces déclarations ne convainquent pas les experts pétroliers
qui ont assuré que l’Egypte est devenue un importateur net
depuis déjà longtemps. « Le gouvernement exagère dans la
publication des chiffres de la production et des
exportations de pétrole et de gaz. Il tente de masquer la
vérité. La part majeure des chiffres d’exportation de
pétrole brut annoncés par le gouvernement concerne les
étrangers et leurs rendements, ce qui ne rentre pas dans le
budget de l’Etat », souligne Hussein Abdallah, expert
pétrolier et ex-consultant du ministère du Pétrole, en
écartant la possibilité pour l’Egypte de devenir un
exportateur net de pétrole brut dans l’avenir en raison de
l’insuffisance de la production. « Notre production annuelle
de pétrole a chuté de plus de 4 % ces 10 dernières années.
Et cela car la production des anciens gisements situés dans
le Golfe de Suez est presque épuisée », renchérit-il.
Pour leur part, le ministère du Pétrole et ses organismes
dépendants se sont abstenus de dévoiler à l’Hebdo les
chiffres de la production et de la consommation de pétrole
brut. Alors que toutes les études indiquent la baisse de la
production. Le dernier rapport publié par le Centre de
soutien et de prise de décisions dépendant du Conseil des
ministres ramène à cette réalité : la production quotidienne
de pétrole a diminué lors des 6 dernières années de 6,3 %
pour atteindre 710 000 b/j en 2007 contre 756 000 b/j en
2001. Alors que la consommation a augmenté de 18,8 % pour
atteindre 651 000 b/j l’année dernière. « Donc, la hausse de
la consommation est plus forte que celle de la production
qui est déjà en baisse », souligne Abdallah dans une étude
publiée cette semaine par le Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il ajoute que le pays sera
menacé d’une facture d’importation dépassant les 90
milliards de dollars si le rythme de la consommation
continue de 7 % annuellement.
La deuxième raison qui entrave les exportations du pays,
après l’insuffisance de la production, concerne surtout les
accords d’exploration conclus avec le gouvernement. Hussein
Abdallah explique qu’il faut réviser les moyens
d’exploration du pétrole dans le pays et les partenariats
avec l’étranger. « En général, les sociétés étrangères
assument les coûts d’exploration de l’or noir. S’il y a du
pétrole, le partenaire étranger prend à sa charge une part
des coûts de production sur 35 ans en obtenant une part de
40 % de la production annuelle, en plus il prend 15 des 60 %
restants pour ses profits. Donc, la part du gouvernement se
limite à seulement 45 % de la production totale »,
explique-t-il. Une situation qui pourrait être affectée par
la baisse des prix du pétrole passés en dessous de la barre
de 80 dollars. « Cette baisse va ralentir les injections des
larges montants dans l’exploration de nouveaux gisements
dans des couches profondes très coûteuses, par les sociétés
privées étrangères. Ce qui marquera un ralentissement
probable de la production à l’avenir », explique Riham
Al-Dessouqi, une analyste économique chez Beltone. En
ajoutant que cette baisse pourrait réduire le déficit
commercial de la balance du pétrole. « Et cela car la
facture de nos importations sera réduite de plus de la
moitié et la valeur de nos exportations baissera aussi. On
obtiendra donc un résultat quasi équilibré ».
La situation réelle du secteur pétrolier dans le pays sonne
donc l’alerte pour les décideurs qui devraient prendre des
mesures urgentes pour réduire la consommation d’or noir.
Gilane Magdi