Découverte.
Ewa Wipszycka,
professeur d’archéologie copte à l’Université de Varsovie, à
l’occasion du IXe Congrès International de l’Association
internationale des études coptes, explique ce que cette
manifestation a représenté de plus original.
« L’archéologie copte nous a fourni des éléments pour
retracer toute l’histoire égyptienne »
Al-Ahram
Hebdo : Quels sont les thèmes les plus importants que le
Congrès international a abordés ?
Ewa
Wipszycka :
Architecture, littérature, linguistique, gnosticisme et
l’archéologie sont les plus importants sujets qu’ont traités
les participants. C’était une bonne occasion pour faire un
suivi des toutes dernières réalisations qui ont eu lieu au
cours des quatre dernières années pour servir la coptologie
en tant que science. L’aspect archéologique a attiré
l’intérêt de la plupart des participants du congrès.
Découvertes et restaurations des sites archéologiques coptes
ont enrichi nos connaissances, voire modifié quelques bases
de données.
—
Pouvez-vous donner un exemple ?
— Les
églises Blanche et Rouge qui se trouvent au gouvernorat de
Sohag, en Haute-Egypte, en sont l’exemple par excellence.
Ces bâtiments étaient décrits comme étant monastères au
cours des époques anciennes. Mais d’après les récentes
recherches, les archéologues se sont rendus compte que ces
édifices ne sont que des églises. Au monastère Blanc, les
fouilles ont dégagé une chapelle souterraine avec des
peintures paradisiaques de vives couleurs. D’ailleurs, les
opérations qui ont eu lieu aux alentours des deux monastères
ont servi à comprendre la vie monastique à partir du Ve
siècle. On y a dégagé des ensembles de salles, des puits
d’eau, des boulangeries.
— Les
décorations sont connues pour leur valeur esthétique. Mais
quel est leur intérêt historique ?
— Au
cours des 30 dernières années, on a pu révéler comment les
églises ont donné à l’art un nouvel aspect. Ceci est clair
dans les peintures sur les murs des églises, les fresques
ainsi que les icônes. C’est plutôt l’art médiéval qui était
présent dans l’église égyptienne en général. Aujourd’hui,
grâce aux récents travaux de restauration, nous avons dégagé
encore des objets d’art de l’époque byzantine. En effet, les
monastères les plus modestes ont acquis leur intérêt, grâce
à cet art dominé par la décoration.
— Et
pour la vie monastique, qu’en est-il de nouveau ?
—
Celle-ci est incarnée au monastère Naqloun dans les environs
du Fayoum. Ce monastère était un centre important à l’époque
médiévale avec les fresques datées des XIe et XIIe siècles
ainsi que les archives arabes de la même époque. Ajoutons
encore les documents qui composaient les archives
économiques trouvées au monastère, datées du Ve au VIIIe
siècles. D’ailleurs, nous avons découvert des fresques de la
même époque qui comprennent des inscriptions arabes. Nous
avons encore connu la vie de la communauté monastique à
cette période grâce à la découverte des habitations des
moines. Désormais, nous comprenons l’organisation interne du
monastère. D’ailleurs, nous avons identifié quelques aspects
de leurs coutumes. Ils recevaient des moines des autres
monastères égyptiens comme ceux venant de la Nubie. On
arrive à comprendre leurs enseignements. L’archéologie copte
nous a, en fait, fourni des éléments pour retracer
toute l’histoire égyptienne.
—
Pouvez-vous nous donner un exemple d’une découverte
surprenante ?
— La
trouvaille d’un chantier copte auprès du site pharaonique
Deir Al-Madina, en Haute-Egypte, qui est plein d'ostracas
sur lesquels sont inscrites des lettres et des prières,
ainsi qu’un petit ermitage impressionnant. En effet, ces
ermitages se trouvaient au sein des tombeaux pharaoniques
que deux moines avaient occupés ultérieurement. Ces
ermitages nous montrent les traces de la vie quotidienne,
nous révèlent des ustensiles dont on se servait tous les
jours. Ce qui veut dire que les moines menaient, dans ces
tombes, une vie normale sans être gênés.
Propos recueillis par Doaa Elhami