Entretien.
Rosanna Pirelli,
nouvelle directrice du département d’archéologie à
l’Institut culturel italien, a l’ambition de le transformer
en institut à part entière.
« Je cherche à initier des cours d’égyptologie pour les
jeunes et les débutants »
Al-Ahram
Hebdo : Quelles sont les activités essentielles que vous
entendez initier au département d’archéologie ?
Rosanna Pirelli :
Fonder un institut italien d’archéologie est à la tête de
mes préoccupations. Il s’agit d’un projet de collaboration
constante avec les universités et les musées italiens. Cet
institut va servir à la fois les missions italiennes ainsi
que les étudiants italiens qui cherchent à suivre leurs
études supérieures. Mais évidemment, la porte sera ouverte
aux Egyptiens. En même temps, à côté des séances des
adultes, je cherche à dispenser des cours d’égyptologie pour
les jeunes et les débutants. Aussi devrais-je installer des
salles d’études adéquates afin d’accomplir une telle
fonction. L’institut sera équipé des plus récents
instruments pour faciliter les travaux des missions
italiennes en Egypte. D’ailleurs, je souhaite enrichir le
département d’archéologie d’un laboratoire qui comprendra
les plus récents instruments analytiques, pour traiter les
pièces archéologiques découvertes sur les chantiers de
fouilles. Ainsi, restaurateurs et chercheurs pourront-ils
accomplir leur mission scientifique d’analyse. Le deuxième
sujet qui m’importe, c’est la bibliothèque. Il est
indispensable de réactualiser les périodiques archéologiques
scientifiques mondiaux, dont l’achat a été arrêté depuis
plus de dix ans. Désormais, le département italien ne
possède pas en fait les récentes publications archéologiques
pour qu’elles soient consultées par ses chercheurs. Il est
indispensable de modifier une telle situation. Reste en fait
de faciliter la recherche scientifique aux étudiants, en
exploitant la nouvelle technologie. A ce sujet, le
département d’archéologie va monter une page sur le web
consacrée à la publication des différentes activités du
secteur archéologique, notamment celles des missions. Je
sais que ce n’est pas facile de réaliser tous ces projets
surtout avec la modestie du budget. Mais il faut aller étape
par étape.
— L’institut que vous tentez de créer agira-t-il en seule
coopération avec des institutions italiennes ? Et les études
seront-elles purement théoriques ?
— Absolument pas. Il y aura des conventions avec les
universités, institutions ainsi que les musées égyptiens.
Déjà des stages de restauration sont organisés par les
experts italiens au Musée égyptien. Mais, nous cherchons à
multiplier ce genre de collaboration pour couvrir la
muséologie en tant que science, l’art de la présentation des
pièces archéologiques, l’éclairage des salles, etc.
D’ailleurs, le département étudie la fondation des
conventions similaires avec les autres musées régionaux.
Quant aux cours, ils seront à la fois théoriques mais
essentiellement pratiques. Les étudiants auront l’occasion
de visiter les différents monuments ainsi que les musées.
Mais ils pourront encore se rendre aux chantiers
archéologiques lors des missions de fouille.
— Pour les missions archéologiques, permettrez-vous aux
étudiants de l’institut d’y participer ?
— C’est intéressant de faire participer les étudiants aux
chantiers archéologiques. Par exemple, en Italie, il y a des
chantiers-écoles où les étudiants sont entraînés au travail
sur terrain. Mais ici, l’affaire est un peu différente. Les
missions sont limitées par un temps précis, juste un ou deux
mois seulement. Cette période ne permet pas à l’étudiant de
perfectionner les diverses étapes de fouilles,
d’enregistrement et de restauration. Leur participation
exige un permis de la part des autorités égyptiennes, et
surtout un énorme fonds. Ce qui n’est pas disponible
actuellement. L’unique solution est de sélectionner les
étudiants qui auront une base théorique adéquate afin de les
faire intégrer sur les chantiers archéologiques.
— Concernant toujours les missions archéologiques, ne
voulez-vous pas ouvrir de nouveaux chantiers ?
— La plupart des missions italiennes traitent les périodes
de la Basse-Epoque, ainsi que l’âge gréco-romain, et ce sans
oublier la reconnaissance topographique à Qasr Qaroun et
Rosette. J’espère renforcer nos opérations pour couvrir les
époques les plus anciennes de l’archéologie égyptienne et
les périodes copte et islamique. Par ailleurs, deux
obstacles nous affrontent. Effectivement la modestie du
budget, en plus des règlements du Conseil Suprême des
Antiquités (CSA) qui ne donnent plus de nouveaux permis de
fouilles sauf au désert et aux fouilles maritimes. Il nous
suffit les chantiers qui ont été rouverts après une période
de clôture à l’instar de Cheikh Ebada, à Minya, et Draa
Aboul-Naga, à Assouan. Quant aux autres institutions
archéologiques étrangères, le département italien
d’archéologie a l’intention de réunir les chercheurs
italiens avec les autres nationalités sous forme de congrès
afin d’aborder les résultats des fouilles, échanger les
données et surtout de les comparer.
Propos recueillis par
Doaa Elhami