Corée du Nord.
Après avoir affirmé sa volonté de se dénucléariser, la RDPC
a surpris le monde en expulsant les inspecteurs de l’AIEA du
complexe de Yongbyon déjà désactivé, et en décidant de le
remettre en service. Un coup de tonnerre qui inquiète la
communauté internationale.
Le volte-face de Pyongyang
Inapte
jusqu’à présent à convaincre le régime iranien de stopper
ses activités nucléaires, la communauté internationale a vu
resurgir, cette semaine, une nouvelle crise nucléaire avec
le revers imprévu affiché par le régime stalinien. Alors que
la Corée du Nord avait affiché sa volonté de coopérer avec
l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) depuis
quelque temps, en fermant le complexe de Yongbyon considéré
comme l’épine dorsale du programme nucléaire militaire
nord-coréen. Pyongyang a expulsé, cette semaine, les
inspecteurs de l’AIEA du site de retraitement de son
complexe de Yongbyon, et indiqué vouloir y réintroduire des
matériaux fissiles d’ici une semaine. Une attitude qui a
sonné comme « un coup de tonnerre » de par le monde, car ce
complexe abrite un réacteur de recherche d’une capacité de 5
mégawatts (MW) de modèle soviétique, deux autres d’une
capacité plus élevée mais encore en construction, et un
centre de retraitement du combustible dont il extrait du
plutonium. La Corée du Nord s’était engagée, l’an dernier, à
démanteler ce complexe dans le cadre d’un accord
international, en échange d’un million de tonnes de pétrole.
En signe de bonne volonté, les Nord-Coréens avaient
désactivé le réacteur de Yongbyon et procédé, en juin
dernier, à la démolition de sa tour de refroidissement. « Il
n’y a plus de scellés, ni d’équipements de surveillance en
place sur le site de retraitement », a reconnu cette semaine
Melissa Fleming, porte-parole de l’AIEA.
Justifiant sa position, la Corée du Nord a affirmé, samedi,
qu’elle devait sauvegarder sa dignité et sa souveraineté,
évoquant les manœuvres effectuées récemment par les forces
américaines et sud-coréennes, y voyant une sorte de
répétition en vue d’une frappe nucléaire imminente. « Face à
de telles menaces militaires et risque de la guerre, la RPDC
(République Populaire Démocratique de Corée) renforce autant
que possible ses capacités de défense pour sauvegarder la
paix et la souveraineté nationale », a déclaré samedi Pak
Kil-Yon, vice-ministre des Affaires étrangères. Pourtant, le
diplomate a affirmé la volonté de son pays de déployer
sincèrement tous les efforts nécessaires à la
dénucléarisation de l’ensemble de la péninsule « par le
dialogue et les négociations ».
Selon les experts, ce volte-face complet pourrait
s’expliquer par la rigueur des conditions imposées par le «
plan de vérification » des Etats-Unis, qui refusent jusqu’à
présent de retirer Pyongyang de leur liste noire, malgré la
tentative de ce pays de prouver sa bonne volonté en
détruisant une partie de l’épine dorsale de son programme
nucléaire en juin. Washington exige, au préalable, que
Pyongyang accepte un mécanisme complet de vérification, avec
inspections surprises des sites, accès à des
échantillonnages de matériaux et d’équipements notamment.
Cette réticence américaine, qui a fait achopper les
discussions à six sur le programme nucléaire nord-coréen, a
porté Pyongyang à menacer, depuis août, de remettre en
service ce réacteur pour protester contre le refus de
Washington de la retirer de sa liste des Etats soutenant le
terrorisme. Un retrait de la liste noire américaine
ouvrirait à la Corée du Nord l’accès aux prêts d’organismes
internationaux et à l’aide américaine.
Peut-être aussi, ce revers est-il une tentative de la part
de la RDPC de suivre les traces de l’Iran, en poussant le
défi jusqu’à l’extrême pour collecter le plus de gains
possibles. « Le cas de la RDPC est complètement différent de
celui de l’Iran. Pour la RDPC, la question nucléaire est un
moyen de faire pression sur la communauté internationale
pour collecter le plus de profits possibles en contrepartie
d’un arrêt de ses activités nucléaires. C’est une sorte de
chantage. N’oublions pas que la Corée du Nord est un pays
pauvre et économiquement très faible. Il a donc toujours
besoin d’aides internationales. Quant à l’Iran, c’est un
pays beaucoup plus fort, plus riche. Son programme nucléaire
est une affaire de dignité nationale, c’est pourquoi il n’a
jamais cédé ni à la politique de la carotte ni à celle du
bâton », analyse l’expert politique Mohamad Fayez Farahat.
Inquiétudes internationales
Face à
ce volte-face imprévu, la communauté internationale a
affirmé sa déception et son inquiétude. Surtout que ce
revers aurait un impact très négatif sur les pourparlers des
six (la Chine, les Etats-Unis, la Russie, la Corée du Sud,
le Japon, la Corée du Nord) visant le démantèlement du
programme nucléaire nord-coréen. Selon les experts, cette
attitude nord-coréenne va pousser ces discussions « dans
l’impasse ». « Nous nous trouvons dans une situation
difficile et nous risquons de devoir tout recommencer depuis
le début », a déclaré Yu Myung-hwan, ministre sud-coréen des
Affaires étrangères.
Cherchant à obtenir un succès diplomatique avant le départ
de George Bush, la Maison Blanche pourrait faire de
nouvelles concessions pour faire reculer le régime
nord-coréen, qui dans le cas contraire se trouverait
renforcé devant le prochain président, affirment les
analystes. La semaine prochaine, Christopher Hill, diplomate
américain chargé des négociations avec Pyongyang, va se
rendre en Corée du Sud et peut-être aussi en Corée du Nord
pour tenter de sauver ces discussions internationales, alors
que la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, vient
d’estimer que « l’attitude de Pyongyang n’allait faire
qu’isoler davantage les Nord-Coréens ».
Plus
inquiète que jamais, la Corée du Sud qui voit toujours en sa
voisine une grave menace pour la sécurité régionale a
affirmé samedi : « Le fait que Pyongyang masse l’essentiel
de ses forces terrestres près de la frontière montre qu’elle
est prête à attaquer la Corée du Sud à tout moment », s’est
inquiété le ministre sud-coréen de la Défense. Dans une
tentative de calmer sa voisine, la RDPC a proposé
l’organisation de discussions militaires sur les questions
de défense, formulant ainsi sa première offre de dialogue
inter-coréen depuis que Lee Myung-bak a été élu président de
Corée du Sud en février. En effet, les relations entre Séoul
et Pyongyang sont plus tendues depuis l’arrivée de Lee au
pouvoir. Adoptant une ligne dure vis-à-vis du régime
communiste, il a fortement réduit l’aide à la Corée du Nord
en la conditionnant au désarmement nucléaire. Les habitants
de Séoul et des villes sud-coréennes proches de la zone
démilitarisée vivent depuis près d’un demi-siècle sous la
menace des batteries nord-coréennes et de son armée, forte
aujourd’hui de 1,2 million de soldats.
De toute
façon, le revers affiché par la RDPC cette semaine vient
ajouter aux maux d’une planète qui survit déjà sous le
risque de la violence, des guerres et des risques nucléaires.
Maha
Al-Cherbini