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 Semaine du 7 au 13 janvier 2008, numéro 696

 

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Opinion
 

L’année 2007 nous a-t-elle éloignés
ou rapprochés de la démocratie ?

Mohamed Salmawy

 

Pour savoir si une société donnée évolue dans le sens de la démocratie ou, au contraire régresse, le critère réel n’est pas le pluralisme politique, ni les slogans brandis, ni encore les lois écrites, mais plutôt la force de la société civile. Car la démocratie repose sur les individus et leur impact sur le cours des événements.

La société civile est le reflet direct de la force des individus. Les formations politiques, même si elles sont diverses, peuvent demeurer inefficaces. Les slogans, même s’ils sont brillants, peuvent être creux et sans grands échos. Les lois, quoique correctes, peuvent demeurer lettre morte.

Et pourtant, si nous lançons un regard attentif sur notre société, au début de cette nouvelle année de son histoire, pour comprendre si elle évolue vers un rapprochement ou un éloignement de la démocratie, nous verrons quelques indices qui montreraient clairement une régression évidente de l’exercice démocratique. Alors qu’à l’encontre, nous verrons qu’en comparaison avec les dernières années, la société civile a gagné plus de force et ce, sans précédent.

Nous avons par exemple été témoins du plus grand nombre d’amendements constitutionnels depuis plus de 35 ans. Mais les forces politiques — à l’exception du parti au pouvoir qui les a proposés — ont été unanimes à les considérer comme un recul et non pas un progrès au niveau de l’état politique qui prévalait avant de les introduire.

Bien que les discours soient de plus en plus nombreux sur la fin de l’application des lois d’urgence, nous assistons à des verdicts prononcés contre des journalistes, les condamnant à de longues périodes d’incarcération allant d’un à deux ans, pour ce qu’ils ont écrit et non pas pour ce qu’ils ont commis. Nous avons également vu d’autres sentences prononcées, dont le moteur n’était pas le gouvernement dans sa tentative de freiner certaines voix critiques, mais plutôt une autre tendance sociale répressive, qui agit sous l’enseigne de la religion dans des tentatives de conduire toute la société au salafisme et à l’arriération.

Si nous abordons l’aspect économique, qui représente un droit élémentaire de la citoyenneté, nous assisterons, pour la première fois depuis les années 1960, à une hausse des taux de croissance ayant frôlé les 7 % et ayant été évoqués par les institutions financières internationales. Cependant, nous avons vu, au même titre, un clivage plus impressionnant entre les riches et les pauvres, qui ne peut que nous plonger dans l’inquiétude. Ceci voudrait dire que, malgré la nette augmentation du taux de croissance, elle n’a pas été ressentie dans le quotidien par les tranches de la population aux revenus limités.

Au moment où le nombre des partis, après l’émergence du parti du Front démocratique, a atteint 23 en 2007, l’exercice démocratique est toujours en retard de manière honteuse si on le compare avec d’autres pays qui ne comptent que deux ou trois partis seulement. Cette situation négative représente un indice de la régression qu’a connu l’année 2007 en matière d’exercice démocratique. D’ailleurs, tous ces indices sont des vérités indiscutables. Et pourtant reflètent-elles la vérité totale et l’image complète des conjonctures de l’Egypte au seuil de 2008 ?

En réalité, il existe une autre facette que l’on ne peut pas voir sous l’angle des partis, des verdicts juridiques ou du développement économique et qu’il faudrait considérer plutôt sous celui de la société civile à travers cette activité sans précédent que nous avons connue en 2007 et qui prouve que la société n’est pas inerte comme l’estiment certains et qu’elle résiste à ce genre de régressions.

Nous avons été témoins, à titre d’exemple, d’un grand nombre d’ouvriers qui ont organisé des manifestations et des sit-in tout au long de l’année 2007, pour protester contre leurs situations économiques déplorables. Ce même phénomène s’est propagé pour toucher les fonctionnaires gouvernementaux. Et avant la fin de l’année, des centaines de fonctionnaires travaillant à l’Organisme des impôts immobiliers ont organisé un sit-in qui a duré 10 jours et qui n’a pris fin que lorsque le gouvernement a répondu à leurs demandes, comme il l’avait auparavant fait avec les ouvriers. Les motifs de ces protestations, qui n’étaient pas monnaie courante dans le passé, n’étaient pas d’ordre économique, mais surtout professionnel, comme il s’est passé avec les juristes, le professeurs d’université et les journalistes.

Sur le plan politique, nous avons vu l’émergence, pour la première fois, d’un nombre de mouvements politiques actifs comme Kéfaya, Artistes et écrivains pour le changement et autres, qui ont réussi à mobiliser le sentiment populaire, loin du travail des partis et de leurs organisations.

En 2007, l’activité civile est allée au-delà du cercle des ouvriers, des fonctionnaires étatiques et des différents corps de métiers pour englober toute l’opinion publique. Les dossiers de tortures dans les prisons et le mal traitement dans les stations de police a été l’un des motifs derrière cette action. Ceci explique l’intérêt public croissant à l’égard des procès qui ont été soumis à la jurisprudence, sous les pressions de l’opinion publique, tel que celui de Emad Al-Kébir à l’égard desquels des verdicts ont été prononcées.

Nous ne sommes pas en train d’évaluer cette activité sociale qui a remarquablement gagné en ampleur pendant l’année révolue. Bien sûr certaines activités ont atteint leur objectif alors que d’autres non. Mais au lieu d’évaluer ce phénomène, il serait plutôt important de le considérer comme un tournant dans la société égyptienne qui a pris une plus grande envergure en 2007. Ceci prévoit ainsi des changements au niveau de la participation dans les questions d’ordre public, considérées comme le réel critère de la démocratie dans une société donnée. Cette activité est ce qui consolide la société civile et qui permet, en fin de compte, d’injecter une impulsion aux institutions politiques qui étaient atteintes d’une  léthargie, susceptible de les rendre plus efficaces.

Cette action, sans précédent, projette l’autre facette de l’image qui affirme que — si la situation n’empire pas — le pays est engagé sur la voie de la démocratie réelle qui ne repose pas sur des organisations politiques qui sont des pseudo-partis, mais sur une société civile solide influençant l’opinion publique. Une influence qui pourrait avoir de fortes répercussions pour revigorer ces institutions politiques. C’est dans ces conditions que la démocratie verra le jour. La démocratie que nous prônons depuis des années et que nous tendons à réaliser .

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