Corruption.
L’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2008, de
l’organisation Transparency
International, fait état d’une mauvaise performance dans la
plupart des pays arabes, en particulier l’Egypte.
Peu de progrès dans la région
L’implication
de l’homme d’affaires Mohamad Farid Khamis dans un procès
pour versement de pot-de-vin à un magistrat, ou encore la
découverte que le directeur d’une filiale de la Banque de
crédit et de développement agricole, publique et supposée
soutenir des paysans, a mis la main à la caisse ... Des
histoires de corruption sont régulièrement révélées en
Egypte comme l’indique l’Indice de Perception de la
Corruption (IPC) 2008 de l’ONG Transparency International.
Selon l’IPC, qui classe les pays en fonction du degré de
corruption perçue dans les administrations publiques et la
classe politique, la note de l’Egypte ne cesse de diminuer
chaque année. De 3,3 en 2006, elle est passée à 2,9 en 2007
pour n’être que de 2,8 cette année. L’IPC classe le degré de
corruption d’un pays d’une échelle allant de zéro à dix.
Zéro indiquant un degré très élevé de corruption et dix
étant le degré le plus faible. Selon l’IPC, l’Egypte
considérée comme le plus grand pays arabe figure aussi en
12e sur les 16 pays arabes mentionnés dans le rapport. Au
niveau mondial, elle est classée 115e sur les 180 pays
étudiés. Gouda Abdel-Khaleq, professeur d’économie à
l’Université du Caire, explique cette persistance de la
corruption dans le pays par le règne d’un système politique
essoufflé. « Un régime politique dont le président n’a pas
changé depuis 27 ans est un régime où le questionnement est
absent », estime Gouda. Il rappelle les scandales qui ont
éclaté récemment comme l’incendie du Conseil consultatif
(Sénat) que les pompiers ont mis plusieurs jours à éteindre,
le naufrage du ferry Al-Salam qui a causé la mort de plus de
1 000 Egyptiens, ou encore l’incendie il y a quelques jours
du Théâtre national. « De tels scandales auraient conduit
dans d’autres pays à la démission de ministres, sinon du
premier ministre, mais ici rien ne s’est passé »,
observe-t-il.
L’Egypte n’est pas le seul pays de la région à stagner dans
cette situation. Sur les 16 pays arabes mesurés, une
diminution du niveau de corruption a été notée dans seuls
cinq d’entre eux : Qatar, Emirats Arabes Unis (EAU), Oman,
Bahreïn et Jordanie. Ces mêmes pays sont également les seuls
pays arabes à avoir une note supérieure à 5. Qatar, dont
l’indice IPC est de 6,5, arrive en tête de liste. Son niveau
mondial est également assez avancé, puisqu’il se situe à la
28e place. Il est suivi par les EAU avec 5,9 points puis par
le sultanat d’Oman, Bahreïn et la Jordanie. Les raisons de
cette amélioration ne sont toutefois pas bien définies selon
les auteurs du rapport. « Il reste à déterminer si ce
progrès, notamment dans les riches Etats du Golfe
producteurs de gaz naturel et de pétrole, résulte d’une plus
grande volonté politique de combattre la corruption ou si
les effets négatifs de la corruption sont simplement masqués
par l’importance des revenus pétroliers alimentant un
développement économique rapide », souligne le rapport. Aux
EAU seulement, la lutte contre la corruption a été
clairement accentuée.
Les pays arabes, dont le classement est inférieur à l’Egypte,
sont la Libye, le Yémen, la Syrie et l’Iraq.
Ce dernier figure parmi les 3 pays
perçus comme les plus « corrompus » avec le
Myanmar qui ont obtenu la même note (1,3) et la Somalie avec
un score de 1 point. « La faible note obtenue par l’Iraq met
en lumière la nécessité d’établir des institutions fortes et
efficaces capables d’empêcher la corruption et d’instaurer
un Etat de droit », estime Gouda Abdel-Khaleq. « La
différence entre la corruption dans les différents pays
arabes est une différence du degré de corruption, mais les
circonstances sont les mêmes que ce soit dans les régimes
présidentiels ou les royaumes », poursuit-il.
OMD menacés
En raison de cette situation, les auteurs du rapport qui
s’intéressent cette année particulièrement à la corruption
dans les pays pauvres et à revenu limité, et parmi lesquels
figurent la majorité des pays arabes, les Objectifs du
Millénaire pour le Développement (OMD) de l’Onu sont
sérieusement menacés. « La propagation incontrôlée de la
corruption pourrait accroître de 50 milliards de dollars le
montant des investissements nécessaires pour atteindre les
OMD dans le domaine de l’eau et de l’hygiène publique, soit
près de la moitié de l’ensemble des budgets d’aide au
développement », assurent-ils.
Mais si la corruption est plus inquiétante dans les pays en
développement, la raison de sa persistance n’est pas
seulement liée à leur gouvernement. Elle l’est aussi aux
gouvernements des pays développés. Ces derniers déploient en
effet un double standard et n’exercent pas de vrai contrôle
sur les actes de corruption commis par leurs sociétés à
l’étranger. « L’éclatement régulier de scandales liés à des
actes de corruption active commis à l’étranger témoigne de
l’incapacité des pays riches à tenir leurs promesses
anti-corruption, notamment leur engagement à rendre des
comptes », souligne le rapport. Or, pour Gouda Abdel-Khaleq,
il est presque impossible que l’administration d’un pays
développé puisse surveiller l’activité d’une de ses
multinationales présente dans une centaine de pays. Car «
c’est le pays du lieu d’activité économique qui en a le
pouvoir et le devoir ».
Marwa
Hussein