Cinéma.
Le 12e Festival international du documentaire et du court
métrage d’Ismaïliya restitue avec sa sélection les actes
d’hommes qui se penchent sur leur monde pour mieux
l’organiser.
Pellicules combatives
Du
15 au 22 octobre se tient le Festival d’Ismaïliya, qui
confirme au fil des ans sa double identité de pôle
d’attraction des meilleures productions du monde et de lieu
de haute cinéphilie. Plus de 1 000 œuvres de 32 pays ont été
proposées à sa sélection, dont il n’a retenu que 92 pour ses
diverses sections. Ainsi, partagé entre des films à voir et
d’autres à interroger sur la réalité de leur temps, le
festival réunit 5 documentaires dans la compétition du long
métrage documentaire, 19 courts dans celle du court
documentaire, 33 courts de fiction dans la section du même
nom, 10 films expérimentaux et 25 d’animation.
Malgré leur hétérogénéité (abondance de sujets, de durées),
les films présentent des rapprochements, des associations
sous-jacentes entre des idées qui riment. Pour le
festivalier qui s’efforce de suivre un cheminement, l’idée
de combat semble être rapidement une piste prioritaire. On
trouve le combat pour la survie dans de longs documentaires
comme La Guerre, l’amour, Dieu et la folie de l’Iraqien
Mohamad Al-Derji, Victoria de l’Argentin Adrian Jim et Miss
Gulag de la Russe Maria Yatskova.
Dans La Guerre, l’amour, Dieu et la folie, un cinéaste tente
de tourner une fiction dans les conditions dangereuses de la
guerre actuelle et affronte les difficultés que vit au
quotidien le citoyen iraqien pour survivre. Mais le cinéaste
tente de rompre ce cercle vicieux en inventant de nouveaux
espaces de vie et de circulation. Quant à Victoria, il
raconte l’histoire d’une enfant, enlevée à sa mère
emprisonnée sous le régime dictatorial de l’Argentine. Mais
l’enfant parvient à échapper à la cruauté du monde des
adultes. Quelque chose comme rester au contact de
l’extérieur, de ce qui se passe derrière les murs, se trouve
au cœur de Miss Gulag, où trois femmes dans une prison russe
s’intéressent aux arts, à la musique et aux lignes de la
mode. Elles essayent de garder à l’esprit, via la
simultanéité des couleurs et des matières, la présence du
reste du monde.
Il n’est pas anodin aussi que la grande majorité des
documentaires de court métrage ait tourné autour de l’idée
de l’enfermement, du cloisonnement. Ainsi, le film français
1937 de Nora Martroussian décrit l’expérience
d’emprisonnement d’un activiste politique, qui ne sombre à
aucun moment dans la dépression et revendique une conscience
et une place au monde. Quant au film turc Servir d’exemple
de Nissati Sonmez sur la libération de 700 prisonniers, dont
15 femmes, tous condamnés à la peine de mort, lors du
passage du système autoritaire en Turquie à la République
démocratique, il cherche à comprendre la libération, non
comme un fait acquis mais comme une expérience, un processus
qui ne s’accomplit pas sans difficultés.
Le combat à l’œil
L’idée du combat s’est également incarnée dans une série de
films en apparence différents. Ainsi, Entre nous, de l’Egyptien
Ibrahim Abla, dresse le portrait serré d’une éclatante
humanité et d’une indéfectible sobriété de gens ordinaires
qui luttent contre les frustrations du quotidien et
confrontent la précarité : un policier, un client, un
ouvrier, un enfant, sans un instant de misérabilisme. D’une
nature bien plus cynique est le combat d’une journaliste
dans le film Jenoub (sud) de Nizar Hassan, une coproduction
palestino-libanaise. Sous les bombardements israëliens dans
le sud libanais, en 2006, la journaliste publie un article
vilipendant la pensée et la démarche du parti chiite du
Hezbollah, l’accusant d’avoir provoqué le sabotage funeste
de son pays.
Décapant est, par ailleurs, le détournement de la mission
d’une correspondante de guerre, dans le film tunisien
Esseket (silence) de Faten Hefnawi. Epuisée de tant d’années
de couverture des guerres en Palestine et en Iraq, la
journaliste rentre dans son pays montrer des visions de la
réalité documentées à ses concitoyens. Mais des autorités
opposent à son militantisme la froide machine du silence et
de l’intimidation.
Par ailleurs, I and She (elle et moi), court métrage de
fiction de l’Espagnol Fernando Oson, prolonge cette idée de
l’activisme journalistique, à travers l’histoire d’une
animatrice de télé qui recueille des témoignages surprenants
de personnages impliqués dans des événements d’actualité. Il
convient de noter que l’Espagne s’est taillée avec les
Etats-Unis une part de lion dans les films participant à la
compétition du court métrage de fiction. On ne peut oublier
l’attention du cinéaste américain Don Westilk dans 68° and
clear weather (68° et l’atmosphère reste claire) pour son
personnage féminin bouleversé par le chamboulement
urbanistique de son quartier, mais sauvé par l’irruption
d’un jeune voleur noir. C’est ainsi qu’un concept de
l’indépendance de l’être par rapport aux, a priori, peurs de
tous genres se construit à travers ces films.
Amina
Hassan