Al-Ahram Hebdo, Arts | Eclats de talents
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 Semaine du 1 au 7 Octobre 2008, numéro 734

 

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Arts

Télévision. De la constellation de vedettes du Ramadan, trois jeunes, Hind Sabri, Dalia Al-Béheiri et Ghada Adel, se sont distinguées par des rôles populaires, brisant le cliché de la femme aliénée. 

Eclats de talents 

Partir de zéro était le programme visible des fictions de trois feuilletons du Ramadan, Baad al-fouraq (après la rupture), Bent min al-zamane dah (une fille d’aujourd’hui) et Qalb mayet (cœur endurci), où la jeune génération, Hind Sabri, Dalia Al-Béheiri et Ghada Adel, ont fait preuve d’un coup d’éclat, laissant les concurrentes de l’ancienne génération, telles Yousra, Elham Chahine et Mervat Amin, sur le tapis.

Un voisinage assez troublant de thèmes et de géographie confirme que les trois talents agissant dans une friction permanente avec un réel ardu n’existaient que dans leur volonté de s’en sortir, selon une dynamique d’intégration dans un horizon, un peu plus aimable, moins angoissant.

Dans Après la rupture de Chérine Adel, une jeune fille fragile, Sokkara (Hind Sabri), vacille sur le chemin de la fuite, où elle a choisi d’échapper avec sa mère à la tyrannie de son oncle qui veut usurper sa terre après la mort de son père. Elle se retourne pour buter contre lui, et la fable se constitue autour de sa volonté de trouver une solution à cette situation figée. C’est un projet curieux que d’aller à l’encontre du portrait de la fille qui se soumet aux injonctions de son tuteur. Sokkara quitte sa campagne natale pour la ville, où elle multiplie les tâches de domestique pour subvenir aux besoins de ses frères et sœurs et poursuivre ses études. Cependant, la nouveauté n’est pas que le feuilleton aborde le registre du mélodrame, mais plutôt celui de la mélancolie amoureuse. Toute la pensée de Sokkara gravite autour de Youssef (Khaled Saleh), dont elle est éprise, un journaliste, originaire de sa campagne qui cherche à s’extirper de sa chrysalide pour s’élever au rang des magnats de la presse. Il fallait donc que Sokkara trouve la bonne vitesse, tente sans caution ni garantie de réussite de mériter son amour, pour se donner à chaque moment de quoi se réjouir de le trouver sur sa route. La passion de Sokkara estompe l’adversité des espaces qu’elle traverse, où elle bascule pour de nouveau se relever. Elle tente d’ériger une image positive pour ses frères et sœurs, en tentant de se remettre debout après chaque coup bas ou chaque ruse de ceux qui l’emploient. Hind Sabri, qui se produit pour la première fois dans un feuilleton-télé, a su rendre palpable une verticalité fragile qui sert un noble dessein qui ne peut se satisfaire de la défaillance, de la seule attention, pourtant tant recherchée, de l’être aimé.

 

Vibrations saines et positives

Chance ou menace, attente ou sursis ? La mélancolie où baignait Chourouq (Dalia Al-Béheiri) dans Une fille d’aujourd’hui de Sami Mohamad Ali, n’était pas très éloignée de celle de Sokkara. A partir d’un sentiment de la cruauté de la ville, Chourouq caresse une conscience aiguisée de la condition des enfants de la rue, d’où elle est issue avec sa famille démunie. Dans une longue succession de ruses, où chacun dispose de l’autre contre sa volonté, ils se trouvent tous à un moment donné dans une position de faiblesse et l’instant d’après en puissance, jamais longtemps en souveraineté. La caméra accompagne la vertigineuse course des filles stationnées sur le trottoir, entre les voitures et les passants pour vendre un gadget ou dérober aux non avertis leurs biens. Un même charme enveloppe l’affection et la feinte, l’élégance et les gaffes de Chourouq, qui ne dissimule pas la tristesse envers son sort, mais manifeste une loyauté envers sa mère et ses sœurs, qu’elle aide à surmonter la précarité. Seules lui importent les émotions, les vibrations saines et positives des personnages sur le sort desquels elle veille. Cela séduit Adham, un jeune ingénieur, qui en tombe amoureux. Et pourtant ... Une tragédie absurde et violente frappe de plein fouet Chourouq. Elle est violée par Kawwana, le chef des pickpockets, jaloux de sa sobriété. L’enchaînement des péripéties ne vise à aucune sociologie, aucune psychologie, aucune esthétique, juste à capter au plus précis la solitude de ces êtres errants dans une condition qu’ils n’ont pas choisie. C’est de la Solitude majuscule qu’il s’agit plutôt, quelque chose comme un horizon noir auquel les êtres n’échapperaient pas. Même quand Chourouq rencontre son Pygmalion, les écarts spatiaux et l’antagonisme des intérêts qui commandent les lignes de vie auxquelles sont assignés tous les personnages sont mis à l’épreuve d’une impondérable vérité, commune à tous, la déperdition.

Le même modèle d’éparpillement fut convoqué dans Cœur endurci de Magdi Abou-Emeira, où l’illusion unitaire et la trahison des apparences confirment l’adage que rien n’est innocent dans le tableau d’une Egypte désenchantée. Basma (Ghada Adel), protagoniste du feuilleton, marche seule dans un quotidien aux sinuosités escarpées, s’enfonce dans les pérégrinations qui guettent les laissés-pour-compte. Il ne s’agissait pas pour elle de s’attendre à un zénith illusoire, mais de s’ouvrir un point de fuite. Elle s’engage à corps perdu dans les aventures de Réda (Chérif Mounir) qui cherche à innocenter son père accusé de trafic de matériel de construction par des fonctionnaires véreux. Cette dextérité de trait et de rythme qu’illustrait pertinemment Ghada Adel confirme l’idée que la marge n’est pas une fatalité, c’est une position intermédiaire, un retrait autorisant à affronter la société à partir de ce qu’elle exclut.

Amina Hassan

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