Assurance Santé.
Un bras de fer est engagé contre le gouvernement au sujet de
la réforme du système. Ses opposants estiment que la
majorité des Egyptiens se retrouveront lésés et sont
confortés par un verdict en leur faveur de La justice
administrative.
Deux visions s’affrontent
«
Dans un autre hôpital, cela m’aurait coûté au moins 5 000
L.E. par semaine. Mais ici, je n’ai rien payé. Même les
repas étaient gratuits ». C’est par ces propos qu’Ahmad
Kamal Farag, ouvrier à la retraite, exprime sa satisfaction,
après avoir subi une opération, quant à la qualité du
service dans un hôpital dépendant de l’Organisme de
l’assurance médicale, celui de Madinet Nasr. Ahmad compte
parmi les près de 40 millions d’assurés, soit la moitié des
Egyptiens. Car malgré ses nombreuses lacunes, l’assurance
médicale reste l’unique solution pour ces Egyptiens qui ne
possèdent pas les moyens de se soigner ailleurs. Pour Ahmad
Kamal Farag, l’idée de voir ce système, créé dans les années
1960, se transformer en assurance médicale commerciale est
inacceptable.
C’est pourtant ce que le gouvernement Nazif compte faire
avec la mise en place d’un système d’assurance médicale
payant. Le projet de loi sera débattu au Parlement avant la
fin de l’année, et il s’agit de restreindre les services
gratuits offerts par l’assurance médicale et de demander aux
malades de payer désormais une partie des frais (voir
encadré). Mais un verdict de la Cour administrative du 4
septembre a suspendu la mutation de l’Organisme de
l’assurance médicale en une société holding. Ce gel concerne
un décret du premier ministre, remontant à 2007.
Depuis un front, dénommé Comité du Droit à la Santé (CDS), a
été fondé regroupant des ONG, des médecins et 9 partis
politiques pour lutter contre la mise en place de ce nouveau
système. Mohamad Hassan Khalil, médecin à l’Organisme de
l’assurance médicale et membre du CDS, explique que le
système proposé par le gouvernement ressemble beaucoup au
système américain. Un système qui a été fortement critiqué
dans le documentaire de l’américain Michael Moore « Sicko »,
où l’on a vu des Américains aller acheter des médicaments
moins chers au Canada. Un avis partagé par l’expert
d’assurance médicale Abdel-Moneim Ebeid : « Les politiques
annoncées par le gouvernement sous le titre Réforme de la
santé sont en fait des pas vers la privatisation du secteur,
selon la recette de la Banque mondiale et de l’Aide
américaine au développement ». Et d’expliquer qu’il s’agit
de mettre en place un système basé sur le profit qui donne
un plus grand rôle au secteur privé et alourdit le fardeau
des bénéficiaires de l’assurance médicale.
Optimiser la gestion des hôpitaux
Les partisans de ces réformes estiment, eux, que le nouveau
système sera plus efficace. « Notre but est d’accroître le
nombre des bénéficiaires de l’assurance médicale pour
comprendre tous les Egyptiens vers 2011, selon le programme
électoral du président de la République », se défend Hamdi
Al-Sayed, président de l’Ordre des médecins et président du
comité de la santé à l’Assemblée du peuple. Pour atteindre
cet objectif, le gouvernement cherche le financement qu’il
trouvera dans les poches des assurés, selon le projet de loi
sur l’assurance médicale (voir tableau). De plus, il compte
optimiser la gestion des hôpitaux de l’assurance médicale de
façon à ce qu’ils « engendrent des profits », selon Hamdi
Al-Sayed. Mais « L’Organisme est déjà financièrement
autonome. Selon ses comptes, il a réalisé des surplus de 180
millions de L.E. en 2006 et 2007 », assure Khaled Ali, de
l’ONG Hicham Moubarak pour les droits de l’homme, et l’un
des avocats ayant plaidé contre la décision du premier
ministre.
Alors le récent verdict de la Cour administrative a fortifié
le camp des opposants au projet. Saïd Rateb, président de
l’Organisme de l’assurance médicale, a d’ailleurs refusé de
le commenter à l’Hebdo. « L’action est dirigée contre le
premier ministre et le ministre de la Santé, allez leur
demander leur avis ! », a-t-il lancé, furieux, au téléphone.
De sa part, Hatem Al-Gabali, ministre de la Santé,
ex-propriétaire de Dar Al-Fouad, le plus grand hôpital privé
du pays, a annoncé que le conseiller juridique du ministère
étudie sa réaction au verdict, laissant penser qu’il ira en
appel.
Création d’un fonds public
Les organisations de la société civile, dont certaines
avaient intenté le procès contre le premier ministre, ont de
plus décrété le 4 septembre « Journée égyptienne du droit à
la santé ». « Ce verdict est une grande victoire, même si le
gouvernement fait appel. C’est un jugement historique qui a
soutenu ouvertement un système d’assurance médical sociale
», se félicite Mohamad Hassan Khalil. Pour lui comme pour
Ebeid, une société holding a le droit de vendre les entités
qui lui sont liées, et dans ce cas, ce sont les hôpitaux
publics. En outre, le fait que la holding doive réaliser des
profits signifie une hausse des frais des services médicaux.
De quoi encourager les opposants à poursuivre leur lutte.
Ils prévoient des rencontres avec des parlementaires, une
conférence nationale sur le droit des Egyptiens à la santé
et une protestation devant le Parlement en novembre. Avec
Abdel-Moneim Ebeid, ils plaident pour la création d’un fonds
public, ce qui augmentera les ressources de l’Organisme de
l’assurance santé et donc ses capacités à fournir des soins
à tous. « Nous acceptons une augmentation des cotisations en
échange d’un service médical adéquat », ajoute Khalil. Avec
un projet alternatif bien défini, ces opposants semblent
aussi déterminés que le gouvernement, soutenus par leur
petite victoire qu’ils considèrent comme le premier tour de
la bataille.
Marwa
Hussein