RDC.
Le conflit dans l’est du pays risque de se transformer en
guerre bilatérale avec le Rwanda voisin. L’Onu et l’UA
tentent une intervention rapide pour éviter le pire.
Dangereuse escalade
La situation dans le Nord-Kivu, est de la République
Démocratique du Congo (RDC), est de plus en plus explosive.
Il ne s’agit plus désormais d’une simple rébellion agissant
contre le pouvoir en place, mais d’un risque réel d’une
guerre régionale. Alors que la violence a redoublé
d’intensité ces dernières semaines, le président de la RDC,
Joseph Kabila, a solennellement appelé à l’unité et à la «
mobilisation » des Congolais pour faire échec à la rébellion
dans l’est du pays de Laurent Nkunda, dont les attaques
contre l’armée se multiplient. Cette déclaration intervient
aussi après que la rébellion se fut emparée la semaine
dernière d’un camp militaire de l’armée à Rumangabo, à
environ 50 km au nord de la capitale provinciale Goma, avant
de se retirer sous la pression de la Monuc. Les autorités de
Kinshasa ont ouvertement accusé le Rwanda d’avoir envoyé des
troupes sur leur territoire pour appuyer la rébellion du
Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) et affirmé
disposer des preuves de l’implication de l’armée rwandaise
aux côtés du CNDP. Ce que Kigali a aussitôt rejeté.
Auparavant, Laurent Nkunda, chef du CNDP, un Tutsi
congolais, considéré comme proche du pouvoir en place à
Kigali, avait appelé tous les Congolais « à se mettre debout
contre un gouvernement qui a trahi son peuple ». La prise de
position du chef du CNDP avait été unanimement condamnée par
la communauté internationale arguant qu’il n’existe pas de
solution militaire à la crise actuelle dans les Kivus.
Face à la dégradation de la situation dans la province du
Nord-Kivu, frontalière du Rwanda, l’Union Africaine (UA)
s’est, elle aussi, manifestée : elle a aussitôt dépêché à
Kinshasa Jean Ping, président de la Commission de l’UA, pour
tenter de désamorcer la crise. Il s’est entretenu avec le
président Joseph Kabila, les présidents des deux chambres du
Parlement, le chef de la Mission de l’Onu en RDC (Monuc), le
représentant de la délégation de l’Union Européenne (UE)
élargie à la présidence française ainsi qu’avec les
ambassadeurs des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de la
Belgique et de l’Afrique du Sud. « Je suis venu rencontrer
les autorités congolaises pour comprendre la situation sur
le terrain (au Nord-Kivu) avant d’envisager des solutions »,
a déclaré à la presse le patron de l’UA.
Cependant, pour l’heure, il est trop tôt pour savoir si les
tentatives de l’UA aboutiront ou non. Aucune déclaration
importante n’a été faite. Et en attendant des pas concrets
pour résoudre la crise en RDC, le langage est plutôt celui
de la guerre. « Par delà tout clivage politique,
mobilisons-nous comme un seul homme derrière nos forces
armées et les élus de la nation pour préserver la paix,
l’unité et l’intégrité du pays », a déclaré M. Kabila lors
d’un message diffusé jeudi soir à la télévision nationale. «
L’heure est grave et chacun de nous est en conséquence
interpellé », a-t-il ajouté. Lors de son allocution, M.
Kabila a félicité les soldats de l’armée nationale pour leur
« bravoure », assurant qu’ils avaient « globalement résisté
» à l’attaque de mercredi dernier et que le CNDP avait
finalement subi un « échec ». Selon M. Kabila, le but de
Laurent Nkunda, retranché dans les collines du Nord-Kivu, «
n’est plus de protéger sa communauté ethnique comme il l’a
toujours prétendu, mais de diviser le pays pour réaliser
l’expansionnisme d’un territoire voisin ». Il s’agit là
d’une allusion directe au Rwanda, accusé par Kinshasa de
soutenir la rébellion. Ce que le Rwanda dément.
Le Conseil de sécurité appelé à se réunir
Bien que la présence de troupes rwandaises en RDC n’ait pu
être jusqu’à présent confirmée de source indépendante,
Kinshasa a réclamé une réunion d’urgence du Conseil de
sécurité de l’Onu pour débattre l’incursion dont il accuse
Kigali. En attendant, des unités de la Monuc, qui compte 17
000 Casques bleus sur le terrain, tentent de vérifier les
accusations congolaises, a déclaré Alan Doss, chef de la
Mission des Nations-Unies au Congo (Monuc), tout en
précisant toutefois que la tâche n’est pas aisée en raison
de la porosité, de la volatilité et de la nature accidentée
de la zone frontalière. Il a aussi rappelé la difficulté de
différencier des soldats tutsis de rebelles en uniforme qui
parlent la même langue en usage de part et d’autre de la
frontière. « Ce sont des zones difficiles. Ce n’est pas
comme descendre la rue principale à Kinshasa ».
Outre la médiation de l’UA, l’Onu a également déclaré
qu’elle fera tout pour prévenir un élargissement du conflit
dans l’est de la RDC, a déclaré vendredi Alan Doss, invitant
les deux pays à se parler pour éviter la guerre. « Nous
ferons certainement tout ce que nous pouvons pour prévenir
cela. Ce serait un revers tragique », a déclaré M. Doss à
Reuters. « Je pense que nous devons tous faire ce que nous
pouvons pour atténuer les tensions et trouver les moyens de
renouer un dialogue constructif », a-t-il ajouté. M. Doss a
également demandé au Conseil de sécurité de lui accorder des
renforts pour faire face à l’aggravation de la situation
dans l’Est depuis le mois d’août. « Peut-être ce dernier
investissement — j’espère que ce sera le cas — ouvrira-t-il
au pays un avenir plus sûr », a-t-il confié, faisant
sûrement preuve de trop d’optimisme.
Abir
Taleb