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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Dossier

Otages. Un retour des corsaires et des flibustiers. C’est au large de la Somalie que cela se déroule. Ce n’est guère passionnant comme dans les films et bandes dessinés, s’agissant d’un mélange de misère, d’instabilité et de desseins politiques.

Les eaux troubles de la piraterie

Les pirates somaliens qui avaient capturé début septembre un bateau égyptien avec 25 membres d’équipage à bord, au large de la Somalie, ont laissé repartir le bâtiment et ses occupants. Un dénouement est survenu après des semaines de négociations entre les pirates et les services de renseignements égyptiens. Difficile à croire, mais comme dans le cas de l’enlèvement des touristes, et autres risques dans plusieurs régions du monde, on croit revenir au temps des corsaires, des flibustiers et autres bandits de grand chemin. La question des pirates somaliens est l’un des indices les plus graves à cet égard, puisqu’elle implique désormais des grandes puissances comme les Etats-Unis, la Russie et la France et se greffe sur une situation politique, elle aussi, anachronique : mélange de tribalisme, d’islamisme et d’intérêts géopolitiques.

Cette libération a pu être obtenue grâce au versement d’une rançon de 600 000 $ aux ravisseurs qui avaient réclamés au départ la somme de 3 millions $. Le bâtiment avait été capturé début septembre au large de la localité d’Eyl (dans la région semi-autonome du Puntland), un repaire de pirates situé dans le nord-est de la Somalie, à environ 800 km au nord de Mogadiscio. La Somalie est un pays pauvre de la Corne de l’Afrique, ravagé par la guerre civile et sans gouvernement central depuis 1991, et qui est devenu le point chaud de la piraterie planétaire ces derniers mois.

A titre d’exemple, dix pirates présumés, retenus pendant six jours par la marine danoise dans le golfe d’Aden, ont été libérés et débarqués dans la semaine dernière sur une plage de Somalie. Le débarquement a eu lieu près d’un endroit où ils habitaient, a indiqué l’agence SOK sur son site Internet, précisant que leurs effets personnels leur avaient été remis. Leurs armes et autres instruments de communication saisis lors de leur arrestation ont été confisqués. « C’était le moindre des deux maux, car l’autre solution, qui m’aurait mis mal à l’aise, aurait été de les remettre à un régime (somalien), où ils risquaient d’être torturés et tués », a estimé mercredi le ministre danois de la Défense, Soeren Gade, sur la chaîne danoise TV2 News.

M. Gade a annoncé, mardi soir, aux députés la libération des dix pirates présumés, jugeant qu’il n’était pas possible, selon la législation danoise, de les poursuivre, faute de preuves, devant les tribunaux. Il a ajouté que les autorités danoises avaient étudié également, mais en vain, la possibilité de transférer ces pirates présumés vers d’autres Etats de la force navale multinationale Task Force 150 opérant au large de la Somalie.

Un bâtiment de la marine danoise, Absalon, a arraisonné le 17 septembre deux embarcations rapides repérées par un hélicoptère danois et jugées suspectes car se tenant immobiles dans le golfe d’Aden. Les militaires y ont découvert dix hommes et des armes, entre autres 8 pistolets-mitrailleurs et 4 obus antichars, normalement utilisés par les pirates lors de l’abordage et la saisie de navires civils, selon l’état-major de la marine danoise.

L’Absalon a pris le 15 septembre le commandement de la force navale multinationale Task Force 150, dont le but est de chasser les pirates et contrebandiers d’armes de la partie nord de l’océan Indien. C’est donc une internationalisation de la lutte contre le piratage. D’ailleurs, un navire de guerre russe s’est dirigé vendredi vers les côtes somaliennes, où des pirates se sont emparés d’un cargo ukrainien avec à son bord une trentaine de chars de combat et trois citoyens russes. Le patrouilleur Intrépide a été envoyé dans la région « en raison de l’intensification des attaques perpétrées par des pirates, y compris contre des citoyens russes », a déclaré le porte-parole de la marine, Igor Dygalo. « La marine russe soutient les efforts internationaux pour la lutte contre la piraterie dans l’océan mondial, y compris près des côtes somaliennes. Mais si la vie des citoyens de la Russie se retrouve en danger, la marine russe se réserve le droit d’agir indépendamment », a souligné M. Dygalo.

Le cargo ukrainien Faina a été saisi par des pirates jeudi, alors qu’il se dirigeait vers le port kényan de Mombasa, avec à son bord 17 Ukrainiens, trois Russes et un Letton. Le navire transporterait une trentaine de chars de combat, destinés à un Etat qui n’était pas connu vendredi. Donc c’est un trafic multipôle si l’on songe. L’Intrépide, dirigé par le capitaine Oleg Gourinov, a quitté mercredi la base de la flotte russe de la Baltique, à Baltiïsk (ouest), « pour assurer la présence » de la marine russe « dans certaines régions maritimes », précise la marine russe, dans un communiqué officiel. Le navire va effectuer sa mission le long de la Corne de l’Afrique (est) « pendant plus de deux mois », a indiqué de son côté le commandant de la flotte de la Baltique, le vice-amiral Viktor Mardoussine, cité par l’agence Ria Novosti. A l’avenir, la marine russe va envoyer ses navires militaires pour une présence temporaire dans les régions où il y a un danger de piraterie maritime, dans l’objectif de défendre les vies des citoyens russes et garantir la sécurité de la navigation, affirme encore la marine russe dans son communiqué. De grandes manœuvres face à de petits pirates.

Ahmed Loutfi

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