Iraq.
Adoptée après des mois de blocage, la nouvelle loi
électorale ne fait toujours pas l’unanimité parmi les
différentes parties. Elle doit encore être approuvée par le
président, une étape sans laquelle les élections ne pourront
pas être tenues.
Timide avancée
Le premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, a demandé
dimanche au Parlement de prendre en compte les inquiétudes
des minorités dans la loi électorale encadrant les futures
élections provinciales. « M. Maliki a demandé à la
commission électorale du Parlement de dissiper les
inquiétudes des minorités et de faire en sorte qu’elles
aient un juste nombre de représentants (au sein des futurs
conseils provinciaux), et que leurs droits soient respectés
», indique son cabinet dans un communiqué. Selon ce dernier,
la loi électorale votée mercredi dernier par le Parlement ne
comprend pas les dispositions de protection des minorités
préconisées par M. Maliki. Ce dernier souhaite donc voir la
loi complétée avec ces dispositions.
« Nous
espérons que le Parlement va voter l’intégralité du projet
de loi qui lui avait été soumis par le cabinet et garantir
le droit des minorités conformément à la Constitution »,
déclare M. Maliki, tout en ajoutant : « Nous voulons
garantir une juste représentation de toutes les composantes
iraqiennes et défendre leurs droits ».
Il
s’agit là des premières inquiétudes officiellement mises au
jour depuis le vote, la semaine dernière, de la nouvelle loi
électorale fixant au 31 janvier 2009 la date butoir pour la
tenue des élections provinciales, dans 14 des 18 provinces
d’Iraq, à l’exception de la région du Kurdistan autonome et
de la province de Kirkouk (nord). Aussitôt votée, la loi a
été également critiquée par les leaders de la minorité
chrétienne, qui l’ont qualifiée de « régression démocratique
».
La
majorité des 191 députés présents ont adopté la nouvelle
législation, bloquée depuis des mois par les profondes
divisions entre factions iraqiennes. « Cette loi traduit
notre volonté d’aboutir à un accord, elle montre que nous
sommes capables d’aplanir nos différends par des moyens
démocratiques », a commenté le président du Parlement,
Mahmoud Al-Machhadani. « Kirkouk, qui était la source du
problème, est aujourd’hui devenue le symbole de notre
patriotisme et cela nous a réunis », a-t-il assuré. Avis
partagé par plusieurs diplomates qui ont observé la
situation. Le ministre britannique des Affaires étrangères,
David Miliband, a estimé que « cette loi est le résultat de
plusieurs mois de travail intense, par les leaders
politiques iraqiens et le Conseil iraqien des représentants,
agissant dans l’intérêt du peuple iraqien », a affirmé le
ministre en réaction à cette loi.
En effet,
la loi prévoit que les élections provinciales se dérouleront
au plus tard le 31 janvier 2009 dans 14 des 18 provinces
d’Iraq. Elles seront en revanche organisées plus tard dans
les provinces formant la région kurde (Dohouk, Erbil et
Souleimaniya) et dans la très contestée province de Kirkouk
(nord).
Initialement prévu le 1er octobre 2008, le scrutin est
considéré comme crucial pour la stabilité du pays, notamment
par Washington, qui y voit une étape incontournable du
processus de réconciliation en Iraq. En effet, Washington
pousse depuis des mois pour son organisation rapide.
L’adoption de la loi butait jusqu’ici sur la question de la
répartition des pouvoirs entre les communautés au conseil
provincial de Kirkouk (250 km au nord de Bagdad), une région
riche en pétrole que se disputent Kurdes, Arabes et
Turcomans. S’estimant majoritaires, les Kurdes souhaitent
que leur prépondérance y soit reconnue, ce que refusent
Arabes et Turcomans. Selon la nouvelle loi, les élections
provinciales à Kirkouk n’auront pas lieu avant mars 2009. A
cet égard, la loi prévoit la mise en place d’un nouveau
comité comptant deux représentants pour chacune des trois
communautés principales de la région (Arabes, Kurdes et
Turcomans), ainsi qu’un membre de la communauté chrétienne.
Avant le 31 mars, le comité présentera au Parlement un
rapport sur l’organisation des élections à Kirkouk, avec une
liste électorale actualisée. Les députés décideront ensuite
de la date exacte du scrutin.
Actuellement, le texte sur les élections provinciales va
être soumis au conseil présidentiel dirigé par le chef de
l’Etat, le Kurde Djalal Talabani, qui avait opposé son veto
à une loi antérieure prévoyant un partage égal des sièges à
Kirkouk. « Si la présidence approuve la loi, nous aurons
besoin de 140 à 150 jours pour achever tous les préparatifs
pour la tenue des élections », a précisé le président de la
commission électorale, Faradj Al-Haodari. Selon les
analystes, ces élections provinciales constitueront un test
pour la démocratie iraqienne et la réconciliation nationale,
notamment entre les chiites et les sunnites, qui avaient
boycotté celles de 2005, mais elles pourraient aussi attiser
les tensions dans le sud, où les factions chiites se livrent
à une lutte de pouvoir.
Maha
Salem