Zimbabwe.
L’opposition menace de rompre l’accord de partage du pouvoir
après l’attribution des ministères-clés au parti de Mugabe.
Une nouvelle médiation de Thabo Mbeki tente d’éviter que la
crise ne prenne de l’ampleur.
Retour à la case départ
Provoquant la colère de l’opposition, le président
zimbabwéen Robert Mugabe a attribué à son parti la plupart
des portefeuilles-clés du futur gouvernement. Mugabe a
confié à des membres de son parti, l’Union nationale
africaine du Zimbabwe-Front Patriotique (Zanu-PF), les
ministères de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires
étrangères, seul le ministère très disputé des Finances n’a
pas été attribué par le chef de l’Etat. Une décision prise,
de manière unilatérale, sans l’accord de l’opposition. Pour
mettre l’opposition devant le fait accompli, deux
vice-présidents zimbabwéens ont prêté serment lundi dernier
dans le cadre de la formation de ce gouvernement.
Réagissant à ces décisions, le chef de l’opposition Morgan
Tsvangirai a menacé dimanche dernier de rompre l’accord de
partage du pouvoir. « S’ils (la Zanu-PF) persistent dans
cette voie, nous n’aurons pas le droit de faire partie d’un
tel accord », a protesté Morgan Tsvangirai, premier ministre
désigné du futur gouvernement. « Nous renégocierons jusqu’à
ce qu’un accord soit trouvé, mais cela ne signifie pas que
nous transigerons pour leur faire plaisir », a lancé le chef
du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) devant
plusieurs milliers de partisans réunis à Harare.
Pourtant, le régime tente de se défendre et de paraître
respecter l’accord signé avec l’opposition. Ainsi, selon le
journal de l’Etat The Herald, les ministères ont-ils été
distribués suivant « les termes de l’accord signé » entre le
pouvoir et l’opposition le 15 septembre, après des mois de
crise. Cet accord prévoyait la formation d’un gouvernement
présidé par le leader du Mouvement pour le changement
démocratique (MDC, opposition) Morgan Tsvangirai. La Zanu-PF,
parti au pouvoir, devait y disposer de quinze sièges, le MDC
treize, et une faction dissidente du MDC dirigée par Arthur
Mutambara trois, ce qui aurait donné à l’opposition une
majorité globale.
Postes de moindre importance
Dans une première réaction à la publication surprise de la
liste gouvernementale, le MDC a dénoncé « l’arrogance » du
parti du président Mugabe, l’accusant de « mettre en péril »
l’accord sur un gouvernement d’union nationale. « Cette
liste n’est pas et ne sera pas approuvée par le MDC. Elle
est unilatérale, méprisante et scandaleuse. Ils sont en
train de rouler le peuple du Zimbabwe », a déclaré le
porte-parole du MDC, Nelson Chamisa. « Si on regarde la
liste, ça revient à ce qu’ils gouvernent seuls », a-t-il
estimé. « Cela constitue une gifle pour le processus de
dialogue », a-t-il également déclaré, ajoutant que cette
décision « tuait complètement les négociations ».
Du côté de la présidence, on se défend en assurant que le
MDC a obtenu le nombre prévu de ministères. Sauf que ces
ministères sont de moindre envergure comme les ministères
des Affaires constitutionnelles et parlementaires, de la
Planification économique et du Travail. A cet égard,
Tsvangirai a annoncé qu’il croit dans l’égalité entre les
parties. Autrement dit, si le camp présidentiel conserve la
Défense, le MDC doit décrocher celui de l’Intérieur. «
Or, la répartition décidée par Robert Mugabe ne concède à
l’opposition que des postes de moindre importance », a
expliqué le chef de l’opposition. Un avis exprimant non
seulement les idées de l’opposition mais aussi celles des
analystes. Selon le Dr Ibrahim Nasreddine, analyse politique
au Centre des études africaines au Caire, « pour résoudre la
question zimbabwéenne, le président du pays doit présenter
certaines concessions : il doit confier certaines autorités
à l’opposition. Sinon, la communauté internationale pourrait
bien imposer au président certaines sanctions pour l’obliger
à céder une partie du pouvoir ». Or, c’est loin d’être
l’option du président Mugabe, qui semble plutôt jouer la
carte du temps sans pour autant avoir véritablement
l’intention d’accorder quoi que ce soit à l’opposition.
Face à ces nouveaux développements, le MDC a appelé une
nouvelle fois la Communauté de développement d’Afrique
australe (SADC), l’Union Africaine (UA) et la communauté
internationale à agir pour sortir le pays de cette « impasse
», née depuis la défaite du régime aux élections générales
du 29 mars. Ces deux organisations africaines ont mandaté
l’ex-président Thabo Mbeki comme médiateur, il s’est rendu
cette semaine une fois de plus à Harare, après que
l’opposition l’eut appelé à l’aide. « Nous avons dit qu’il y
avait une impasse dans les négociations. Cela définit le but
de cette visite. Nous espérons que le médiateur va débloquer
cette impasse pour qu’on puisse aller de l’avant », a
déclaré le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa.
Mission
difficile.
Maha
Salem