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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Afrique

Zimbabwe. L’opposition menace de rompre l’accord de partage du pouvoir après l’attribution des ministères-clés au parti de Mugabe. Une nouvelle médiation de Thabo Mbeki tente d’éviter que la crise ne prenne de l’ampleur.

Retour à la case départ

Provoquant la colère de l’opposition, le président zimbabwéen Robert Mugabe a attribué à son parti la plupart des portefeuilles-clés du futur gouvernement. Mugabe a confié à des membres de son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front Patriotique (Zanu-PF), les ministères de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, seul le ministère très disputé des Finances n’a pas été attribué par le chef de l’Etat. Une décision prise, de manière unilatérale, sans l’accord de l’opposition. Pour mettre l’opposition devant le fait accompli, deux vice-présidents zimbabwéens ont prêté serment lundi dernier dans le cadre de la formation de ce gouvernement.

Réagissant à ces décisions, le chef de l’opposition Morgan Tsvangirai a menacé dimanche dernier de rompre l’accord de partage du pouvoir. « S’ils (la Zanu-PF) persistent dans cette voie, nous n’aurons pas le droit de faire partie d’un tel accord », a protesté Morgan Tsvangirai, premier ministre désigné du futur gouvernement. « Nous renégocierons jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé, mais cela ne signifie pas que nous transigerons pour leur faire plaisir », a lancé le chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) devant plusieurs milliers de partisans réunis à Harare.

Pourtant, le régime tente de se défendre et de paraître respecter l’accord signé avec l’opposition. Ainsi, selon le journal de l’Etat The Herald, les ministères ont-ils été distribués suivant « les termes de l’accord signé » entre le pouvoir et l’opposition le 15 septembre, après des mois de crise. Cet accord prévoyait la formation d’un gouvernement présidé par le leader du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition) Morgan Tsvangirai. La Zanu-PF, parti au pouvoir, devait y disposer de quinze sièges, le MDC treize, et une faction dissidente du MDC dirigée par Arthur Mutambara trois, ce qui aurait donné à l’opposition une majorité globale.

Postes de moindre importance

Dans une première réaction à la publication surprise de la liste gouvernementale, le MDC a dénoncé « l’arrogance » du parti du président Mugabe, l’accusant de « mettre en péril » l’accord sur un gouvernement d’union nationale. « Cette liste n’est pas et ne sera pas approuvée par le MDC. Elle est unilatérale, méprisante et scandaleuse. Ils sont en train de rouler le peuple du Zimbabwe », a déclaré le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa. « Si on regarde la liste, ça revient à ce qu’ils gouvernent seuls », a-t-il estimé. « Cela constitue une gifle pour le processus de dialogue », a-t-il également déclaré, ajoutant que cette décision « tuait complètement les négociations ».

Du côté de la présidence, on se défend en assurant que le MDC a obtenu le nombre prévu de ministères. Sauf que ces ministères sont de moindre envergure comme les ministères des Affaires constitutionnelles et parlementaires, de la Planification économique et du Travail. A cet égard, Tsvangirai a annoncé qu’il croit dans l’égalité entre les parties. Autrement dit, si le camp présidentiel conserve la Défense, le MDC doit  décrocher celui de l’Intérieur. « Or, la répartition décidée par Robert Mugabe ne concède à l’opposition que des postes de moindre importance », a expliqué le chef de l’opposition. Un avis exprimant non seulement les idées de l’opposition mais aussi celles des analystes. Selon le Dr Ibrahim Nasreddine, analyse politique au Centre des études africaines au Caire, « pour résoudre la question zimbabwéenne, le président du pays doit présenter certaines concessions : il doit confier certaines autorités à l’opposition. Sinon, la communauté internationale pourrait bien imposer au président certaines sanctions pour l’obliger à céder une partie du pouvoir ». Or, c’est loin d’être l’option du président Mugabe, qui semble plutôt jouer la carte du temps sans pour autant avoir véritablement l’intention d’accorder quoi que ce soit à l’opposition.

Face à ces nouveaux développements, le MDC a appelé une nouvelle fois la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), l’Union Africaine (UA) et la communauté internationale à agir pour sortir le pays de cette « impasse », née depuis la défaite du régime aux élections générales du 29 mars. Ces deux organisations africaines ont mandaté l’ex-président Thabo Mbeki comme médiateur, il s’est rendu cette semaine une fois de plus à Harare, après que l’opposition l’eut appelé à l’aide. « Nous avons dit qu’il y avait une impasse dans les négociations. Cela définit le but de cette visite. Nous espérons que le médiateur va débloquer cette impasse pour qu’on puisse aller de l’avant », a déclaré le porte-parole du MDC, Nelson Chamisa. Mission difficile.

Maha Salem

 

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