Réhabilitation
Réintégrée dans le concert des nations et membre du
Conseil de sécurité de l’Onu pour la période 2008-2009,
la Libye est devenue un partenaire incontournable de la
communauté internationale pour son influence en Afrique
mais aussi pour ses réserves énergétiques.
Naguère considéré comme un « parrain » du terrorisme
international, le numéro un libyen Mouammar Kadhafi est
désormais perçu comme un acteur possible de la
résolution des conflits en Afrique, où son pays a
effectué des investissements massifs. La Libye, qui
partage notamment des frontières avec le Soudan, le
Tchad et le Niger, est ainsi plusieurs fois parvenue à
convaincre des rebelles du Darfour et le gouvernement du
Khartoum à s’asseoir autour de la table des
négociations. Jouissant d’une influence considérable
auprès de certains dirigeants africains, de certaines
tribus ou factions rebelles du continent, le colonel
Kadhafi, chantre du panafricanisme, tente surtout
d’éviter toute présence de forces occidentales près de
ses frontières. En recevant, le 5 septembre, la
secrétaire d’Etat américaine
Condoleezza Rice, il
a réaffirmé son opposition à l’établissement d’un
commandement militaire américain en Afrique (Africom).
Avec sa visite historique à Tripoli, Mme
Rice a confirmé le nouveau
statut de Mouammar Kadhafi, progressivement devenu un
dirigeant fréquentable après être sorti de son isolement
international en annonçant en 2003 son renoncement aux
armes de destruction massive.
D’autres pays comme la France, la Grande-Bretagne ou
l’Italie avaient déjà renoué des liens officiels avec
Tripoli, avec en prime de juteux contrats, dont un
accord en matière de nucléaire civil pour Paris. La
Commission européenne a entamé de son côté, début
septembre, ses discussions avec Tripoli dans la
perspective d’un accord de partenariat annoncé après le
dénouement, en juillet 2007, de l’affaire des soignants
bulgares.
Cette percée diplomatique, Tripoli la doit surtout à son
or noir, toujours au centre de ses discussions avec
l’Occident. Cette ruée des Occidentaux n’est pas
étrangère à leur volonté de contrecarrer les tentatives
de la Russie et de la Chine de renforcer leur influence
sur le marché mondial de l’énergie. Mais pour les
Européens, l’importance stratégique de la Libye ne tient
pas uniquement à la richesse
de ses sous-sols. Elle relève aussi de sa position
géographique. Tripoli, espèrent-ils, doit jouer un rôle
pour contenir les flux de clandestins vers l’Europe.
Pour les Libyens, l’immigration est un levier. Si Rome
s’est récemment pliée aux exigences de la Libye en
acceptant de la dédommager pour l’époque coloniale,
c’était surtout pour obtenir de Tripoli une meilleure
coopération dans la lutte contre l’immigration
clandestine.