Le fléau bureaucratique
Morsi Attalla
Chaque
fois qu’il est question de la réforme et de la modernisation
de l’Etat, les regards se dirigent vers l’administration. En
effet, la réforme de cet appareil se révèle être
indispensable. Là, émerge immédiatement le mot «
bureaucratie » qui est le synonyme naturel de toutes les
complications dont souffre le public. Puis on a pris
l’habitude de donner l’appellation « routine » à ce
phénomène. La bureaucratie est apparue en même temps que l’Etat
moderne et a été mentionnée pour la première fois en 1745
par l’économiste français Vincent de Gournay, qui fut parmi
les premiers à préconiser la suppression des règlements et
des monopoles et qui a lancé le célèbre slogan économique :
« Laisser faire, laisser passer ».
Le mot bureaucratie est la description en bref d’un monde
formé de tas de papiers et de documents, et où les
procédures sont effectuées avec lenteur et nonchalance, et
parfois même avec despotisme. C’est pour cela que les gens
maudissent la bureaucratie et la routine et pleurent les
jours d’avant l’Etat moderne. En effet, dans les anciennes
sociétés fondées sur les dynasties et les tribus, il n’y
avait aucune institution comparable à ce qu’on appelle
aujourd’hui « bureau ». A cette époque, les gens exécutaient
des ordres oraux et des traditions beaucoup plus qu’ils
n’appliquaient des lois coutumières. Et les contacts entre
les gens étaient directs.
C’est de là qu’on peut comprendre comment la bureau-cratie
se propage de plus en plus avec l’augmentation du nombre
d’institutions et du nombre de fonctionnaires. Et par
conséquent, la quantité des procédures routinières
compliquées augmente aussi.
L’opinion publique dans la plupart des pays, en particulier
les pays en développement, pense qu’il y a des facteurs
internes qui collaborent à la croissance du nombre de
bureaux, que ce soit pour remédier aux problèmes de chômage
ou sous prétexte d’augmenter le nombre de bureaux pour
éviter les longues queues. Et paradoxalement, quand le
nombre de bureaux augmente, le parcours des papiers devient
plus long, et les procédures prennent encore plus de temps.
Cependant, pour être juste, il faut reconnaître qu’une
grande partie de la bureaucratie revient au manque de clarté
dans les statuts et dans les lois qui gèrent le
fonctionnement des procédures administratives. Par exemple,
quand un fonctionnaire reçoit des recommandations ou des
nouvelles lois promulguées par une instance centrale, il se
trouve entre 2 dangers : s’il applique à la lettre les
nouvelles lois et recommandations, le travail peut être
entravé et là il sera blâmé et accusé de rigidité et de
formalité. Et s’il se montre un peu flexible, il peut être
introduit en justice pour avoir pratiqué des pouvoirs
supérieurs à ses prérogatives.
Il faut reconnaître que ces deux contradictions constituent
l’une des plus importantes faces du fléau bureaucratique qui
sévit dans l’appareil administratif en Egypte. Ceci revient
au fait que les lois sont promulguées avec trop de rigidité
de telle façon que l’administration a toujours raison et
aussi pour éviter les infractions. Or, la complication des
procédures administratives cause le mécontentement et la
colère du public, qui à son tour tente par tous les moyens
de contourner ces procédures, ce qui complique encore plus
la situation ! .