La crise monétaire et nous
Salama A. Salama
Heureusement,
je ne suis pas de ceux qui possèdent des actions ou qui
investissent en Bourse. L’énorme crise vécue sur les marchés
monétaires mondiaux à cause de l’explosion de la bulle des
crédits immobiliers américains et l’effroi engendré dans le
monde entier n’ont trouvé que de faibles échos en Egypte.
Nous n’avons pas vraiment cherché à comprendre les
répercussions et influences de la crise sur nos marchés bien
que nous prétendions être directement liés aux marchés
mondiaux.
J’appartiens à une génération qui a vécu divers systèmes
économiques : la propriété de l’Etat des outils de
production, la nationalisation, l’économie centrale, le
secteur public et enfin l’économie libre et l’économie de
marché. On nous a longtemps fait rêver de cette économie
libre, la présentant comme le remède à tous nos maux
économiques et même sociaux et politiques. Je pense que nous
n’avons pas assimilé cet effondrement des marchés monétaires
qui a obligé le président Bush, pour la première fois, à
apparaître devant le public avec de véritables signes
d’inquiétude et d’anxiété sur le visage, recherchant une
issue à la crise dont les répercussions sont plus
dangereuses que celles de la guerre de l’Iraq et
d’Afghanistan.
Il
semble qu’aucun responsable en Egypte n’ait accordé
d’importance aux répercussions de cette crise sur nos
conjonctures économiques. Tout ce que nous avons entendu est
que l’Egypte est immunisée et que rien ne l’a influencée.
Cependant, comment expliquer la décision de la Banque
Centrale d’augmenter les taux d’intérêts ?
La seule
chose que le citoyen ordinaire a ressentie en Egypte est le
zèle inhabituel des services à la clientèle dans les banques.
Ils se sont empressés, au milieu d’une campagne publicitaire
intense, d’encourager les gens à acheter des actions et à
investir à la Bourse sans aucune expérience préalable
prétendant que c’est un investissement sûr pour leurs
épargnes. Et ce, au moment où les marchés monétaires se
trouvent au bord du précipice.
Au cours
des dernières années, les certificats de bonne santé de
l’économie égyptienne nous parvenaient de Merryll Lynch, de
Stanley Morgan ou d’autres grandes institutions américaines
d’investissement dont les avis sont dignes de confiance. Et
voilà que survient soudain l’effondrement monétaire dans le
foyer du capitalisme, chez le parrain de la mondialisation,
de la liberté absolue des lois du marché et de la non-ingérence
de l’Etat dans le mouvement de l’économie. Et voilà que des
entités colossales, comme Lynch et Morgan, tombent en
faillite. Et voilà que le gouvernement américain s’empresse
de procurer les énormes sommes requises, de la poche des
contribuables, pour les sauver de la faillite et acheter
leurs dettes.
Que
signifie tout ceci pour le citoyen égyptien qui n’a aucune
relation avec la Bourse et ses secrets et qui ne sait rien à
part ce que lui dit le ministre de l’Investissement sur la
bonne santé de l’économie égyptienne, selon les témoignages
d’institutions américaines de financement qui portent des
noms étrangers dont il ne connaît rien ? S’agit-il de faux
témoignages ? A quel point l’économie égyptienne a-t-elle
été touchée par cette crise qui, semble-t-il, ne se résoudra
pas dans l’avenir proche ? A quel point est-il possible de
faire confiance quant à nos banques et institutions ainsi
qu’aux déclarations de nos ministres ?