Al-Ahram Hebdo, Enquête | Deux visions s’affrontent
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Enquête

Assurance Santé. Un bras de fer est engagé contre le gouvernement au sujet de la réforme du système. Ses opposants estiment que la majorité des Egyptiens se retrouveront lésés et sont confortés par un verdict en leur faveur de La justice administrative.

Deux visions s’affrontent

« Dans un autre hôpital, cela m’aurait coûté au moins 5 000 L.E. par semaine. Mais ici, je n’ai rien payé. Même les repas étaient gratuits ». C’est par ces propos qu’Ahmad Kamal Farag, ouvrier à la retraite, exprime sa satisfaction, après avoir subi une opération, quant à la qualité du service dans un hôpital dépendant de l’Organisme de l’assurance médicale, celui de Madinet Nasr. Ahmad compte parmi les près de 40 millions d’assurés, soit la moitié des Egyptiens. Car malgré ses nombreuses lacunes, l’assurance médicale reste l’unique solution pour ces Egyptiens qui ne possèdent pas les moyens de se soigner ailleurs. Pour Ahmad Kamal Farag, l’idée de voir ce système, créé dans les années 1960, se transformer en assurance médicale commerciale est inacceptable.

C’est pourtant ce que le gouvernement Nazif compte faire avec la mise en place d’un système d’assurance médicale payant. Le projet de loi sera débattu au Parlement avant la fin de l’année, et il s’agit de restreindre les services gratuits offerts par l’assurance médicale et de demander aux malades de payer désormais une partie des frais (voir encadré). Mais un verdict de la Cour administrative du 4 septembre a suspendu la mutation de l’Organisme de l’assurance médicale en une société holding. Ce gel concerne un décret du premier ministre, remontant à 2007.

Depuis un front, dénommé Comité du Droit à la Santé (CDS), a été fondé regroupant des ONG, des médecins et 9 partis politiques pour lutter contre la mise en place de ce nouveau système. Mohamad Hassan Khalil, médecin à l’Organisme de l’assurance médicale et membre du CDS, explique que le système proposé par le gouvernement ressemble beaucoup au système américain. Un système qui a été fortement critiqué dans le documentaire de l’américain Michael Moore « Sicko », où l’on a vu des Américains aller acheter des médicaments moins chers au Canada. Un avis partagé par l’expert d’assurance médicale Abdel-Moneim Ebeid : « Les politiques annoncées par le gouvernement sous le titre Réforme de la santé sont en fait des pas vers la privatisation du secteur, selon la recette de la Banque mondiale et de l’Aide américaine au développement ». Et d’expliquer qu’il s’agit de mettre en place un système basé sur le profit qui donne un plus grand rôle au secteur privé et alourdit le fardeau des bénéficiaires de l’assurance médicale.

Optimiser la gestion des hôpitaux

Les partisans de ces réformes estiment, eux, que le nouveau système sera plus efficace. « Notre but est d’accroître le nombre des bénéficiaires de l’assurance médicale pour comprendre tous les Egyptiens vers 2011, selon le programme électoral du président de la République », se défend Hamdi Al-Sayed, président de l’Ordre des médecins et président du comité de la santé à l’Assemblée du peuple. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement cherche le financement qu’il trouvera dans les poches des assurés, selon le projet de loi sur l’assurance médicale (voir tableau). De plus, il compte optimiser la gestion des hôpitaux de l’assurance médicale de façon à ce qu’ils « engendrent des profits », selon Hamdi Al-Sayed. Mais « L’Organisme est déjà financièrement autonome. Selon ses comptes, il a réalisé des surplus de 180 millions de L.E. en 2006 et 2007 », assure Khaled Ali, de l’ONG Hicham Moubarak pour les droits de l’homme, et l’un des avocats ayant plaidé contre la décision du premier ministre.

Alors le récent verdict de la Cour administrative a fortifié le camp des opposants au projet. Saïd Rateb, président de l’Organisme de l’assurance médicale, a d’ailleurs refusé de le commenter à l’Hebdo. « L’action est dirigée contre le premier ministre et le ministre de la Santé, allez leur demander leur avis ! », a-t-il lancé, furieux, au téléphone. De sa part, Hatem Al-Gabali, ministre de la Santé, ex-propriétaire de Dar Al-Fouad, le plus grand hôpital privé du pays, a annoncé que le conseiller juridique du ministère étudie sa réaction au verdict, laissant penser qu’il ira en appel.

Création d’un fonds public

Les organisations de la société civile, dont certaines avaient intenté le procès contre le premier ministre, ont de plus décrété le 4 septembre « Journée égyptienne du droit à la santé ». « Ce verdict est une grande victoire, même si le gouvernement fait appel. C’est un jugement historique qui a soutenu ouvertement un système d’assurance médical sociale », se félicite Mohamad Hassan Khalil. Pour lui comme pour Ebeid, une société holding a le droit de vendre les entités qui lui sont liées, et dans ce cas, ce sont les hôpitaux publics. En outre, le fait que la holding doive réaliser des profits signifie une hausse des frais des services médicaux. De quoi encourager les opposants à poursuivre leur lutte. Ils prévoient des rencontres avec des parlementaires, une conférence nationale sur le droit des Egyptiens à la santé et une protestation devant le Parlement en novembre. Avec Abdel-Moneim Ebeid, ils plaident pour la création d’un fonds public, ce qui augmentera les ressources de l’Organisme de l’assurance santé et donc ses capacités à fournir des soins à tous. « Nous acceptons une augmentation des cotisations en échange d’un service médical adéquat », ajoute Khalil. Avec un projet alternatif bien défini, ces opposants semblent aussi déterminés que le gouvernement, soutenus par leur petite victoire qu’ils considèrent comme le premier tour de la bataille.

Marwa Hussein

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Taux de cotisations selon le projet de loi sur l’assurance médicale

* Employés soumis à la loi de l’assurance sociale : 1,5 % des revenus.

* Etudiants : 5 % des frais de scolarité (minimum 10 L.E.).

* Professionnels à revenus variables : 15 L.E./mois.

* Artisans à revenus variables : 10 L.E./mois.

* Retraités : 1 % de leur pension.

* Femmes de foyer : 10 L.E./mois.

* Enfants non scolarisés : 20 L.E./mois.

 




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