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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Arts

Beaux-Arts. Dans une tentative de se moderniser, l’école d’Alexandrie propose des cours de création par ordinateur, en coopération avec son homologue parisienne.  

Arts informatisés 

Deux pinceaux, trois tubes de peintures à l’huile et une toile sur un chevalet : le tour est joué, l’étudiant en beaux-arts n’a besoin de rien de plus pour créer. Pas si sûr, nous dit-on aujourd’hui. Pour que la création soit complète, il manque une chose, essentielle : l’ordinateur.

Pour remédier à ce manque, Moïra Marguin, responsable du pôle numérique de l’Ecole des beaux-arts de Paris, est venue faire un état des lieux chez ses confrères d’Alexandrie. Dès la première visite, un constat s’impose : peu ou pas d’ordinateurs. Mais quel est le rôle de ces derniers dans le processus de création artistique et en quoi sont-ils nécessaires ? En réponse à ces questions, Moïra Marguin indique : « Deux aspects sont à distinguer dans l’utilisation de l’informatique. Le premier permet aux étudiants de communiquer entre eux et avec l’étranger en mettant, par exemple, leur travail en ligne. Le second utilise l’ordinateur comme outil de création ». Le papier et le crayon sont remplacés par le clavier et le logiciel dans cette nouvelle forme d’art contemporain, en profusion sur Internet. Souvent réticentes à cette forme d’art, les écoles traditionnelles finissent néanmoins toutes par proposer des cours de création par ordinateur. Le premier pas vient d’être enfin franchi par les beaux-arts d’Alexandrie.

Seconde constatation : les étudiants ont du mal à conceptualiser leurs œuvres. Car l’art, en effet, ce n’est pas seulement la maîtrise de la technique. L’art contemporain tend désormais à placer en première ligne le sens de l’œuvre, son message, et non pas son esthétisme propre : le sentiment ressenti face à l’œuvre. Si cet art conceptuel est incontournable en Europe, serait-il pour autant « adapté de reproduire le schéma parisien à Alexandrie, les futurs étudiants possédant déjà leur propre manière d’approcher l’art ? », s’interroge Marguin. Apporter certaines connaissances de l’étranger, oui, mais sans modifier la conception artistique de l’école et des élèves : la marge de manœuvre peut sembler étroite.

Identifier les problèmes est une chose, y remédier en est une autre et, pour l’instant, les beaux-arts d’Alexandrie ont plus de questions que de réponses. L’idée d’ouvrir un nouveau département semble cependant se préciser. Mode de financement, sélection des étudiants et langue d’apprentissage (le français semble privilégié) sont en cours de discussion.

Une chose, toutefois, semble certaine : c’est la volonté de trouver des partenariats avec des entreprises susceptibles d’engager les étudiants dès leur sortie de l’école. « Aujourd’hui, un étudiant qui sort des beaux-arts peut mettre 3 ou 4 ans à trouver un emploi, car sa formation ne répond pas aux attentes des entreprises ». En élaborant des partenariats précoces avec le monde du travail et en organisant des rencontres avec des professionnels, Moïra Marguin espère remédier à ce problème : « Il s’agira de confronter au plus tôt l’élève et les partenaires commerciaux avec lesquels il sera amené à travailler » afin de le rendre opérationnel dès sa remise de diplôme.

Trouver des débouchés dans des domaines aussi vastes que l’architecture d’intérieur, la mode ou la publicité, fait néanmoins rarement l’unanimité. Le risque étant de délaisser l’aspect artistique au profit du commercial. « Il n’est pas facile d’apporter de nouvelles technologies tout en conservant la tradition de l’école autour des techniques anciennes », souligne M. Abou-Ghazala, coordinateur du colloque tenu aux beaux-arts. Entre traditions et modernité : voilà un dilemme bien contemporain. Le choix semble inévitable et personne ne prétend aujourd’hui pouvoir se passer de l’informatique. Le défi est de savoir comment conserver au mieux ses traditions.

Alban de Ménonville

 

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