La succession au Pakistan
Salama A. Salama
Le
parti du peuple pakistanais (PPP), que présidait Benazir
Bhutto avant son assassinat, a connu une chute, comme il
arrive avec les partis politiques dans le tiers-monde, qui
en général sont voués au même sort à cause des erreurs
fatales qu’ils commettent. Ce, après que son fils unique
Bilawal Bhutto Zardari qui n’a pas encore eu ses 19 ans, a
été appelé à succéder à sa mère à la tête du parti, sous la
tutelle de son père Asif Ali Zardari. Ainsi, la démocratie
au Pakistan est-elle au point mort et n’augure aucun espoir.
Nombreux sont ceux qui prévoyaient que la présidence du
parti soit le lot d’un de ses leaders historiques, avec à
leur tête l’adjoint de Bhutto, Makhdoum Amin Fahim, qui a
mené l’activité du parti pendant les années d’exil de la
présidente de la formation. Mais, il semble cependant que la
succession politique dans le sous-continent indien, qui est
entre les mains d’un nombre limité de grandes familles
politiques, est la caractéristique dominante dans cette
région du monde. La famille d’Indira Ghandi, par exemple, a
pendant longtemps mené le parti du Congrès en Inde. Elle a
payé cher le prix du monopole du pouvoir par des assassinats
et des attentats dont elle a été continuellement la cible.
Ce scénario sanglant n’a pris fin qu’avec l’émergence de
nouveaux leaderships politiques du même parti, n’appartenant
pas à la famille Ghandi et qui ont mené le jeu. La
démocratie a alors pris un nouveau tournant plus stable et
plus régulier permettant l’alternance du pouvoir avec les
partis d’opposition, faisant ainsi de l’Inde la plus grande
démocratie en Asie et dans le monde.
De telles expériences prouvent que les élites politiques au
pouvoir dans le tiers-monde peuvent être la raison soit de
l’enracinement de la démocratie, soit de son anéantissement.
En général, ce genre de situations se solde par une défaite
poignante, suite à laquelle le pouvoir militaire prend les
rênes du pouvoir ou bien c’est le parti unique qui contrôle
la situation, ou bien c’est le chaos et l’anarchie qui
règnent. Si l’assassinat de Bhutto a entravé la démarche
vers la démocratie à court terme, la succession du fils et
du mari de Bhutto à la présidence du PPP pourrait mettre fin
au rôle qu’assume cette formation et à son projet dont les
piliers ont été instaurés par Zulficar Ali Bhutto, père de
Benazir. Celui-ci avait parié sur le choix d’une démocratie
à référence islamique qui a imprégné le Pakistan depuis bien
longtemps.
Le choix qui a permis à Zardari de se trouver à la tête du
parti, comme tuteur de son fils qui est toujours mineur, est
dangereux parce qu’il rappelle aux esprits son parcours
corrompu. Au cours des deux mandats de Bhutto, en tant que
premier ministre, il était surnommé « M. 100 % » parce qu’il
percevait des commissions en contrepartie des contrats
signés pour des projets gouvernementaux. Ces agissements
corrompus entravaient la transformation vers la démocratie,
et faisaient prévaloir la dictature, la pauvreté et
l’analphabétisme. Ce sont de telles circonstances qui ont
d’emblée permis la prédominance des courants extrémistes et
des écoles religieuses au Pakistan.
La crise qui s’est déclenchée à la suite de l’assassinat de
Benazir Bhutto a engagé le pays dans une nouvelle phase avec
l’approbation des partis pakistanais de disputer les
élections à la nouvelle date fixée. Le monde et le Pakistan
doivent se rendre compte que l’éclat qui entourait Bhutto
n’avait pas pour objectif unique de préserver les valeurs de
la démocratie, mais constituait surtout un conflit pour la
survie à n’importe quel prix du mythe politique de la
famille Bhutto. Même si cette survie revêtirait l’aspect
d’une succession au pouvoir par un mineur qui n’a pas encore
achevé ses études ou par un veuf rongé par la corruption. Il
semble qu’il n’y a aucune différence entre l’homme et la
femme dans la sacralisation du pouvoir l