Petit Baïram.
Dépenses pour le Ramadan, la rentrée scolaire et enfin la
fête. Les Egyptiens, abattus par un taux d’inflation de 25
%, ne savent plus où donner de la tête
La fête malgré la cherté
Les
rues Talaat Harb, Emadeddine et Qasr Al-Nil sont les plus
connues du centre-ville. On y trouve des magasins de
prêt-à-porter de bonne qualité, mais aussi des pâtisseries.
A l’approche du petit Baïram, ces magasins sont envahis par
des clients prêts à débourser leur argent pour faire plaisir
aux enfants et aux grands. Tout se vend et le mouvement ne
s’arrête plus. Cette année, pourtant, rien n’indique que le
Aïd est aux portes.
Dans la
rue Talaat Harb, quelques dizaines de personnes lèchent les
vitrines. Rares sont celles qui se décident à faire quelques
achats. « Je suis venue acheter des vêtements pour mes
enfants. Mais il y aura un seul article pour chacun, pas
plus. Le budget est déjà parti en fumée avec le mois du
Ramadan et la rentrée scolaire. En plus, cette année, avec
la hausse vertigineuse des prix, il n’est pas possible de
faire autrement », explique une mère de deux enfants. Le Aïd
est intervenu cette année en pleine rentrée scolaire, et
cela a eu naturellement des répercussions. « Bien que le
petit Baïram coïncide cette année avec la saison des soldes,
le mouvement d’achat est très faible comparé aux années
précédentes. L’année dernière, par exemple, nous ne fermions
le magasin qu’à l’aube à cause de l’afflux des gens. Cette
année, c’est complètement différent », se plaint Aymane,
propriétaire d’un magasin de vêtements, qui a dû réduire les
prix pour relancer les ventes.
L’année
scolaire a commencé le 20 septembre, c’est-à-dire dix jours
seulement avant le petit Baïram, ce qui a affecté le budget
des familles déchirées entre les dépenses du Ramadan, de la
rentrée scolaire et les préparatifs de la fête. Tout ceci
s’ajoute à une mauvaise situation économique et une
inflation galopante qui a atteint les 25 %. Les Egyptiens
ont déserté les grands magasins du centre-ville pour se
rabattre sur des marchés plus populaires comme Mouski,
Attaba et Wékalet Al-Balah, connus au Caire pour leurs prix
bon marché et la diversité de leurs marchandises qui
attirent de plus en plus la classe moyenne incapable de
faire face à la cherté de la vie. Dès qu’on s’engage dans le
quartier Attaba, les rues sont bondées et la circulation est
intense. Les trottoirs squattés par des vendeurs à la
sauvette débordent de marchandises chinoises, et la chaussée
est noire de monde. « Avec 100 L.E., je peux acheter deux
ensembles à mes deux enfants, tandis que dans les magasins
du centre-ville, un seul ensemble coûte plus de 200 L.E. »,
explique Ali, professeur et père de trois enfants. Mais si
Ali et plusieurs autres ont trouvé refuge dans ses marchés
populaires bon marché, d’autres citoyens n’ont même pas eu
ce privilège. « Cette année, j’ai demandé à mes enfants de
reprendre les fournitures de l’année passée : cartables,
souliers et nouveaux vêtements … Je ne peux me permettre
d’acheter des kahks car je ne suis qu’un simple employé »,
lance Ibrahim, employé et père de deux enfants.
Les
kahks constituent l’un des attraits du petit Baïram. Ces
petits gâteaux sucrés préparés à cette occasion sont très
prisés. Leur prix a augmenté aussi. « Les prix ont augmenté
d’environ 30 % par rapport à l’année passée à cause de la
hausse des prix des matières utilisées dans la fabrication
du kahk comme le sucre et la farine », affirme Tayssir,
propriétaire d’une célèbre pâtisserie au centre-ville. Il
explique que le volume des ventes a été affecté par cette
hausse même si la plupart des familles refusent de passer la
fête sans kahk. « Le kilo de kahk a dépassé les 50 L.E. Je
ne peux acheter qu’un kilo, tandis que les années passées,
je n’achetais pas moins de 5 kg pour toute ma famille et mes
enfants mariés », indique Saber, employé à la retraite.
Beaucoup de familles, à cause de cette hausse des prix, ont
décidé de revenir à la tradition qui consiste à
confectionner le kahk à la maison. « Je ne peux pas payer 50
L.E. pour un seul kilo de kahk. Le préparer à la maison
revient deux fois moins cher », explique Ali, un jeune
employé. La hausse des prix et le commencement de l’année
scolaire n’ont pas donné aux familles l’occasion de fêter le
Aïd comme il se doit.
Sabah
Sabet