Al-Ahram Hebdo, Arts | Jacques Téphany, « Depuis quelques années, on est entré dans le théâtre post-dramatique »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Arts

Festival du Théâtre Expérimental. Le président du jury, Jacques Téphany, souligne l’importance du lien entre le théâtre et le public, que ce soit ou non dans le cadre d’un spectacle dit « expérimental ». 

« Depuis quelques années, on est entré dans le théâtre post-dramatique » 

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes directeur de la Maison Jean Vilar. En quoi consiste sa mission ?

Jacques Téphany : Cette maison est créée pour entretenir et faire connaître la pensée de Jean Vilar, sa leçon, son souci de la relation entre le théâtre et le public. On poursuit encore ce lien entre la création artistique et le public qui change tout le temps.

La maison s’inscrit plutôt dans l’ordre de la critique, du commentaire, de l’accompagnement et de l’observation. On fait appel à beaucoup de sociologues, philosophes, historiens et artistes. On se trouve dans l’ordre de la réflexion et la recherche. En France, on a toujours le problème de l’intellectuel qui doit réfléchir à la société et y apporter de la lumière. Il faut avoir des phares. Mais un phare n’indique pas le chemin mais plutôt l’écueil. Dans ce sens, la Maison Jean Vilar est considérée comme un phare qui initie les artistes à mettre en considération le public.

— Comment l’expérimentation peut-elle toucher l’écriture théâtrale ? Quelles en sont les limites dans le théâtre d’aujourd’hui ?

— Je suis administrateur du théâtre et auteur de quelques pièces. J’ai également adapté quelques œuvres de Shakespeare, de Molière, de Victor Hugo, etc. Il y a toujours une expérimentation. Mais il faut se méfier des catégories. Jouer Molière ou Shakespeare devant un public qui ne les a jamais vus est une expérience. Jouer aussi une pièce neuve, contemporaine devant quelque public que ce soit est aussi une expérience. Il est plutôt question de la rencontre des langages. Etre et se faire comprendre. Quiconque qui fait du théâtre, ou de la télévision, cherche à s’adresser à quelqu’un. Il faut donc trouver les moyens de se faire comprendre. C’est là l’expérimentation et la nouveauté. Les hommes de théâtre sont des artistes qui peuvent tout à coup proposer des moyens d’expression inattendus et étonnants, que le public va comprendre. L’expérience compte, mais aussi le sens du public.

— Dans le festival, de nombreux spectacles favorisent le théâtre visuel. Qu’en pensez-vous ?

— Tout d’abord, dans le festival, il y a la question de l’international, donc de la compréhension. C’est la Tour de Babel. Il faut se comprendre. On peut résoudre ce problème par des spectacles qui relèvent du ballet, de la pantomime, de la musique, de la danse, etc. Un langage universel. C’est une tension normale ou plutôt une tentation normale. En Egypte, je me pose la question : A qui s’adresse ce festival ? Aux intellectuels, aux jeunes … C’est une autre dimension du problème. Aujourd’hui, on est très sensible à l’actualité publique, aux inquiétudes du monde contemporain, à la pauvreté, à la richesse et aussi aux formes qu’on reçoit. La télévision nous ouvre un monde extraordinaire. Plus elle nous ouvre, moins on comprend. S’ajoute à cela l’Internet. Il me semble que depuis quelques années, on est entré dans le théâtre post-dramatique. Ce n’est plus le théâtre dramatique comme on le connaît, avec des personnages, des enjeux psychologiques, de pouvoir, d’amour, de justice, etc. On est davantage dans une recherche, une expérience, favorisant la danse au détriment de la langue. Cela a commencé déjà avec Maurice Béjart dans les années 1970. Aujourd’hui, il y a des formes de théâtre, qui sont très fortes en contestation et qui proposent des séries d’images provocantes : sang, mort, violence. C’est le monde affreux dans lequel on vit. Donc la recherche, l’expérimentation, est basée sur la provocation du public sur l’horreur du monde. Je crois qu’il ne faut pas s’arrêter sur le mot expérimental. On dit expérimental et on pense contemporain. C’est-à-dire un théâtre qui s’intéresse aux soucis de ce monde. Le théâtre est fait d’une compagnie, d’un groupe qui ne peut s’isoler de sa société. L’expérimentation est partout. La nouveauté n’est jamais du neuf avec du vieux. Tout a été fait. On va recommencer. Et on va faire la même chose différemment. Le talent compte. Et le grand artiste, qu’il soit expérimental ou populaire, se voit vite.

— Le festival a fait naître en Egypte beaucoup de troupes indépendantes et jeunes. Quelle est la situation des troupes théâtrales en France ?

— Le gouvernement de notre pays s’occupe en particulier du théâtre et de la culture. C’est un travail qui coûte plus qu’il rapporte, donc il faut le soutenir, le subventionner, etc. Il y a un théâtre national qui n’est pas forcément officiel, et de grandes troupes comme la Comédie française qui peut monter des pièces très contestataires. On n’a pas de censure. Les troupes indépendantes sont celles des jeunes ou encore des vieilles troupes qui ont perdu leur officialité. Moi, j’ai eu les deux. J’ai fondé une troupe avec des jeunes. On a eu beaucoup de succès, cela nous a permis de se faire remarquer, au point que notre gouvernement nous a nommés dans une mission nationale qui vise à représenter des pièces de théâtre dans certaines régions.

Comme la mission est temporaire, la subvention l’est aussi. J’ai repris ma troupe et on est devenu encore une fois « indépendant ».

Page réalisée par May Sélim

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