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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Opinion
 

L’Etat et la résistance au Liban

Wahid Abdel-Méguid

De grands espoirs planent sur le dialogue national libanais amorcé au Palais de Baabda. Malheureusement, il est très peu probable que les résultats de ce dialogue soient à la hauteur de nos attentes. Comment être sûr que les deux parties belligérantes ont une réelle intention de transformer la trêve de l’accord de Doha en un véritable règlement historique ? Rien ne laisse présager que cela aura lieu. Non seulement parce que la volonté nécessaire fait défaut, mais parce que les projets des deux camps impliquent des déséquilibres entravant la mise en place d’un projet national commun et général.

Si l’un des deux projets agite le slogan de la résistance, l’autre brandit celui de l’Etat et de sa construction. Néanmoins, le contenu des deux projets est totalement éloigné des postulats qu’ils véhiculent. La seule issue pour le Liban réside dans un projet réunissant toutes les parties concernées autour du concept de l’Etat et de la résistance, de manière complémentaire, loin de toute contradiction.

Un projet qui peine à voir le jour, vu la difficulté d’entente sur les grandes lignes des deux projets de l’Etat, de la résistance et de la relation existant entre eux. La situation dans son ensemble évoque une zone minée prête à exploser à tout instant. Par conséquent, comment le dialogue national peut-il s’épanouir sous une menace continue comme lors des étapes ultérieures, et en particulier avant la guerre de l’été 2006 ? Si ce scénario prévaut, il va de soi que le Liban se trouvera exposé à un nouveau choc qui se fera clairement sentir lors des élections législatives prévues au printemps.

La difficulté d’harmoniser les deux concepts Etat/résistance n’est pas due à l’existence d’une contradiction naturelle entre les deux projets, mais surtout à la mauvaise compréhension qu’ils ont des deux termes.

Ce problème trouve ses origines dans le conflit ethnique au Liban. Surtout à un moment où le conflit chiite sort du carcan dans lequel il est emprisonné depuis des siècles, pour faire peau neuve menaçant toute la région qui s’étend du Golfe jusqu’au Moyen-Orient.

Aujourd’hui, le Hezbollah, qui n’a pu éviter la tendance chiite représentée par la couleur jaune de son drapeau, est le seul à parler de résistance, après que ceux qui étaient ses partenaires l’eurent délaissée. De l’autre côté, le courant Al-Mostaqbal (l’avenir), qui a pris la responsabilité de reconstruire l’Etat après l’accord de Taëf en 1981 n’a pas pu éviter la teinte sunnite qui a marqué le projet et qui l’a entraîné dans des coalitions régionales.

Cette déformation au niveau des termes résistance/Etat au Liban revient au même titre à l’étroitesse de vue de ceux qui ont utilisé ces mêmes slogans pour en faire leurs fonds de commerce attisant le conflit interne au lieu d’améliorer la situation du Liban et de son peuple.

Si nous commençons par le projet de la résistance, il est très étroit pour devenir un cadre compatible avec le projet de l’Etat. Il ne repose pas vraiment sur une fusion nationale en confrontation avec l’autre agresseur et l’occupant de la terre. Il fut surtout synonyme d’arme. Il est alors difficile d’assimiler des résistances politiques et économiques et de réaliser les différents volets de la résistance.

L’excès dans l’usage des slogans de trahison et l’échange d’accusations de traîtrise ont contré en quelque sorte le prolongement du projet de la résistance dans son environnement vital et naturel, à savoir la société libanaise, avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel politique.

Au moment où la résistance n’a pas pris en considération le quotidien des gens, leurs soucis et leurs souffrances, le projet de l’Etat, a contrario, a adopté les discours manifestant un intérêt verbal sans pour autant adopter une vision claire. Cependant, la principale lacune résidant dans la construction de l’Etat est qu’il s’est cantonné à un slogan sans contenu. Si la résistance s’est concrétisée sur le terrain, dans les sacrifices des résistants et leurs accomplissements face à l’ennemi principal de la nation, le projet de l’Etat n’avait aucune crédibilité, vu les contradictions qui régissaient sa structure. Les initiateurs de ce projet ne lui ont pas apporté le soutien nécessaire, soit la démocratie, le développement économique, la justice sociale et le progrès. Au contraire, leurs pratiques allaient à l’encontre de ces valeurs. Les forces du 14 mars n’ont déployé aucun effort pour libérer la performance politique du confessionnalisme et des pratiques désuètes telles que l’hérédité des directions au sein de ces forces politiques. S’il est difficile dans de telles conditions d’évaluer la performance économique, on dira en revanche que celle de la justice sociale a subi un échec cuisant. A noter que les personnes qui croient en un Etat juste et équitable font partie des catégories les plus riches du Liban, qui se sont contentées de présenter quelques aides sélectives en rapport à leur arrière-plan politique et confessionnel.

Ainsi, il paraît que le projet de l’Etat est sans contenu social, dénué d’une position claire et déterminée vis-à-vis des grands dossiers et loin de devenir le prélude à un Etat éclairé et moderne. Dans de telles conditions, les deux projets en question qui comportent de nombreuses lacunes sont loin de trouver un point de rencontre commun. Cette réalité douloureuse peut éventuellement changer au cas où le Liban, toutes tendances et toutes factions confondues, s’accorderait sur deux projets consistants de l’Etat et de la résistance. Deux projets qui peuvent devenir complémentaires et interagir en un seul : celui de l’Etat résistant qui ne se limite pas à sa résistance à l’arme uniquement. Un Etat où la liberté, la compétence et la prospérité ne viennent pas au détriment des droits nationaux.

Au cas où le statu quo actuel serait maintenu, il est impossible que ces deux projets se rencontrent. Sauf si le Hezbollah l’emporte aux prochaines élections législatives. Dans ce cas-là, le slogan qui prévaudra sera celui de « l’Etat de la résistance », et donc il comportera tous les aspects négatifs et toutes les déformations des deux projets en question.

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