Greffe d’Organes.
Le ministère de la Santé a annoncé que le projet de loi qui
régit cette pratique est enfin prêt. Il permettra de mettre
fin au marché noir.
Halte au trafic
20
000 L.E. C’est en général le prix d’un rein affiché par les
trafiquants d’organes. Un réseau bien ficelé qui opère dans
les quartiers populaires ou dans des villages démunis, là où
il est facile d’exploiter la misère et le besoin. La victime
signe un bout de papier certifiant qu’elle accepte de faire
don de son rein.
On lui fait faire des analyses pour vérifier la
compatibilité avec le receveur, puis on lui remet une avance
sur la somme promise. Le scénario est très répandu. Au mois
de juillet dernier, les médias se sont fait l’écho d’une
affaire d’un jeune homme qui s’apprêtait à vendre son rein à
un riche Saoudien dans un hôpital à Guiza en échange de 12
000 L.E. Quelques jours après, un autre jeune homme a vendu
son rein à un riche Soudanais. On signale une dizaine de
cas, mais combien y a-t-il de cas non déclarés ?
« L’Egypte est devenue une plaque tournante du trafic
d’organes. Les Arabes viennent en Egypte pour subir ce genre
d’opérations à cause de l’absence d’une loi qui incrimine
cette pratique », a assuré Hatem Al-Gabali, ministre de la
Santé, qui a tenu cette semaine une conférence de presse
pour annoncer que le projet de loi sur la greffe d’organes
est enfin prêt. Le trafic d’organes prospère en Egypte par
le biais d’un réseau clandestin travaillant pour le compte
de certains hôpitaux et centres médicaux privés. Les
intermédiaires, bénéficiaires, ont transformé le don
d’organes en un marché noir. L’absence d’une loi, selon le
ministre, a favorisé non seulement le trafic d’organes, mais
aussi l’escroquerie. Les journaux relatent des histoires de
jeunes à qui on a demandé de faire des analyses sous
prétexte de leur fournir un emploi en Arabie saoudite.
Ensuite, on leur annonce qu’ils ont besoin de subir une
petite opération. Ils découvrent qu’ils ont perdu un de
leurs reins.
En fait, c’est à cause de la répétition de ce genre
d’incidents que le ministère a décidé d’accélérer la
promulgation du projet de loi sur la greffe d’organes. Le
projet, soumis au Parlement pour la première fois en 1998 et
reporté à cause d’oppositions d’ordre médical et religieux,
sera présenté au Parlement dès le début de la prochaine
session en novembre.
La dernière version autorise uniquement les dons d’organes
entre les patients et leurs parents proches ou éloignés, de
sorte à exclure toute éventualité de trafic. La loi prévoit
la création d’un organisme central dépendant du ministère de
la Santé pour définir les critères auxquels doivent répondre
les hôpitaux où ce genre d’opérations est effectué, recevoir
les organes destinés aux greffes et dresser les listes des
personnes en attente de greffe. Le projet de loi incrimine
le commerce d’organes et prévoit des peines allant jusqu’à
10 ans de prison et une amende de 10 à 50 000 livres contre
toute personne s’impliquant dans des affaires de trafic
d’organes.
Les deux problématiques concernant le prélèvement d’organes
sur des personnes cliniquement mortes et les dons d’organes
entre musulmans et chrétiens feront l’objet de vifs débats.
Le ministère, voulant trancher définitivement, a présenté le
projet à Al-Azhar et Dar Al-Iftaa, les deux grandes
instances religieuses en Egypte.
Ces dernières ainsi qu’un groupe de spécialistes sont
parvenus à une solution. Le projet de loi autorise le
prélèvement d’organes sur des personnes mortes cliniquement
à condition que celles-ci aient donné leur approbation
écrite avant leur mort ou après le consentement de leurs
proches. Selon Hassan Al-Chaer, député islamiste, une telle
licence va à l’encontre de la religion et de la déontologie
médicale. « Il faut respecter le droit à la vie. Une
personne est morte lorsque tous ses organes s’arrêtent de
fonctionner ».
En outre, la loi a autorisé le don d’organes entre musulmans
et chrétiens car la charia ne l’interdit pas. C’est un geste
semblable au don de sang qui se fait chaque jour. Cependant,
les islamistes insistent pour soulever une polémique au
Parlement. Intransigeant, le ministère de la Santé adopte
cette fois-ci une attitude très sévère.
Voulant arrêter ce dialogue de sourds, il a décidé de faire
participer le cheikh d’Al-Azhar, Mohamad Sayed Tantawi, et
le mufti Ali Gomaa, aux discussions du projet au Parlement
pour trancher le débat avec les députés islamistes qui
pourraient retarder une fois de plus la promulgation de la
loi. « C’est une polémique stérile qui place l’Egypte en
retrait par rapport aux 18 pays islamiques, dont l’Arabie
saoudite, autorisant la greffe d’organes depuis des années,
alors que notre pays s’embourbe dans cette guerre de
définitions religieuses et médicales, au moment où le trafic
d’organes prolifère », conclut Saad Al-Chazli,
sous-secrétaire au ministère de la Santé.
Mirande Youssef