Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Plusieurs pistes, aucune certitude
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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Syrie. Damas a connu samedi dernier l’attentat le plus meurtrier sur son sol depuis vingt ans. L’enquête est ouverte, mais l’on peut d’ores et déjà analyser plusieurs conflits d’intérêt dans la nébuleuse régionale syrienne. 

Plusieurs pistes, aucune certitude 

Damas a été samedi dernier le théâtre d’un violent attentat à la voiture piégée. 17 personnes y ont trouvé la mort, et 14 ont été blessées par les 200 kilos d’explosifs répartis dans le véhicule. Des témoins ont comparé le choc à un tremblement de terre. Le quartier entier est bouleversé par la perte de voisins « se rendant simplement à leur travail ».

Aucune revendication actuelle, ni aucune cible claire. La totalité des victimes sont civiles, ce qui laisse croire à une tentative de déstabilisation pure. Cependant, plusieurs pistes sont ouvertes. L’attentat a eu lieu auprès d’un poste des services de sécurité, au carrefour de la route de l’aéroport international de Damas et de celle menant à la tombe de Sayeda Zeinab qui attire de nombreux pèlerins chiites. Ainsi trouve-t-on aux alentours beaucoup de voyageurs en provenance d’Iraq, d’Iran, du Golfe et du Liban. Cet événement rappelle également les bains de sang perpétrés dans les années 1980 par les Frères musulmans, faisant des dizaines de morts. Pour autant, peu d’attentats ont été revendiqués depuis cette époque. Mais les responsables sont probablement issus d’un groupe dont les intérêts sont menacés par la gestion syrienne des dossiers libanais, palestinien ou iraqien. Rappelons que 10 000 soldats des forces spéciales du pays ont été déployés le long de la frontière nord du Liban (Abboudiya).

Malgré les motifs de sécurité interne dont parle Damas, ce mouvement militaire est malvenu au moment du dialogue national libanais : la gestion des armes du Hezbollah fait actuellement l’objet de réunions à Beyrouth. On peut donc supposer un lien indirect avec le rôle parfois obscur joué par la Syrie auprès du Hezbollah, du Liban ou même de l’Iraq.

 

Interprétations opposées

Ibrahim Darraji, professeur de droit international à l’Université de Damas et interrogé par l’AFP, soumet aussi l’hypothèse de services de renseignements étrangers. Israël, par exemple, a déjà été suspecté de l’assassinat de Emad Moughnia, responsable militaire du Hezbollah libanais, éliminé à Damas en février dernier. Israël a cependant démenti toute implication dans l’attaque terroriste, effectivement peu probable à l’heure de négociations de paix entre les deux pays.

L’attentat le plus récent, le 1er août, visait, quant à lui, Mohamed Sleimane, présenté comme le « bras droit » du président Bachar Al-Assad. C’est cet aspect gouvernemental qui retient l’attention de Hassan Abou-Taleb, politologue au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Le contexte régional actuel semble peu impliqué dans cet attentat, et laisse plus de place à une explication d’ordre interne. « Le régime entier est pénétré par des opposants souhaitant évincer la famille Al-Assad ». De plus, le manque de clarté sur les motivations de l’attaque sous-entend que le message n’est pas destiné à la scène internationale.

Ce qui n’a pas empêché le ministre syrien de l’Intérieur, le général Bassam Abdel-Majid, de réagir publiquement. Il a annoncé l’ouverture immédiate d’une « enquête dirigée par l’unité de lutte antiterroriste qui mènera aux responsables ». Cet attentat survient juste après les accusations portées par George Bush lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Il a pointé la Syrie (aux côtés de l’Iran) comme l’un des « derniers pays au monde à soutenir le terrorisme ». Si la théorie du complot israélo-américain semble peu viable, il n’en reste pas moins que ce type d’action terroriste vise clairement à paralyser le développement régional syrien.

Vincent Fortin

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