Capitales arabes .
D’année en année, elles cristallisent les maux de la scène
culturelle arabe. En 2008, c’est au tour de Damas
d’affronter la censure, la corruption et les effets
d’annonce. Mais le programme est ambitieux, avec Fayrouz en
ouverture, Allende, Kundera et Chomsky à l’affiche.
Enthousiasme et inquiétudes
Si
l’inauguration de « Damas, capitale de la culture arabe » se
fera officiellement le 10 janvier, par des spectacles de
musique populaire, dans la rue, les trains et divers espaces
publics, le lancement réel de l’événement aura lieu le 28
janvier, avec le spectacle donné par Fayrouz, qui chantera
dans une pièce de théâtre Sahh al-naum (réveille-toi), à
l’Opéra de Damas, pour une durée de six jours.
La diva libanaise donnera ainsi le la à un événement qui se
veut ambitieux, non seulement dans la qualité des spectacles
et des initiatives proposés, mais aussi dans son lien avec
l’Histoire et le présent de la capitale syrienne. La
secrétaire générale de l’événement, Mme Hanane Qassab
Hassan, déclarait ainsi que Damas 2008 devrait permettre «
de donner une image vivante de Damas et de mettre en valeur
la culture syrienne à l’étranger, tout en approfondissant
l’interaction entre les civilisations ». Si Hassan ajoutait
dans sa déclaration que « tous les problèmes que nous avons
rencontrés ont été dépassés », nombre d’intellectuels
syriens ne partagent pas cet avis.
Damas 2008 rencontre tout d’abord des obstacles liés au
contexte politique et culturel du pays, mais aussi du monde
arabe tout entier. Plusieurs intellectuels ont ainsi
souligné la difficulté d’organiser de telles festivités dans
un pays où, à l’instar d’autres pays arabes, la censure sur
les œuvres artistiques et culturelles reste omniprésente, et
entravera la dynamique de l’événement. Ibrahim Hajj Abdou,
journaliste et écrivain syrien, soulignait ainsi dans le
journal Al-Hayat que pour garantir la portée «
exceptionnelle et historique » de Damas 2008, il faut
d’abord que le régime fasse un effort d’ouverture et libère
Michel Kilo, « l’un des intellectuels syriens les plus
importants », et permette à d’autres de rentrer de leur exil
forcé, en nommant Sélim Barakat, Sobhi Hadidi et Bachar
Al-Eissa. Abdou insistait sur la capacité de ces derniers à
impulser un renouveau intellectuel en Syrie, et
s’interrogeait en même temps sur l’utilité de l’invitation
adressée à plusieurs grands noms de la culture
internationale dans le cadre d’une année sur la « culture
arabe », supposée être bénéfique pour la scène culturelle du
pays hôte. Les organisateurs ont d’ores et déjà annoncé la
présence du linguiste et essayiste américain Noam Chosmky,
connu pour ses positions contre l’Administration Bush et les
politiques israéliennes, la romancière chilienne Isabel
Allende et le romancier tchèque Milan Kundera.
Au-delà de ces problèmes structurels, qui n’étaient pas
étrangers non plus à la plupart des précédentes capitales de
la culture arabe (Le Caire, Riyad, Beyrouth, Koweït, Alger),
plusieurs acteurs impliqués dans la préparation de l’année
2008 en Syrie ont rencontré des obstacles plus
conjoncturels, qui les ont poussés à se retirer de la
course, malgré leur enthousiasme de départ. Partis en
pariant sur une marge de liberté qui permettrait d’impulser
des mini-événements culturels intéressants dans divers
domaines, ils se sont confrontés à une bureaucratie
incorrigible, et, découragés, ont annoncé leur défection. La
jeune écrivaine Samar Yazbak (voir Al-Ahram Hebdo n°635) et
la traductrice Rania Samara avaient conçu ensemble un
programme de télévision ambitieux pour présenter et couvrir
Damas 2008, mais elles ont dû renoncer pour des raisons de «
censure et d’administration bureaucratique ».
Selon elles, le bât aurait blessé à la base, avec les
structures de préparation mises en place, autour de comités
sélectionnant des noms selon des « critères non artistiques
», poussant plusieurs intellectuels à se retirer de ces
comités.
D’autres ont cependant fait le choix de persévérer, malgré
tout. Dans le domaine du cinéma, du théâtre et de l’édition,
ils continuent à parier sur la persévérance et la soif de
découverte du public syrien l
Dina
Heshmat