Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | La paix ou la justice
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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Soudan. La communauté internationale est divisée sur la politique à adopter vis-à-vis du président Omar Al-Béchir : favoriser un compromis au sujet du Darfour ou laisser la justice prendre son cours et lancer contre lui un mandat d’arrêt international. 

La paix ou la justice 

Que faire du président soudanais Omar Al-Béchir ? La question divise de plus en plus la communauté internationale. La polémique fait rage depuis que la France a fait état de la possibilité d’un compromis : ne pas émettre de mandat d’arrêt contre des pas concrets entrepris par Khartoum en vue d’un règlement de la question du Darfour. Mais le problème est que cette option ne fait pas l’unanimité.

Le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), l’Argentin Luis Moreno-Ocampo, a défendu cette semaine à l’Onu le mandat d’arrêt requis contre Béchir, imperturbable face aux manœuvres des Européens et des Africains à la recherche d’un compromis. « Eux, ils ont la responsabilité de trouver des solutions », a-t-il concédé dans une interview avec l’AFP, ajoutant aussitôt : « Moi, j’ai une responsabilité judiciaire ». Pour M. Moreno-Ocampo, « la solution ne peut ignorer la loi et ne peut ignorer les décisions judiciaires ». C’est ce qu’il a déclaré dans ses différentes rencontres tenues en marge de l’Assemblée générale de l’Onu, faisant mine d’ignorer que l’Union africaine a annoncé qu’elle réclamerait à l’occasion de l’Assemblée générale de l’Onu cette semaine un report de la procédure concernant le président Béchir et que la France s’est déclarée prête à l’envisager, sous conditions.

M. Moreno-Ocampo a trouvé un allié en la personne du secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon et, plus surprenant, les Etats-Unis semblent prêts à bloquer tout compromis alors qu’ils se sont toujours opposés à la CPI. Dans l’entourage du procureur, on se félicite de « la fermeté du secrétaire général » de l’Onu et on se montre confiant sur la délivrance d’un mandat d’arrêt contre Béchir par la CPI, fin novembre ou début décembre.

En juillet dernier, le procureur a demandé aux juges de la CPI d’émettre un mandat d’arrêt contre le président soudanais, accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Darfour, région de l’ouest du Soudan déchirée depuis 2003 par une guerre civile. Mais les 15 membres du Conseil de sécurité, dont la France est membre permanent, peuvent voter une résolution pour différer de 12 mois toute poursuite initiée par la CPI et ce délai peut être prolongé selon les mêmes conditions.

La France, qui a déclaré la semaine dernière ne pas être contre un compromis, a tenu toutefois à se justifier. La France n’a pas choisi « entre la paix et la justice » au Darfour et ne fait pas « le deuil de la justice internationale », a assuré le ministère français des Affaires étrangères, dans une mise au point après des déclarations d’un responsable de l’Elysée. « On ne choisit pas de faire le deuil de la justice internationale, contrairement à ce qu’ont pu laisser croire certaines déclarations d’un officiel telles que rapportées dans la presse », a déclaré à l’AFP le porte-parole du ministère, Eric Chevallier, en marge de l’Assemblée générale de l’Onu à New York. « Il faut aller vers la paix en respectant la justice, ce qui est très différent ».

Auparavant, un responsable de la présidence française s’était interrogé devant la presse, sous couvert d’anonymat, sur « la priorité qu’on souhaite atteindre » dans la crise au Soudan. « Est-ce que c’est d’arrêter une guerre, mettre fin à des tueries, sauver des vies humaines, ou est-ce que c’est faire passer la justice à travers la CPI ? », avait-il dit, ajoutant : « Nous, on a choisi plutôt d’arrêter la guerre ».

Alors que la polémique fait rage parmi la communauté internationale, les Africains, eux, semblent être peu ou pas suffisamment concernés par le sort d’un de leurs présidents. Le Ghana s’est contenté de déclarer qu’il n’appréhenderait « probablement pas » le président soudanais si la CPI délivrait à son encontre un mandat d’arrêt avant sa venue attendue ce mercredi à Accra. Le Ghana qui reconnaît la compétence de la CPI, contrairement au Soudan, a jugé cependant qu’il n’y avait « aucun risque » pour Béchir à se rendre à Accra.

Abir Taleb.

 

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