Cinéma.
Cinq nouveaux films sont programmés pour le petit Baïram,
drames sociaux et comédies légères, sans négliger un certain
effet de réel.
La fête en fraîcheur
Conquis
par la fougue des feuilletons ou épuisé par les maladresses
d’autres, le public est prêt au sortir du Ramadan à savourer
à chaud un choix de films de fête, alternant doutes, devoirs
et jouissances qui dirigent le monde.
L’événement sera le film Al-Zamahlawiya
de Ahmad Faëq, où une instance
égalise les différentes performances et virtuosités d’une
pléiade de stars du football des deux équipes les plus
prisées, Ahli et
Zamalek, Mohamad
Chawqi,
Gamal Hamza, Amr Zaki et
Khaled Bibo. Cela produit une
œuvre dont le mouvement ascendant épouse le rythme des
pulsions et de préférences qui partagent les supporters des
deux équipes, campés par les comédiens Salah Abdallah,
Ezzat Abou-Auf,
Hala Fakher, Ahmad
Azmi,
Bochra ...
Dans une manière de reconsidérer la distance entre réel et
fantasme, un autre film, Zay el-naharda
(comme aujourd’hui), écrit et réalisé par Amr
Salama, relate l’histoire d’une
jeune fille (Basma) qui croit
dans les signes et les manifestations du destin, guidant ses
pas, et lui intimant certaines actions vis-à-vis de son
frère (Asser
Yassine) et son amant (Ahmad
Al-Fichawi). Ce dernier, habitué
à accompagner les premières expériences des jeunes
réalisateurs, depuis le film Le Sixième sens de Ahmad
Mekki, et 45 jours de Ahmad
Yousri, atteint un degré de
perfectionnement sous la direction de Amr
Salama, en interprétant un
modèle pour les pubs et un comédien transformant ses
incompétences en prouesses pour séduire sa
belle-aimée. Quant à
Asser
Yassine, classé selon les pronostics comme le
meilleur espoir masculin du futur, il crée un
environnement-brume, où il
flotte dans les volutes du cannabis pour éviter les
questions de responsabilité et les impératifs catégoriques
du quotidien, d’où les problèmes dont il submerge sa sœur,
qui essaye de le tirer de cet état d’inanité. Par un sens de
la mise en scène, Amr Salama
essaye de prouver que c’est le cinéma qui réinvente le grand
espace où l’être déploie son énergie et les murs et grilles,
où il se replie.
Métamorphose d’une chanteuse
Par ailleurs, deux comédies légères nous transportent dans
les airs de fête : Chebh
monharef (quasi délinquant) de
Walid Mahmoud et Akher
kalam (dernier propos) de
Akram Farid. Dans le premier
film, Ramez Galal apporte un coup de frais au rôle qu’il
incarne d’un chanteur débutant dans une troupe dirigée par
son oncle, un compositeur. Lors d’une tournée, il rencontre
la femme de ses rêves et cherche par tous les moyens à
l’épouser. Ramez Galal atteint une qualité proclamée en
articulant régime comique et esprit d’aventure. C’est la
seconde fois qu’il interprète le premier rôle, après le
succès de sa prestation dans Ahlam al-fata al-taëch (les
rêves d’un jeune frivole).
Quant à Dernier propos, il permet à la jeune chanteuse
Madeleine Matar de faire éclore son talent, configurant la
métamorphose d’une chanteuse de l’insouciance des débuts en
une femme confrontée aux tourments et aux complications qui
accompagnent son ascension dans le monde du spectacle.
Initialement, la chanteuse Haïfaa Wahbi devrait interpréter
ce rôle, mais elle a décliné l’offre du réalisateur après
avoir vu un film français similaire. C’était alors à
Madeleine Matar qu’est revenu le devoir de lever le défi de
creuser sous la houlette de Akram Farid, dans un cadre
comique, les questions : qu’est-ce qui accroche le public ?
Comment se constitue une star de la chanson ? A travers un
agencement de fragments de vie dans un microcosme défini.
On aura aussi l’occasion de voir Qobolat masrouqa (baisers
volés) de Khaled Al-Hagar, qui confirme le retour de la
figure du héros désireux de prendre la parole, mais pas
encore certain d’avoir trouvé une classe, des interlocuteurs
à qui s’adresser. C’est pourquoi, lieu dramatique, Baisers
volés est moins un film qu’un laboratoire où l’on pratique
une greffe de vie dans la fiction. Interprété par Yosra Al-Losi,
Ahmad Azmi, Bassem Al-Samra, Randa Al-Béheiri et Mohamad
Karim, le film dépeint la condition des jeunes d’aujourd’hui
qui se débattent entre les vestiges du passé et les
promesses vaines d’une nouvelle vie, où leurs rêves
légitimes de bonheur et de sécurité semblent inaccessibles.
Ils préfèrent sauter à l’eau que d’endosser le vide. Avec ce
genre de films, le cinéma offre un décor, et davantage
qu’une réalité, des fictions avec lesquelles on vit.
Amina
Hassan