Al-Ahram Hebdo, Idées | Capitales arabes. La décision de désigner Jérusalem comme capitale arabe de la culture en 2009 a été prise lors de la réunion des ministres arabes de la Culture en novembre 2006 en Oman, après le refus du ministre iraqien de la Culture d’accueillir l’événement pour des raisons de sécurité évidentes.
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 7 au 13 janvier 2008, numéro 696

 

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Idées
 Capitales arabes. La décision de désigner Jérusalem comme capitale arabe de la culture en 2009 a été prise lors de la réunion des ministres arabes de la Culture en novembre 2006 en Oman, après le refus du ministre iraqien de la Culture d’accueillir l’événement pour des raisons de sécurité évidentes.

Jérusalem 2009 : un choix problématique

« C’est une décision largement improvisée à mon avis », déclare Najwan Darwich, jeune poète et journaliste palestinien de Jérusalem. « Aucune étude préalable n’a été menée, pas même une évaluation des défis que pose le choix de cette ville si chère aux Arabes ». C’est l’ancien ministre de la Culture, Atallah Abou Al-Sabah, qui est considéré par le milieu culturel palestinien comme le premier responsable à avoir engagé Jérusalem dans ce projet.

En août 2007, dix mois après la désignation de la ville par la Ligue arabe, un comité préparatoire a été formé par l’autorité politique palestinienne. Or, il ne cesse, depuis sa création, de faire couler beaucoup d’encre, puisque le poète Mahmoud Darwich a refusé de le présider, déclinant l’invitation adressée par le président Mahmoud Abbass. « C’est une décision qui me paraît tout à fait compréhensible de la part d’un grand nom comme Darwich. Il a visiblement été irrité par le niveau médiocre et le discours immature, qui frise le folklorique, des membres du comité », explique Najwan Darwich. De plus, Hanane Achrawi, ex-ministre de l’Education, aurait également refusé de le présider.

Les 47 membres du comité sont décriés principalement parce qu’ils n’appartiennent pas pour la plupart aux milieux culturels palestiniens, d’autant plus que les Palestiniens de 48 et de la diaspora n’ont pas été pris en compte lors de la désignation de ce comité. Or, « les Palestiniens de 1948 sont les plus actifs dans la protection de Jérusalem puisqu’ils ont encore la possibilité, contrairement aux Palestiniens de Cisjordanie ou de Gaza, d’accéder à la ville occupée », s’indigne Najwan, avant d’ajouter que « contrairement aux recommandations des ministres arabes de la Culture, leur homologue palestinien n’a pas été consulté dans les décisions prises ». Ibrahim Abrach, actuel ministre de la Culture, déclarait à ce sujet dans une émission télévisée que « jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons pas eu de rôle, mais espérons en avoir un, notamment dans la coordination avec d’autres ministères. Cela fait partie de nos droits, et je les réclamerai ».

Pour les intellectuels arabes, la question principale reste celle de l’accès à Jérusalem sous occupation israélienne. Sayed Bahrawi, écrivain égyptien, estime ainsi que « cette décision inciterait à la normalisation, puisque les visas viendront d’Israël. Les intellectuels égyptiens refuseront de s’y rendre ». Même son de cloche chez Najwan, qui déclare refuser que « cet événement se transforme en outil de normalisation avec l’occupation ». Seule solution de son point de vue : « célébrer l’événement dans toutes les villes arabes en même temps, et qu’à Jérusalem, il fasse partie de la lutte contre l’occupation, en prouvant que nous sommes capables malgré tout de réaliser nos buts et d’animer à Jérusalem une année culturelle digne de ce nom. Je suis pessimiste, mais je l’espère tout de même ».

Dina Abdel-Aal

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Alger 2007 : « Overdose et gâchis » 

Sur les 1 001 titres publiés à l’occasion de l’année 2007, « l’écrasante majorité ne sont que des reproductions », d’après l’écrivain et journaliste Adlène Meddi. C’est la critique qui revient le plus souvent dans les remarques des intellectuels algériens sur le bilan d’Alger 2007. Et pour cause : reconduit pour 2008, le projet des « 1 001 titres » a été des plus médiatisés par les organisateurs de l’événement. Projet-phare dans le domaine de l’édition, consacrant, d’après les termes de Khalida Toumi, ministre de la Culture, « la priorité donnée au livre », les « 1001 titres » sont en quelque sorte emblématiques des efforts et des défaillances de cette année culturelle, ou, d’après l’expression de Rachid Boudjedra, « du gâchis de 2007 ». Nombre de traductions d’auteurs algériens francophones vers l’arabe ont ainsi été accomplies dans la précipitation.

Ex-responsable des éditions Chehab, Abdallah Benadouda explique ces « choix souvent contestables » par la commission de sélection des manuscrits, qui au lieu d’être constituée d’intellectuels neutres, fut, entre autres, constituée d’éditeurs qui étaient, au final, « juge et partie ».

Dans tous les domaines, la « quantité » semble avoir prévalu sur la « qualité ». Côté arts, la ministre de la Culture met en avant les « 32 festivals institutionnalisés », « les 18 semaines culturelles arabes », la participation « de toutes les wilayas », ainsi que les nombreuses expositions organisées sur les trésors de l’art islamique, l’art arabe contemporain, Majnoun Leila, et enfin les festivals de musique, où « près de 1 000 artistes et musiciens se sont mobilisés ». Une « overdose », d’après l’expression du journaliste Ameziane Ferhani dans une question adressée à Toumi sur le manque de visibilité de ces initiatives, soulignant que le problème semblerait avoir été que « l’on consacre 99 % des efforts et moyens à faire et 1 % à faire savoir ». En effet, malgré l’organisation d’une multitude de « manifestations culturelles », de nombreux observateurs notaient qu’elles étaient souvent boudées par le public algérien. Ces manifestations se passaient « dans à peine deux ou trois salles — exclusivement réquisitionnées par les autorités à l’occasion de 2007 — pour une ville de quatre millions d’habitants », explique Meddi. Qui rajoute que seuls les « médias étatiques » ont fait de la communication autour d’Alger 2007, et regrette « la désinvolture et la légèreté dont ont fait preuve les organisateurs officiels ». Un tableau assez négatif, donc, assombri encore par les inquiétudes de nombre de journalistes sur le manque de transparence dans la gestion du budget de l’événement — qui déclarent attendre les déclarations finales de Toumi à ce sujet fin janvier — et la censure de l’ouvrage de Mohamed Benchicou, Les Geôles d’Alger, lors du salon du livre de novembre 2007. Une note positive cependant : l’inauguration du MAMA (Musée d’art moderne et contemporain) en décembre. Ouvert gratuitement au public pour l’occasion, visité par près de 1 000 visiteurs par jour depuis, le musée est installé dans les ex-Galeries algériennes réhabilitées. Et fait le bonheur des initiés comme des novices .

D. H.

 




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