Al-Ahram Hebdo,Arts | Pellicules combatives
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Arts

Cinéma. Le 12e Festival international du documentaire et du court métrage d’Ismaïliya restitue avec sa sélection les actes d’hommes qui se penchent sur leur monde pour mieux l’organiser. 

Pellicules combatives

Du 15 au 22 octobre se tient le Festival d’Ismaïliya, qui confirme au fil des ans sa double identité de pôle d’attraction des meilleures productions du monde et de lieu de haute cinéphilie. Plus de 1 000 œuvres de 32 pays ont été proposées à sa sélection, dont il n’a retenu que 92 pour ses diverses sections. Ainsi, partagé entre des films à voir et d’autres à interroger sur la réalité de leur temps, le festival réunit 5 documentaires dans la compétition du long métrage documentaire, 19 courts dans celle du court documentaire, 33 courts de fiction dans la section du même nom, 10 films expérimentaux et 25 d’animation.

Malgré leur hétérogénéité (abondance de sujets, de durées), les films présentent des rapprochements, des associations sous-jacentes entre des idées qui riment. Pour le festivalier qui s’efforce de suivre un cheminement, l’idée de combat semble être rapidement une piste prioritaire. On trouve le combat pour la survie dans de longs documentaires comme La Guerre, l’amour, Dieu et la folie de l’Iraqien Mohamad Al-Derji, Victoria de l’Argentin Adrian Jim et Miss Gulag de la Russe Maria Yatskova.

Dans La Guerre, l’amour, Dieu et la folie, un cinéaste tente de tourner une fiction dans les conditions dangereuses de la guerre actuelle et affronte les difficultés que vit au quotidien le citoyen iraqien pour survivre. Mais le cinéaste tente de rompre ce cercle vicieux en inventant de nouveaux espaces de vie et de circulation. Quant à Victoria, il raconte l’histoire d’une enfant, enlevée à sa mère emprisonnée sous le régime dictatorial de l’Argentine. Mais l’enfant parvient à échapper à la cruauté du monde des adultes. Quelque chose comme rester au contact de l’extérieur, de ce qui se passe derrière les murs, se trouve au cœur de Miss Gulag, où trois femmes dans une prison russe s’intéressent aux arts, à la musique et aux lignes de la mode. Elles essayent de garder à l’esprit, via la simultanéité des couleurs et des matières, la présence du reste du monde.

Il n’est pas anodin aussi que la grande majorité des documentaires de court métrage ait tourné autour de l’idée de l’enfermement, du cloisonnement. Ainsi, le film français 1937 de Nora Martroussian décrit l’expérience d’emprisonnement d’un activiste politique, qui ne sombre à aucun moment dans la dépression et revendique une conscience et une place au monde. Quant au film turc Servir d’exemple de Nissati Sonmez sur la libération de 700 prisonniers, dont 15 femmes, tous condamnés à la peine de mort, lors du passage du système autoritaire en Turquie à la République démocratique, il cherche à comprendre la libération, non comme un fait acquis mais comme une expérience, un processus qui ne s’accomplit pas sans difficultés. 

Le combat à l’œil

L’idée du combat s’est également incarnée dans une série de films en apparence différents. Ainsi, Entre nous, de l’Egyptien Ibrahim Abla, dresse le portrait serré d’une éclatante humanité et d’une indéfectible sobriété de gens ordinaires qui luttent contre les frustrations du quotidien et confrontent la précarité : un policier, un client, un ouvrier, un enfant, sans un instant de misérabilisme. D’une nature bien plus cynique est le combat d’une journaliste dans le film Jenoub (sud) de Nizar Hassan, une coproduction palestino-libanaise. Sous les bombardements israëliens dans le sud libanais, en 2006, la journaliste publie un article vilipendant la pensée et la démarche du parti chiite du Hezbollah, l’accusant d’avoir provoqué le sabotage funeste de son pays.

Décapant est, par ailleurs, le détournement de la mission d’une correspondante de guerre, dans le film tunisien Esseket (silence) de Faten Hefnawi. Epuisée de tant d’années de couverture des guerres en Palestine et en Iraq, la journaliste rentre dans son pays montrer des visions de la réalité documentées à ses concitoyens. Mais des autorités opposent à son militantisme la froide machine du silence et de l’intimidation.

Par ailleurs, I and She (elle et moi), court métrage de fiction de l’Espagnol Fernando Oson, prolonge cette idée de l’activisme journalistique, à travers l’histoire d’une animatrice de télé qui recueille des témoignages surprenants de personnages impliqués dans des événements d’actualité. Il convient de noter que l’Espagne s’est taillée avec les Etats-Unis une part de lion dans les films participant à la compétition du court métrage de fiction. On ne peut oublier l’attention du cinéaste américain Don Westilk dans 68° and clear weather (68° et l’atmosphère reste claire) pour son personnage féminin bouleversé par le chamboulement urbanistique de son quartier, mais sauvé par l’irruption d’un jeune voleur noir. C’est ainsi qu’un concept de l’indépendance de l’être par rapport aux, a priori, peurs de tous genres se construit à travers ces films.

Amina Hassan

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