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 Semaine du 7 au 13 janvier 2008, numéro 696

 

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Idées

Capitales arabes . D’année en année, elles cristallisent les maux de la scène culturelle arabe. En 2008, c’est au tour de Damas d’affronter la censure, la corruption et les effets d’annonce. Mais le programme est ambitieux, avec Fayrouz en ouverture, Allende, Kundera et Chomsky à l’affiche.

Enthousiasme et inquiétudes

Si l’inauguration de « Damas, capitale de la culture arabe » se fera officiellement le 10 janvier, par des spectacles de musique populaire, dans la rue, les trains et divers espaces publics, le lancement réel de l’événement aura lieu le 28 janvier, avec le spectacle donné par Fayrouz, qui chantera dans une pièce de théâtre Sahh al-naum (réveille-toi), à l’Opéra de Damas, pour une durée de six jours.

La diva libanaise donnera ainsi le la à un événement qui se veut ambitieux, non seulement dans la qualité des spectacles et des initiatives proposés, mais aussi dans son lien avec l’Histoire et le présent de la capitale syrienne. La secrétaire générale de l’événement, Mme Hanane Qassab Hassan, déclarait ainsi que Damas 2008 devrait permettre « de donner une image vivante de Damas et de mettre en valeur la culture syrienne à l’étranger, tout en approfondissant l’interaction entre les civilisations ». Si Hassan ajoutait dans sa déclaration que « tous les problèmes que nous avons rencontrés ont été dépassés », nombre d’intellectuels syriens ne partagent pas cet avis.

Damas 2008 rencontre tout d’abord des obstacles liés au contexte politique et culturel du pays, mais aussi du monde arabe tout entier. Plusieurs intellectuels ont ainsi souligné la difficulté d’organiser de telles festivités dans un pays où, à l’instar d’autres pays arabes, la censure sur les œuvres artistiques et culturelles reste omniprésente, et entravera la dynamique de l’événement. Ibrahim Hajj Abdou, journaliste et écrivain syrien, soulignait ainsi dans le journal Al-Hayat que pour garantir la portée « exceptionnelle et historique » de Damas 2008, il faut d’abord que le régime fasse un effort d’ouverture et libère Michel Kilo, « l’un des intellectuels syriens les plus importants », et permette à d’autres de rentrer de leur exil forcé, en nommant Sélim Barakat, Sobhi Hadidi et Bachar Al-Eissa. Abdou insistait sur la capacité de ces derniers à impulser un renouveau intellectuel en Syrie, et s’interrogeait en même temps sur l’utilité de l’invitation adressée à plusieurs grands noms de la culture internationale dans le cadre d’une année sur la « culture arabe », supposée être bénéfique pour la scène culturelle du pays hôte. Les organisateurs ont d’ores et déjà annoncé la présence du linguiste et essayiste américain Noam Chosmky, connu pour ses positions contre l’Administration Bush et les politiques israéliennes, la romancière chilienne Isabel Allende et le romancier tchèque Milan Kundera.

Au-delà de ces problèmes structurels, qui n’étaient pas étrangers non plus à la plupart des précédentes capitales de la culture arabe (Le Caire, Riyad, Beyrouth, Koweït, Alger), plusieurs acteurs impliqués dans la préparation de l’année 2008 en Syrie ont rencontré des obstacles plus conjoncturels, qui les ont poussés à se retirer de la course, malgré leur enthousiasme de départ. Partis en pariant sur une marge de liberté qui permettrait d’impulser des mini-événements culturels intéressants dans divers domaines, ils se sont confrontés à une bureaucratie incorrigible, et, découragés, ont annoncé leur défection. La jeune écrivaine Samar Yazbak (voir Al-Ahram Hebdo n°635) et la traductrice Rania Samara avaient conçu ensemble un programme de télévision ambitieux pour présenter et couvrir Damas 2008, mais elles ont dû renoncer pour des raisons de « censure et d’administration bureaucratique ».

Selon elles, le bât aurait blessé à la base, avec les structures de préparation mises en place, autour de comités sélectionnant des noms selon des « critères non artistiques », poussant plusieurs intellectuels à se retirer de ces comités.

D’autres ont cependant fait le choix de persévérer, malgré tout. Dans le domaine du cinéma, du théâtre et de l’édition, ils continuent à parier sur la persévérance et la soif de découverte du public syrien l

Dina Heshmat

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