Déchets Electroniques.
Leur recyclage ne suscite qu’une préoccupation mineure en
Egypte. Si le secteur privé se montre plus réceptif au
problème, en particulier avec les téléphones portables, son
action est encore très limitée.
Une attente d’une seconde vie
Comment
se débarrasser proprement d’un ordinateur ? Sameh, dont le
PC de 15 ans d’âge donnait des signes de fatigue, s’est
rendu compte de la difficulté de cette question. Soucieux de
la préservation de l’environnement, il a cherché à confier
son appareil à la société qui le lui avait vendu, pour qu’il
soit recyclé. « On ne reprend pas le vieux matériel
informatique. N’insistez pas ! », s’est-il vu répondre.
Déconcerté, Sameh a été au ministère de l’Environnement, où
on l’a informé qu’il n’existait pas, en fait, en Egypte de
décharge spécialisée dans ces objets électroniques. Après
d’autres recherches toutes aussi infructueuses, il tombe
enfin sur le site Internet de la société de téléphonie
portable Mobinil, dont une page fait état de ses
préoccupations en matière de recyclage d’appareils
électroniques. Al-Ahram Hebdo a voulu se renseigner
davantage et a contacté Wessam Abdou, spécialiste senior de
la qualité de l’environnement dans cette entreprise. « En
effet, nous avons entamé en 2008 notre projet de recyclage
d’ordinateurs usés. La 1re phase vient de se terminer il y a
quelques semaines et la 2e va bientôt commencer. Mais ce
projet ne concerne uniquement que le personnel de Mobinil »,
déclare-t-il. Il s’arrête un instant et ajoute : « Puisqu’on
achète énormément d’ordinateurs et que la durée de vie
moyenne d’un ordinateur est de 2 à 6 ans, nous avons vu la
nécessité de collecter les vieux ordinateurs de notre
personnel (3 000 personnes) et de leurs familles. Cela est
un service pour notre personnel. S’il était rendu au grand
public, on deviendrait une société de recyclage et non plus
de télécommunications ! ». Après la collecte, un personnel
spécialisé fait le tri des appareils. « Puis on nettoie,
teste, ajoute les composants matériels et logiciels
nécessaires avant de donner ces appareils aux organismes de
bienfaisance », ajoute Abdou. Une préoccupation qui semble
répondre au constat que les ordinateurs, téléphones
portables et téléviseurs contiennent un ensemble de
substances toxiques (cadmium, mercure, plomb, etc.) ayant
toutes des impacts extrêmement négatifs sur la santé
humaine. « Le plomb provoque des dommages sur le système
nerveux, sanguin, urinaire, endocrinien, et est néfaste au
développement cérébral des enfants. Il s’accumule dans
l’environnement avec des effets chroniques sur les plantes,
les animaux et les micro-organismes », explique Chérif Eissa,
directeur au service des affaires de la santé et de
l’environnement chez Mobinil. De plus, selon le rapport «
Ordinateurs et environnement », publié récemment aux
Etats-Unis, donner une deuxième vie aux ordinateurs au lieu
de les démanteler économiserait de 5 à 20 fois plus
d’énergie.
Première prise de conscience
Mohamad Ismaïl, responsable des déchets dangereux au sein du
département des déchets solides du ministère de
l’Environnement, convient que les problèmes environnementaux
liés aux déchets des ordinateurs sont énormes. Sous les
auspices du ministère de l’Environnement, Mobinil et Fonebak,
basée au Royaume-Uni et spécialiste du recyclage des piles
des téléphones portables, ont donc signé un accord en juin
2005. « En 2007, on a envoyé 26 000 vieux portables à
Fonebak. Ce qui représente 1 500 kg », expose Chérif Eissa.
Il est vrai que le téléphone mobile est sans doute
l’appareil électronique le plus vendu depuis le début du
siècle. Mais également le moins recyclé. Selon une récente
étude réalisée par Nokia, 3 % seulement des détenteurs de
téléphones portables recyclent les appareils qu’ils
n’utilisent plus. 44 % se contentent de les stocker au cas
où. Les autres leur offrent une deuxième vie en les donnant
à des proches ou en les revendant. 4 % seulement des gens
les jettent à la poubelle.
Ce partenariat entre l’Egypte et l’Angleterre constitue donc
une première prise de conscience. Mais reste que dans un
pays de 80 millions d’habitants, une seule société agit pour
réduire l’impact des composants électroniques sur
l’environnement. Alors que la Chine, l’Inde, le Pakistan et
le Nigeria envoient depuis longtemps leurs déchets
électroniques à l’étranger pour recyclage. Un domaine
d’activité qui ferait bien de se développer rapidement ici,
avant qu’il ne soit vraiment trop tard pour les générations
à venir ... .
Manar
Attiya