Beaux-Arts.
Dans une tentative de se moderniser, l’école d’Alexandrie
propose des cours de création par ordinateur, en coopération
avec son homologue parisienne.
Arts informatisés
Deux
pinceaux, trois tubes de peintures à l’huile et une toile
sur un chevalet : le tour est joué, l’étudiant en beaux-arts
n’a besoin de rien de plus pour créer. Pas si sûr, nous
dit-on aujourd’hui. Pour que la création soit complète, il
manque une chose, essentielle : l’ordinateur.
Pour remédier à ce manque, Moïra Marguin, responsable du
pôle numérique de l’Ecole des beaux-arts de Paris, est venue
faire un état des lieux chez ses confrères d’Alexandrie. Dès
la première visite, un constat s’impose : peu ou pas
d’ordinateurs. Mais quel est le rôle de ces derniers dans le
processus de création artistique et en quoi sont-ils
nécessaires ? En réponse à ces questions, Moïra Marguin
indique : « Deux aspects sont à distinguer dans
l’utilisation de l’informatique. Le premier permet aux
étudiants de communiquer entre eux et avec l’étranger en
mettant, par exemple, leur travail en ligne.
Le
second utilise l’ordinateur comme outil de création ». Le
papier et le crayon sont remplacés par le clavier et le
logiciel dans cette nouvelle forme d’art contemporain, en
profusion sur Internet. Souvent réticentes à cette forme
d’art, les écoles traditionnelles finissent néanmoins toutes
par proposer des cours de création par ordinateur. Le
premier pas vient d’être enfin franchi par les beaux-arts
d’Alexandrie.
Seconde
constatation : les étudiants ont du mal à conceptualiser
leurs œuvres. Car l’art, en effet, ce n’est pas seulement la
maîtrise de la technique. L’art contemporain tend désormais
à placer en première ligne le sens de l’œuvre, son message,
et non pas son esthétisme propre : le sentiment ressenti
face à l’œuvre. Si cet art conceptuel est incontournable en
Europe, serait-il pour autant « adapté de reproduire le
schéma parisien à Alexandrie, les futurs étudiants possédant
déjà leur propre manière d’approcher l’art ? », s’interroge
Marguin. Apporter certaines connaissances de l’étranger, oui,
mais sans modifier la conception artistique de l’école et
des élèves : la marge de manœuvre peut sembler étroite.
Identifier les problèmes est une chose, y remédier en est
une autre et, pour l’instant, les beaux-arts d’Alexandrie
ont plus de questions que de réponses. L’idée d’ouvrir un
nouveau département semble cependant se préciser. Mode de
financement, sélection des étudiants et langue
d’apprentissage (le français semble privilégié) sont en
cours de discussion.
Une
chose, toutefois, semble certaine : c’est la volonté de
trouver des partenariats avec des entreprises susceptibles
d’engager les étudiants dès leur sortie de l’école. «
Aujourd’hui, un étudiant qui sort des beaux-arts peut mettre
3 ou 4 ans à trouver un emploi, car sa formation ne répond
pas aux attentes des entreprises ». En élaborant des
partenariats précoces avec le monde du travail et en
organisant des rencontres avec des professionnels, Moïra
Marguin espère remédier à ce problème : « Il s’agira de
confronter au plus tôt l’élève et les partenaires
commerciaux avec lesquels il sera amené à travailler » afin
de le rendre opérationnel dès sa remise de diplôme.
Trouver
des débouchés dans des domaines aussi vastes que
l’architecture d’intérieur, la mode ou la publicité, fait
néanmoins rarement l’unanimité. Le risque étant de délaisser
l’aspect artistique au profit du commercial. « Il n’est pas
facile d’apporter de nouvelles technologies tout en
conservant la tradition de l’école autour des techniques
anciennes », souligne M. Abou-Ghazala, coordinateur du
colloque tenu aux beaux-arts. Entre traditions et modernité
: voilà un dilemme bien contemporain. Le choix semble
inévitable et personne ne prétend aujourd’hui pouvoir se
passer de l’informatique. Le défi est de savoir comment
conserver au mieux ses traditions.
Alban
de Ménonville