Al-Ahram Hebdo, Afrique | Dangereuse escalade
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 Semaine du 15 au 22 octobre 2008, numéro 736

 

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Afrique

RDC. Le conflit dans l’est du pays risque de se transformer en guerre bilatérale avec le Rwanda voisin. L’Onu et l’UA tentent une intervention rapide pour éviter le pire.

Dangereuse escalade

La situation dans le Nord-Kivu, est de la République Démocratique du Congo (RDC), est de plus en plus explosive. Il ne s’agit plus désormais d’une simple rébellion agissant contre le pouvoir en place, mais d’un risque réel d’une guerre régionale. Alors que la violence a redoublé d’intensité ces dernières semaines, le président de la RDC, Joseph Kabila, a solennellement appelé à l’unité et à la « mobilisation » des Congolais pour faire échec à la rébellion dans l’est du pays de Laurent Nkunda, dont les attaques contre l’armée se multiplient. Cette déclaration intervient aussi après que la rébellion se fut emparée la semaine dernière d’un camp militaire de l’armée à Rumangabo, à environ 50 km au nord de la capitale provinciale Goma, avant de se retirer sous la pression de la Monuc. Les autorités de Kinshasa ont ouvertement accusé le Rwanda d’avoir envoyé des troupes sur leur territoire pour appuyer la rébellion du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) et affirmé disposer des preuves de l’implication de l’armée rwandaise aux côtés du CNDP. Ce que Kigali a aussitôt rejeté. Auparavant, Laurent Nkunda, chef du CNDP, un Tutsi congolais, considéré comme proche du pouvoir en place à Kigali, avait appelé tous les Congolais « à se mettre debout contre un gouvernement qui a trahi son peuple ». La prise de position du chef du CNDP avait été unanimement condamnée par la communauté internationale arguant qu’il n’existe pas de solution militaire à la crise actuelle dans les Kivus.

Face à la dégradation de la situation dans la province du Nord-Kivu, frontalière du Rwanda, l’Union Africaine (UA) s’est, elle aussi, manifestée : elle a aussitôt dépêché à Kinshasa Jean Ping, président de la Commission de l’UA, pour tenter de désamorcer la crise. Il s’est entretenu avec le président Joseph Kabila, les présidents des deux chambres du Parlement, le chef de la Mission de l’Onu en RDC (Monuc), le représentant de la délégation de l’Union Européenne (UE) élargie à la présidence française ainsi qu’avec les ambassadeurs des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la Belgique et de l’Afrique du Sud. « Je suis venu rencontrer les autorités congolaises pour comprendre la situation sur le terrain (au Nord-Kivu) avant d’envisager des solutions », a déclaré à la presse le patron de l’UA.

Cependant, pour l’heure, il est trop tôt pour savoir si les tentatives de l’UA aboutiront ou non. Aucune déclaration importante n’a été faite. Et en attendant des pas concrets pour résoudre la crise en RDC, le langage est plutôt celui de la guerre. « Par delà tout clivage politique, mobilisons-nous comme un seul homme derrière nos forces armées et les élus de la nation pour préserver la paix, l’unité et l’intégrité du pays », a déclaré M. Kabila lors d’un message diffusé jeudi soir à la télévision nationale. « L’heure est grave et chacun de nous est en conséquence interpellé », a-t-il ajouté. Lors de son allocution, M. Kabila a félicité les soldats de l’armée nationale pour leur « bravoure », assurant qu’ils avaient « globalement résisté » à l’attaque de mercredi dernier et que le CNDP avait finalement subi un « échec ». Selon M. Kabila, le but de Laurent Nkunda, retranché dans les collines du Nord-Kivu, « n’est plus de protéger sa communauté ethnique comme il l’a toujours prétendu, mais de diviser le pays pour réaliser l’expansionnisme d’un territoire voisin ». Il s’agit là d’une allusion directe au Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion. Ce que le Rwanda dément.

Le Conseil de sécurité appelé à se réunir

Bien que la présence de troupes rwandaises en RDC n’ait pu être jusqu’à présent confirmée de source indépendante, Kinshasa a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’Onu pour débattre l’incursion dont il accuse Kigali. En attendant, des unités de la Monuc, qui compte 17 000 Casques bleus sur le terrain, tentent de vérifier les accusations congolaises, a déclaré Alan Doss, chef de la Mission des Nations-Unies au Congo (Monuc), tout en précisant toutefois que la tâche n’est pas aisée en raison de la porosité, de la volatilité et de la nature accidentée de la zone frontalière. Il a aussi rappelé la difficulté de différencier des soldats tutsis de rebelles en uniforme qui parlent la même langue en usage de part et d’autre de la frontière. « Ce sont des zones difficiles. Ce n’est pas comme descendre la rue principale à Kinshasa ».

Outre la médiation de l’UA, l’Onu a également déclaré qu’elle fera tout pour prévenir un élargissement du conflit dans l’est de la RDC, a déclaré vendredi Alan Doss, invitant les deux pays à se parler pour éviter la guerre. « Nous ferons certainement tout ce que nous pouvons pour prévenir cela. Ce serait un revers tragique », a déclaré M. Doss à Reuters. « Je pense que nous devons tous faire ce que nous pouvons pour atténuer les tensions et trouver les moyens de renouer un dialogue constructif », a-t-il ajouté. M. Doss a également demandé au Conseil de sécurité de lui accorder des renforts pour faire face à l’aggravation de la situation dans l’Est depuis le mois d’août. « Peut-être ce dernier investissement — j’espère que ce sera le cas — ouvrira-t-il au pays un avenir plus sûr », a-t-il confié, faisant sûrement preuve de trop d’optimisme.

Abir Taleb

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