Télévision.
De la constellation de vedettes du Ramadan, trois jeunes,
Hind Sabri,
Dalia Al-Béheiri
et Ghada
Adel, se sont distinguées par des rôles populaires,
brisant le cliché de la femme aliénée.
Eclats de talents
Partir
de zéro était le programme visible des fictions de trois
feuilletons du Ramadan, Baad
al-fouraq (après la rupture),
Bent min
al-zamane dah (une fille
d’aujourd’hui) et Qalb
mayet (cœur endurci), où la
jeune génération, Hind
Sabri,
Dalia Al-Béheiri et
Ghada Adel,
ont fait preuve d’un coup d’éclat, laissant les concurrentes
de l’ancienne génération, telles Yousra,
Elham Chahine et
Mervat Amin, sur le tapis.
Un voisinage assez troublant de thèmes et de géographie
confirme que les trois talents agissant dans une friction
permanente avec un réel ardu n’existaient que dans leur
volonté de s’en sortir, selon une dynamique d’intégration
dans un horizon, un peu plus aimable, moins angoissant.
Dans Après la rupture de Chérine
Adel, une jeune fille fragile,
Sokkara (Hind
Sabri), vacille sur le chemin de
la fuite, où elle a choisi d’échapper avec sa mère à la
tyrannie de son oncle qui veut usurper sa terre après la
mort de son père. Elle se retourne pour buter contre lui, et
la fable se constitue autour de sa volonté de trouver une
solution à cette situation figée. C’est un projet curieux
que d’aller à l’encontre du portrait de la fille qui se
soumet aux injonctions de son tuteur. Sokkara quitte sa
campagne natale pour la ville, où elle multiplie les tâches
de domestique pour subvenir aux besoins de ses frères et
sœurs et poursuivre ses études. Cependant, la nouveauté
n’est pas que le feuilleton aborde le registre du mélodrame,
mais plutôt celui de la mélancolie amoureuse. Toute la
pensée de Sokkara gravite autour de Youssef (Khaled Saleh),
dont elle est éprise, un journaliste, originaire de sa
campagne qui cherche à s’extirper de sa chrysalide pour
s’élever au rang des magnats de la presse. Il fallait donc
que Sokkara trouve la bonne vitesse, tente sans caution ni
garantie de réussite de mériter son amour, pour se donner à
chaque moment de quoi se réjouir de le trouver sur sa route.
La passion de Sokkara estompe l’adversité des espaces
qu’elle traverse, où elle bascule pour de nouveau se
relever. Elle tente d’ériger une image positive pour ses
frères et sœurs, en tentant de se remettre debout après
chaque coup bas ou chaque ruse de
ceux qui l’emploient. Hind Sabri, qui se produit pour la
première fois dans un feuilleton-télé, a su rendre palpable
une verticalité fragile qui sert un noble dessein qui ne
peut se satisfaire de la défaillance, de la seule attention,
pourtant tant recherchée, de l’être aimé.
Vibrations saines et positives
Chance ou menace, attente ou sursis ? La mélancolie où
baignait Chourouq (Dalia Al-Béheiri) dans Une fille
d’aujourd’hui de Sami Mohamad Ali, n’était pas très éloignée
de celle de Sokkara. A partir d’un sentiment de la cruauté
de la ville, Chourouq caresse une conscience aiguisée de la
condition des enfants de la rue, d’où elle est issue avec sa
famille démunie. Dans une longue succession de ruses, où
chacun dispose de l’autre contre sa volonté, ils se trouvent
tous à un moment donné dans une position de faiblesse et
l’instant d’après en puissance, jamais longtemps en
souveraineté. La caméra accompagne la vertigineuse course
des filles stationnées sur le trottoir, entre les voitures
et les passants pour vendre un gadget ou dérober aux non
avertis leurs biens. Un même charme enveloppe l’affection et
la feinte, l’élégance et les gaffes de Chourouq, qui ne
dissimule pas la tristesse envers son sort, mais manifeste
une loyauté envers sa mère et ses sœurs, qu’elle aide à
surmonter la précarité. Seules lui importent les émotions,
les vibrations saines et positives des personnages sur le
sort desquels elle veille. Cela séduit Adham, un jeune
ingénieur, qui en tombe amoureux. Et pourtant ... Une
tragédie absurde et violente frappe de plein fouet Chourouq.
Elle est violée par Kawwana, le chef des pickpockets, jaloux
de sa sobriété. L’enchaînement des péripéties ne vise à
aucune sociologie, aucune psychologie, aucune esthétique,
juste à capter au plus précis la solitude de ces êtres
errants dans une condition qu’ils n’ont pas choisie. C’est
de la Solitude majuscule qu’il s’agit plutôt, quelque chose
comme un horizon noir auquel les êtres n’échapperaient pas.
Même quand Chourouq rencontre son Pygmalion, les écarts
spatiaux et l’antagonisme des intérêts qui commandent les
lignes de vie auxquelles sont assignés tous les personnages
sont mis à l’épreuve d’une impondérable vérité, commune à
tous, la déperdition.
Le même modèle d’éparpillement fut convoqué dans Cœur
endurci de Magdi Abou-Emeira, où l’illusion unitaire et la
trahison des apparences confirment l’adage que rien n’est
innocent dans le tableau d’une Egypte désenchantée. Basma (Ghada
Adel), protagoniste du feuilleton, marche seule dans un
quotidien aux sinuosités escarpées, s’enfonce dans les
pérégrinations qui guettent les laissés-pour-compte. Il ne
s’agissait pas pour elle de s’attendre à un zénith
illusoire, mais de s’ouvrir un point de fuite. Elle s’engage
à corps perdu dans les aventures de Réda (Chérif Mounir) qui
cherche à innocenter son père accusé de trafic de matériel
de construction par des fonctionnaires véreux. Cette
dextérité de trait et de rythme qu’illustrait pertinemment
Ghada Adel confirme l’idée que la marge n’est pas une
fatalité, c’est une position intermédiaire, un retrait
autorisant à affronter la société à partir de ce qu’elle
exclut.
Amina
Hassan