Al-Ahram Hebdo, Egypte | Halte au trafic
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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Egypte

Greffe d’Organes. Le ministère de la Santé a annoncé que le projet de loi qui régit cette pratique est enfin prêt. Il permettra de mettre fin au marché noir. 

Halte au trafic 

20 000 L.E. C’est en général le prix d’un rein affiché par les trafiquants d’organes. Un réseau bien ficelé qui opère dans les quartiers populaires ou dans des villages démunis, là où il est facile d’exploiter la misère et le besoin. La victime signe un bout de papier certifiant qu’elle accepte de faire don de son rein.

On lui fait faire des analyses pour vérifier la compatibilité avec le receveur, puis on lui remet une avance sur la somme promise. Le scénario est très répandu. Au mois de juillet dernier, les médias se sont fait l’écho d’une affaire d’un jeune homme qui s’apprêtait à vendre son rein à un riche Saoudien dans un hôpital à Guiza en échange de 12 000 L.E. Quelques jours après, un autre jeune homme a vendu son rein à un riche Soudanais. On signale une dizaine de cas, mais combien y a-t-il de cas non déclarés ?

« L’Egypte est devenue une plaque tournante du trafic d’organes. Les Arabes viennent en Egypte pour subir ce genre d’opérations à cause de l’absence d’une loi qui incrimine cette pratique », a assuré Hatem Al-Gabali, ministre de la Santé, qui a tenu cette semaine une conférence de presse pour annoncer que le projet de loi sur la greffe d’organes est enfin prêt. Le trafic d’organes prospère en Egypte par le biais d’un réseau clandestin travaillant pour le compte de certains hôpitaux et centres médicaux privés. Les intermédiaires, bénéficiaires, ont transformé le don d’organes en un marché noir. L’absence d’une loi, selon le ministre, a favorisé non seulement le trafic d’organes, mais aussi l’escroquerie. Les journaux relatent des histoires de jeunes à qui on a demandé de faire des analyses sous prétexte de leur fournir un emploi en Arabie saoudite. Ensuite, on leur annonce qu’ils ont besoin de subir une petite opération. Ils découvrent qu’ils ont perdu un de leurs reins.

En fait, c’est à cause de la répétition de ce genre d’incidents que le ministère a décidé d’accélérer la promulgation du projet de loi sur la greffe d’organes. Le projet, soumis au Parlement pour la première fois en 1998 et reporté à cause d’oppositions d’ordre médical et religieux, sera présenté au Parlement dès le début de la prochaine session en novembre.

La dernière version autorise uniquement les dons d’organes entre les patients et leurs parents proches ou éloignés, de sorte à exclure toute éventualité de trafic. La loi prévoit la création d’un organisme central dépendant du ministère de la Santé pour définir les critères auxquels doivent répondre les hôpitaux où ce genre d’opérations est effectué, recevoir les organes destinés aux greffes et dresser les listes des personnes en attente de greffe. Le projet de loi incrimine le commerce d’organes et prévoit des peines allant jusqu’à 10 ans de prison et une amende de 10 à 50 000 livres contre toute personne s’impliquant dans des affaires de trafic d’organes.

Les deux problématiques concernant le prélèvement d’organes sur des personnes cliniquement mortes et les dons d’organes entre musulmans et chrétiens feront l’objet de vifs débats. Le ministère, voulant trancher définitivement, a présenté le projet à Al-Azhar et Dar Al-Iftaa, les deux grandes instances religieuses en Egypte.

Ces dernières ainsi qu’un groupe de spécialistes sont parvenus à une solution. Le projet de loi autorise le prélèvement d’organes sur des personnes mortes cliniquement à condition que celles-ci aient donné leur approbation écrite avant leur mort ou après le consentement de leurs proches. Selon Hassan Al-Chaer, député islamiste, une telle licence va à l’encontre de la religion et de la déontologie médicale. « Il faut respecter le droit à la vie. Une personne est morte lorsque tous ses organes s’arrêtent de fonctionner ».

En outre, la loi a autorisé le don d’organes entre musulmans et chrétiens car la charia ne l’interdit pas. C’est un geste semblable au don de sang qui se fait chaque jour. Cependant, les islamistes insistent pour soulever une polémique au Parlement. Intransigeant, le ministère de la Santé adopte cette fois-ci une attitude très sévère.

Voulant arrêter ce dialogue de sourds, il a décidé de faire participer le cheikh d’Al-Azhar, Mohamad Sayed Tantawi, et le mufti Ali Gomaa, aux discussions du projet au Parlement pour trancher le débat avec les députés islamistes qui pourraient retarder une fois de plus la promulgation de la loi. « C’est une polémique stérile qui place l’Egypte en retrait par rapport aux 18 pays islamiques, dont l’Arabie saoudite, autorisant la greffe d’organes depuis des années, alors que notre pays s’embourbe dans cette guerre de définitions religieuses et médicales, au moment où le trafic d’organes prolifère », conclut Saad Al-Chazli, sous-secrétaire au ministère de la Santé.

Mirande Youssef

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