Otages.
Un retour des corsaires et des flibustiers. C’est au large
de la Somalie que cela se déroule. Ce n’est guère
passionnant comme dans les films et bandes dessinés,
s’agissant d’un mélange de misère, d’instabilité et de
desseins politiques.
Les eaux troubles de la piraterie
Les
pirates somaliens qui avaient capturé début septembre un
bateau égyptien avec 25 membres d’équipage à bord, au large
de la Somalie, ont laissé repartir le bâtiment et ses
occupants. Un dénouement est survenu après des semaines de
négociations entre les pirates et les services de
renseignements égyptiens. Difficile à croire, mais comme
dans le cas de l’enlèvement des touristes, et autres risques
dans plusieurs régions du monde, on croit revenir au temps
des corsaires, des flibustiers et autres bandits de grand
chemin. La question des pirates somaliens est l’un des
indices les plus graves à cet égard, puisqu’elle implique
désormais des grandes puissances comme les Etats-Unis, la
Russie et la France et se greffe sur une situation
politique, elle aussi, anachronique : mélange de tribalisme,
d’islamisme et d’intérêts géopolitiques.
Cette libération a pu être obtenue grâce au versement d’une
rançon de 600 000 $ aux ravisseurs qui avaient réclamés au
départ la somme de 3 millions $. Le bâtiment avait été
capturé début septembre au large de la localité d’Eyl
(dans la région semi-autonome du
Puntland), un repaire de pirates
situé dans le nord-est de la
Somalie, à environ 800 km au nord de Mogadiscio. La Somalie
est un pays pauvre de la Corne de l’Afrique, ravagé par la
guerre civile et sans gouvernement central depuis 1991, et
qui est devenu le point chaud de la piraterie planétaire ces
derniers mois.
A titre d’exemple, dix pirates présumés, retenus pendant six
jours par la marine danoise dans le golfe d’Aden, ont été
libérés et débarqués dans la semaine dernière sur une plage
de Somalie. Le débarquement a eu lieu près d’un endroit où
ils habitaient, a indiqué l’agence SOK sur son site
Internet, précisant que leurs effets personnels leur avaient
été remis. Leurs armes et autres instruments de
communication saisis lors de leur arrestation ont été
confisqués. « C’était le moindre des deux maux, car l’autre
solution, qui m’aurait mis mal à l’aise, aurait été de les
remettre à un régime (somalien), où ils risquaient d’être
torturés et tués », a estimé mercredi le ministre danois de
la Défense, Soeren Gade, sur la
chaîne danoise TV2 News.
M. Gade a annoncé, mardi soir, aux députés la libération des
dix pirates présumés, jugeant qu’il n’était pas possible,
selon la législation danoise, de les poursuivre, faute de
preuves, devant les tribunaux. Il a ajouté que les autorités
danoises avaient étudié également, mais en vain, la
possibilité de transférer ces pirates présumés vers d’autres
Etats de la force navale multinationale
Task Force 150 opérant au large de la Somalie.
Un bâtiment de la marine danoise, Absalon, a arraisonné le
17 septembre deux embarcations rapides repérées par un
hélicoptère danois et jugées suspectes car se tenant
immobiles dans le golfe d’Aden. Les militaires y ont
découvert dix hommes et des armes, entre autres 8
pistolets-mitrailleurs et 4 obus antichars, normalement
utilisés par les pirates lors de l’abordage et la saisie de
navires civils, selon l’état-major de la marine danoise.
L’Absalon a pris le 15 septembre le commandement de la force
navale multinationale Task Force
150, dont le but est de chasser les pirates et
contrebandiers d’armes de la partie nord de l’océan Indien.
C’est donc une internationalisation de la lutte contre le
piratage. D’ailleurs, un navire de guerre russe s’est dirigé
vendredi vers les côtes somaliennes, où des pirates se sont
emparés d’un cargo ukrainien avec à son bord une trentaine
de chars de combat et trois citoyens russes. Le patrouilleur
Intrépide a été envoyé dans la région « en raison de
l’intensification des attaques perpétrées par des pirates, y
compris contre des citoyens russes », a déclaré le
porte-parole de la marine, Igor Dygalo.
« La marine russe soutient les efforts internationaux pour
la lutte contre la piraterie dans l’océan mondial, y compris
près des côtes somaliennes. Mais si la vie des citoyens de
la Russie se retrouve en danger, la marine russe se réserve
le droit d’agir indépendamment », a souligné M.
Dygalo.
Le cargo ukrainien Faina a été
saisi par des pirates jeudi, alors qu’il se dirigeait vers
le port kényan de Mombasa, avec à son bord 17 Ukrainiens,
trois Russes et un Letton. Le navire transporterait une
trentaine de chars de combat, destinés à un Etat qui n’était
pas connu vendredi. Donc c’est un trafic
multipôle si l’on songe.
L’Intrépide, dirigé par le capitaine Oleg
Gourinov, a quitté mercredi la
base de la flotte russe de la Baltique, à
Baltiïsk (ouest), « pour assurer
la présence » de la marine russe « dans certaines régions
maritimes », précise la marine russe, dans un communiqué
officiel. Le navire va effectuer sa mission le long de la
Corne de l’Afrique (est) « pendant plus de deux mois », a
indiqué de son côté le commandant de la flotte de la
Baltique, le vice-amiral Viktor
Mardoussine, cité par l’agence Ria
Novosti. A l’avenir, la marine
russe va envoyer ses navires militaires pour une présence
temporaire dans les régions où il y a un danger de piraterie
maritime, dans l’objectif de défendre les vies des citoyens
russes et garantir la sécurité de la navigation, affirme
encore la marine russe dans son communiqué.
De
grandes
manœuvres face à de
petits pirates.
Ahmed
Loutfi