Soudan.
La communauté internationale est divisée sur la politique à
adopter vis-à-vis du président Omar
Al-Béchir : favoriser un compromis au sujet du
Darfour ou laisser la justice prendre son cours et lancer
contre lui un mandat d’arrêt international.
La paix ou la justice
Que faire du président soudanais Omar Al-Béchir ? La
question divise de plus en plus la communauté
internationale. La polémique fait rage depuis que la France
a fait état de la possibilité d’un compromis : ne pas
émettre de mandat d’arrêt contre des pas concrets entrepris
par Khartoum en vue d’un règlement de la question du
Darfour. Mais le problème est que cette option ne fait pas
l’unanimité.
Le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI),
l’Argentin Luis Moreno-Ocampo, a défendu cette semaine à
l’Onu le mandat d’arrêt requis contre Béchir, imperturbable
face aux manœuvres des Européens et des Africains à la
recherche d’un compromis. « Eux, ils ont la responsabilité
de trouver des solutions », a-t-il concédé dans une
interview avec l’AFP, ajoutant aussitôt : « Moi, j’ai une
responsabilité judiciaire ». Pour M. Moreno-Ocampo, « la
solution ne peut ignorer la loi et ne peut ignorer les
décisions judiciaires ». C’est ce qu’il a déclaré dans ses
différentes rencontres tenues en marge de l’Assemblée
générale de l’Onu, faisant mine d’ignorer que l’Union
africaine a annoncé qu’elle réclamerait à l’occasion de
l’Assemblée générale de l’Onu cette semaine un report de la
procédure concernant le président Béchir et que la France
s’est déclarée prête à l’envisager, sous conditions.
M. Moreno-Ocampo a trouvé un allié en la personne du
secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon et, plus
surprenant, les Etats-Unis semblent prêts à bloquer tout
compromis alors qu’ils se sont toujours opposés à la CPI.
Dans l’entourage du procureur, on se félicite de « la
fermeté du secrétaire général » de l’Onu et on se montre
confiant sur la délivrance d’un mandat d’arrêt contre Béchir
par la CPI, fin novembre ou début décembre.
En juillet dernier, le procureur a demandé aux juges de la
CPI d’émettre un mandat d’arrêt contre le président
soudanais, accusé de génocide, crimes de guerre et crimes
contre l’humanité commis au Darfour, région de l’ouest du
Soudan déchirée depuis 2003 par une
guerre civile. Mais les 15 membres du Conseil de
sécurité, dont la France est membre permanent, peuvent voter
une résolution pour différer de 12 mois toute poursuite
initiée par la CPI et ce délai peut être prolongé selon les
mêmes conditions.
La France, qui a déclaré la semaine dernière ne pas être
contre un compromis, a tenu toutefois à se justifier. La
France n’a pas choisi « entre la paix et la justice » au
Darfour et ne fait pas « le deuil de la justice
internationale », a assuré le ministère français des
Affaires étrangères, dans une mise au point après des
déclarations d’un responsable de l’Elysée. « On ne choisit
pas de faire le deuil de la justice internationale,
contrairement à ce qu’ont pu laisser croire certaines
déclarations d’un officiel telles que rapportées dans la
presse », a déclaré à l’AFP le porte-parole du ministère,
Eric Chevallier, en marge de l’Assemblée générale de l’Onu à
New York. « Il faut aller vers la paix en respectant la
justice, ce qui est très différent ».
Auparavant, un responsable de la présidence française
s’était interrogé devant la presse, sous couvert d’anonymat,
sur « la priorité qu’on souhaite atteindre » dans la crise
au Soudan. « Est-ce que c’est d’arrêter une guerre, mettre
fin à des tueries, sauver des vies humaines, ou est-ce que
c’est faire passer la justice à travers la CPI ? », avait-il
dit, ajoutant : « Nous, on a choisi plutôt d’arrêter la
guerre ».
Alors que la polémique fait rage parmi la communauté
internationale, les Africains, eux, semblent être peu ou pas
suffisamment concernés par le sort d’un de leurs présidents.
Le Ghana s’est contenté de déclarer qu’il n’appréhenderait «
probablement pas » le président soudanais si la CPI
délivrait à son encontre un mandat d’arrêt avant sa venue
attendue ce mercredi à Accra. Le Ghana qui reconnaît la
compétence de la CPI, contrairement au Soudan, a jugé
cependant qu’il n’y avait « aucun risque » pour Béchir à se
rendre à Accra.
Abir
Taleb.