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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Afghanistan. En butte à une multiplication des assauts des Talibans, l’Otan a décidé de participer au démantèlement des réseaux du trafic d’opium, qui assure aux islamistes l’essentiel de leurs revenus.

L’Otan s’attaque aux caisses des Talibans

Les pays de l’Otan ont fini par se mettre d’accord, après des heures de difficiles discussions, pour s’attaquer pour la première fois en Afghanistan au trafic d’héroïne qui finance les Talibans, un combat jugé essentiel par le commandant suprême des forces de l’Alliance. Le général américain John Craddock réclamait un accord permettant une intervention directe des forces de l’Otan contre les laboratoires, les réseaux de trafiquants et les « parrains » du milieu de la drogue, un secteur qui rapporterait entre 60 et 80 millions de dollars par an aux Talibans, selon le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates.

Un porte-parole de l’Otan, James Appathurai, a annoncé que ses 26 pays membres avaient trouvé vendredi à Budapest un accord pour que l’Isaf (Force internationale d’assistance à la sécurité, placée sous commandement de l’Otan) soit, sous condition, autorisée à intensifier la lutte contre les trafiquants, en se fondant sur les demandes du gouvernement de Kaboul et les résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Cet accord présente un délicat compromis entre les membres de l’Isaf, divisés sur l’opportunité d’inclure la lutte contre l’opium dans leur mission. L’Allemagne et d’autres pays membres comme l’Espagne et l’Italie, en charge du nord et de l’ouest de l’Afghanistan, étaient réticents à étendre les missions de l’Otan, Berlin craignant notamment que cela ne multiplie les occasions d’affrontements. L’Allemagne, dont le Parlement doit voter la semaine prochaine l’envoi de 1 000 soldats supplémentaires en Afghanistan, ne voulait pas non plus entendre parler d’un changement de mandat des troupes. La France, dont les soldats, outre Kaboul, sont surtout engagés dans l’Est, où les Talibans sont très virulents, ne souhaitait pas de blocage sur cette question mais refusait que l’Isaf se transforme en unité anti-drogue et que le gouvernement afghan perde la gestion du dossier du trafic de stupéfiants.

Tous ces pays ne voulaient pas se mêler directement à des actions d’éradication de la drogue, de peur de s’aliéner la population rurale qui en tire ses revenus. Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a posé ainsi la question : « Tout le monde est bien entendu conscient que la drogue finance les Talibans, mais il ne faut pas aller au-delà de la mission confiée par les Nations-Unies » à l’Isaf. Car « on risquerait de se mettre dans une situation difficile vis-à-vis de la population afghane », a-t-il estimé.

Pour répondre aux préoccupations de ces pays, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a insisté sur le fait qu’il ne s’agissait pas de se substituer au gouvernement afghan ou d’éradiquer les champs de pavot mais de démanteler les réseaux de trafiquants, détruire des laboratoires clandestins, intercepter des cargaisons d’opium et d’héroïne, ou encore de produits chimiques entrant dans leur fabrication. Dans la pratique, ce genre d’opérations ne sera mené que par des troupes qui y auront été dûment autorisées par leurs gouvernements respectifs. Ces interventions devront aussi éviter au maximum les pertes de vie civile, selon le texte de l’accord, un point très sensible sur lequel insistait l’Allemagne notamment. En outre, les opérations seront concentrées sur des régions prioritaires à définir par l’Isaf. A priori, il s’agira des sept provinces du Sud, où culminent à la fois la culture du pavot et les activités des Talibans, ce qui répond aux préoccupations des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Canada et des Pays-Bas, dont les soldats sont présents dans cette zone particulièrement difficile, où est concentrée la culture du pavot en Afghanistan, qui représente 92 % de la production mondiale d’opium et d’héroïne. De leur côté, « les Américains et les Britanniques auront les mains libres », comme ils le désiraient dans la lutte contre le trafic de drogue, a souligné un diplomate. Une première évaluation de la nouvelle tâche de l’Isaf sera faite par les ministres de la Défense de l’Otan lors de leur réunion de février prochain à Cracovie en Pologne.

La décision de l’Otan est un tournant dans sa lutte difficile contre la rébellion islamiste en Afghanistan. L’insurrection a pris de l’ampleur depuis deux ans, les embuscades et les attentats des Talibans faisant désormais environ 20 morts par mois dans les rangs des forces internationales et bien plus encore dans la population civile. Inquiets de la possibilité d’un échec en Afghanistan, les Etats-Unis s’efforcent de forger une nouvelle stratégie visant à étendre le pouvoir des milices tribales, affirme samedi le Los Angeles Times citant un haut responsable militaire américain. « Les troupes américaines vont réduire leurs opérations de combat pour se concentrer sur l’entraînement des forces gouvernementales afghanes et des milices tribales » tout en s’appuyant moins sur le gouvernement central de Kaboul, a expliqué ce gradé sous le couvert de l’anonymat. Cette approche est controversée, car elle pourrait étendre l’influence des chefs de guerre afghans tout en sapant le gouvernement du président Hamid Karazaï. En outre, cela pourrait aussi provoquer des rivalités entre les unités des forces de sécurité en Afghanistan. Mais la volonté des militaires à Washington d’envisager de prendre de tels risques reflète une inquiétude grandissante quant à une dégradation de la situation en Afghanistan. « Jusqu’à récemment, le Pentagone n’aurait pas considéré de renforcer les milices tribales, mais avec l’insuffisance des troupes (de l’Otan) disponibles en Afghanistan, les stratèges militaires américains pensent que seule une nouvelle approche peut arrêter la propagation de la violence », a poursuivi ce responsable.

Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a annoncé vendredi avoir suggéré à l’Otan l’envoi de renforts temporaires en Afghanistan à l’occasion des élections de 2009, afin d’assurer la sécurité dans le pays. L’élection présidentielle, la seconde en Afghanistan depuis la chute des Talibans en 2001, doit se tenir fin 2009 à une date encore indéterminée. Des élections législatives devront suivre. Les Etats-Unis ont 33 000 troupes en Afghanistan, dont 13 000 parmi le contingent de 50 000 soldats conduit par la Force internationale de sécurité de l’Otan.

Hicham Mourad

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